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L'Oeil de Brutus

PETIT BILAN DES PETITES REFORMES DE Mr SARKOZY

23 Août 2011 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées


 

« Tous les principes et toutes les expériences exigent que les pouvoirs publics : législatif, exécutif, judicaire, soient nettement séparés et fortement équilibrés et, qu’au-dessus des contingences politiques, soit établi un arbitrage national qui fasse valoir la continuité au milieu des combinaisons. »

        Charles de Gaulle, Discours de Bayeux.

 

« Parfois, le chef, inapte à se décider, se donne par l’agitation l’apparence et l’illusion de l’activité et, s’attachant à quelques détails, consume en interventions accessoires et désordonnées son désir d’influer quand même sur les évènements. »

            Charles de Gaulle, Le fil de l’épée.

 

 

L’UMP affiche toujours avec vigueur le bilan du mandat de M. Sarkozy comme étant celui des réformes. Pourtant, à bien regarder en détail, il n’y a pas vraiment de quoi pavaner.

 


Prenons un exemple emblématique : la réforme des retraites. On sait dès aujourd'hui qu'elle nécessitera une réforme de plus dans les années à venir (probablement en 2016) car elle ne garantit pas l'équilibre des comptes à long terme. Ne serait-ce que sur ce principe, ce n’est pas une réforme à long terme mais une réformette.

Bien évidemment, le rallongement de la durée de cotisation et celui de l'âge de départ à taux plein sont en cohérence avec rallongement de la durée de vie (sur ce point, les socialistes et les verts sont d'une démagogie hallucinante). Ce qui est révoltant dans cette réforme c'est qu'une nouvelle fois elle fait peser tout le poids sur ceux qui travaillent. La contribution demandées aux revenus du capital n'est que symbolique et celle demandée aux actuels retraités (qui ont bénéficié d'un régime extrêmement généreux - on aurait pu, par exemple, tout simplement aligner leur taux de CSG sur celui des salariés) est ... absente. Mais il faut dire que les bénéficiaires de ces deux dernières catégories sont une clientