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L'Oeil de Brutus

CANDIDAT SARKOZY : A QUAND L’EFFONDREMENT ?

27 Février 2012 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

presidentielles-2012.jpgCANDIDAT SARKOZY : A QUAND L’EFFONDREMENT ?

 

 

Une partie importante de l’électorat français ne vote pas forcément pour le candidat qui lui convient le mieux, que ce soit en termes de programme ou de personnalité. Cet électorat, qui représente probablement une partie importante de l’ensemble, vote pour le candidat qu’il juge le plus à même de gagner et en conséquence d’empêcher la victoire de celui qu’il ne veut surtout pas voir gagner. Cet électorat ne vote pas tant « pour » que « contre », et ce dès le premier tour. C’est d’ailleurs pour cela que les politiciens sont si obsédés par les sondages : ce n’est pas que l’IFOP, la SOFRES ou consorts soient capables de donner une évaluation crédible des résultats des élections (ça se saurait ![1]), mais c’est surtout que leurs sondages influencent potentiellement et à grande échelle les comportements électoraux. Depuis 2002, la présence potentielle du candidat Front National au 2nd tour a accru le phénomène : il s’agit d’assurer d’éviter de retomber sur le même dilemme qu’au soir du 21 avril, et ce quelques soient ses préférences politiques[2].

 

Ainsi, à l’heure actuelle, il est possible qu’une partie importante de l’électorat de la droite dite « traditionnelle », bien qu’ulcérée par les côtés communautaristes, atlantistes et libéraux, ainsi que par le bilan désastreux[3], de Nicolas Sarkozy, se résigne à voter encore pour lui car elle l’imagine comme le seul à être capable de battre François Hollande. Le phénomène existe d’ailleurs également dans l’autre sens : des électeurs peu convaincus par le projet Hollande (et on ne le serait moins : lire Critique du projet Hollande) se résignent néanmoins à voter pour lui par simple antisarkozysme et crainte d’une réédition de 21 avril 2002.

 

Néanmoins, l’équation est, du moins pour l’instant, bien plus problématique pour le candidat de l’UMP. En effet, l’Elysée à beau, semble-t-il, manipuler les sondages[4], le président sortant ne décolle pas. L’annonce de sa candidature ne paraît avoir fait que très peu d’effets sur une opinion lassée de 5 années d’agitations tapageuses, le plus souvent au mieux inefficaces au pure odieuses. Nicolas Sarkozy peine à décoller des alentours de 20-25% au premier tour et surtout il continue à se faire étriller par son adversaire socialiste au 2ndtour. L’électorat qui rejette François Hollande, autant pour sa personnalité jugée molle que pour les cinq nouvelles années d’immobilisme qu’il nous promet[5], risque de finir par se demander s’il mise vraiment sur le bon cheval.

 

Or, si cet électorat  commence à fuir Nicolas Sarkozy, l’effet d’entraînement risque d’être massif : moins ils seront nombreux à se prononcer pour lui, moins il aura de chances de gagner et donc d’autres encore auront tendance à miser sur un autre pour battre le candidat PS … D’où l’obsession de l’Elysée (et des médias proches du pouvoir) d’écraser au maximum tous ceux à même de siphonner les voix du président sortant. Car une fois le siphonage commencé, la voie d’eau n’ira qu’en s’élargissant jusqu’à provoquer un naufrage apocalyptique avant même le 1er tour tant la personnalité du président sortant paraît être rejetée des Français. Et ce n’est pas en nous refaisant le coup de 2007 à coups de « rupture », d’agitations permanentes, de « candidat du peuple », de « une surprise par jour » que les Français se feront escroquer une seconde fois. La ficelle est quand même bien grosse. La bande du Fouquet’s, le yacht de Bolloré, l’affaire Karachi, les sondages de l’Elysée, les fadettes du Monde, les affaires Woerth-Bettencourt, le financement douteux de la fondation de son épouse[6], l’explosion de la dette publique[7], le bouclier fiscal[8], la soumission à Angela Merkel (et bien d’autres points encore …) sont passés par là. La seule chose qui reste à Nicolas Sarkozy est l’illusoire espoir qu’il est le « moins mauvais » candidat pour battre François Hollande. Si cet espoir ne s’amenuise ne serait-ce qu’un peu, alors son potentiel électoral fondra comme neige sous un soleil printanier radieux.

 

Pour le moment, l’UMP parvient bon gré mal gré à limiter la casse. Toutefois, il y a fort à parier que la publication officielle des candidats le 19 mars prochain, et l’équilibrage des temps parole médiatiques qui en résultera, modifiera profondément les choses, surtout si d’ici là le candidat PS demeure estimé tout aussi largement vainqueur au 2nd tour. Mais la question du quand est finalement secondaire. Il n’est d’ailleurs pas impossible que cet effondrement se produise dans l’isoloir le jour même du 22 avril, ce qui nous promet un 1ertour très largement incertain. Ce qui par contre paraît très probable c’est que tout la frange de l’électorat qui se refuse à voir un bien fade  mixte de Jospin 2002 – Royal 2007 gravir les marches de l’Elysée le 6 mai prochain ne pourra continuer à cautionner la défaite annoncée de Nicolas Sarkozy et devra se rabattre sur un autre candidat. La véritable question est donc : qui en profitera ?

 

Marine le Pen ne sera pas en position d’en tirer les marrons du feu : elle a probablement dors et déjà réussi à récupérer une bonne partie de l’électorat que Nicolas Sarkozy était parvenu à ôter à son père en 2007, mais elle aura bien du mal à aller au-delà. De plus, elle sera donnée perdante à tous les coups au 2nd tour et en conséquence les électeurs qui abandonneront le candidat UMP pour faire battre Hollande ne se dirigeront pas vers elle. En outre, son revirement antilibéral (alors que le programme du FN avait toujours été ultralibéral) et sa fausse mise au placard des rhétoriques xénophobes du Front National ne trompent finalement que peu de monde.

 

François Bayrou apparaît comme le candidat le plus à même d’en profiter car il semble en mesure de rassembler très large au second tout pour battre François Hollande. Mais ce fait même pourrait jouer en sa défaveur : il va vite devenir l’homme à abattre pour tous les candidats, à commencer par Nicolas Sarkozy, qui sent bien que le centriste pourrait être la première cause de son effondrement, et par François Hollande qui y verra l’adversaire de 2nd tour le plus dangereux. Jean-Luc Mélenchon, craignant un rapprochement centriste du PS, ne devrait lui non plus pas se priver de tacler le candidat MODEM. Tous les autres candidats, qui savent l’électorat centriste très volatile, devraient également s’y mettre. Il ne sera en outre pas difficile de mettre en valeurs les tendances très libérales du programme Bayrou, ne renonçant nullement aux dogmes qui ont généré la crise actuelle. Si, par exemple, sur l’éducation ses propositions sont certes très intéressantes[9], son programme économique se limite à nous mettre au régime grec[10]. Pas sûr que les Français apprécieront. A contrario, si François Bayrou révisait sa posture et rompait avec les dogmes néolibéraux (notamment au sujet des statuts de la BCE[11]), il pourrait bien faire un carton.

 

Nicolas Dupont-Aignan et  Dominique de Villepin semblent donc les deux candidats les plus à même de profiter de l’effondrement du président sortant. Toutefois la posture systématique anti-européenne, facilement caricaturale, du premier pourrait rebuter une partie importante de l’électorat, même si celui-ci est de plus en plus sceptique sur la construction européenne. Dès qu’il arrivera à gagner en audience médiatique (donc après le 19 mars), il lui importera donc de faire valoir et connaître les autres volets de son programme (ses propositions sur l’éducation, très proches de celle de François Bayrou, méritent, par exemple, l’attention) et probablement également d’adoucir quelque peu son anti-européisme.

 

Dominique de Villepin semble déjà connaître un frémissement dans les intentions de vote[12], même si les médias, obnubilés par le duel Sarkozy-Hollande, ne le relèvent pas (il n’est d’ailleurs pas impossible que l’Elysée ait un rôle indirect dans ce silence[13]). Il dispose déjà d’une incontestable stature d’homme d’Etat et de présidentiable : les Français n’ont sans doute pas oublié son discours de 2003 à l’ONU. Mais comme NDA, son programme souffre d’un manque de visibilité et de clarté alors même qu’il contient les éléments pour une véritable sortie de crises pour la France[14]. Et comme NDA, l’après-19 mars devrait lui permettre de mieux le faire connaître des Français.

 

Mais il faut encore que ces deux candidats parviennent à obtenir les 500 parrainages nécessaires à leur candidature. On peut également rêver d’une alliance des deux seuls candidats gaullistes avec un « ticket double » (DDV candidat à la présidence et NDA « candidat » 1er Ministre) qui pourrait rassembler très largement toutes les tendances républicaines du spectre politique (et pourquoi par jusqu’aux chevènementistes[15]), faisant éclater notre clivage gauche-droite complètement suranné. Il faudrait pour cela mettre de côté les égos et surtout parvenir à un consensus sur la question européenne[16]. Ce qui ne paraît pas impossible. Et puis surtout, à l’heure où la France traverse sa pire crise depuis la 2e guerre mondiale, n’est-il pas temps, pour reprendre le général de Gaulle, que « rejetant les jeux stériles et réformant le cadre mal bâti où s’égare la nation et se disqualifie l’Etat, la masse immense des français se rassemble sur la France ». Car « La France a une âme, un destin qui même au bord du gouffre lui fera trouver la parade, l’antidote au venin mortifère, l’issue au cauchemar. Elle vacille, mais ne tombe pas. Fascinante nation qui, par vents et tempêtes, stupéfiée ou à l’envol, veille comme gargouille accrochée à son rêve de pierre »[17].

 

 

 



[1] Comment peut-on imaginer que des sondages effectués sur des échantillons de 800 personnes, soit environ 0,0018% de collège électoral (!!!) puissent être représentatifs de quoi que ce soit, et ce quels que soient les outils alambiqués de correction qu’utilisent les sondeurs.

[2] En 2012, l’électorat dit « de droite » (à supposer que cette classification ait encore un sens) peut parfaitement craindre un 2nd tour Hollande – Le PeN.

[4] Lire L'Elysée manipulerait et censurait-il les sondages ?  Petites manipulations sondagières au sommet, Alain Garrigou, Blog Le Monde diplomatique, 02-févr.-12 ; ainsi que sur le blog de Thierry Desjardins :

-          Sondages: la dernière escroquerie de l’Ifop (05/02/2012).

-          Sondages, intentions, souhaits et voeux… (09/01/2012).

-          Villepin à 8% ? (05/01/2012).

[5] Ou encore l’entourage désespérant du parti socialiste et l’alliance hallucinante avec EELV.

[6] Un article à venir fera le bilan de ces cinq années de « république irréprochables ».

[8] En se remémorant les multiples « cadeaux »  et virages à 180° du président Sarkozy, on ne peut qu’imaginer que ceux-ci seront quasiment sans limite, et encore plus « décomplexés », s’il est élu pour 2nd mandat qui sera de toute façon constitutionnellement le dernier …

[9] Lire Ecole : les propositions se précisent, Jean-Paul Brighelli, Blog bonnet d'âne, 12-févr.-12.

[10] Lire Bayrou, adepte du régime grec, Laurent Pinsolle, Blog gaulliste libre, 14-févr.-12.

[12] Lire Thierry Desjardins, Villepin à 8% ? et voir http://estimations2012.fr/

[13] On relèvera également que les médias sont restés bien discrets sur l’étrange cambriolage de son QG de campagne. Lire Un Watergate chez Villepin ?, Thierry Desjardins, Blog Thierry Desjardins, 12-févr.-12.

[14] Son dernier livre,Notre vieux pays, vaut le détour. Il fera prochainement l’objet d’une fiche sur ce blog.

[15] Lire Laurent Pinsolle, Lettre ouvert à Jean-Pierre Chevènement, blog gaulliste libre, 2 février 2012.

[17] Dominique de Villepin, Le Cri de la gargouille. Lire ma fiche sur cet ouvrage : http://loeildebrutus.over-blog.com/article-le-cri-de-la-gargouille-92449873.html

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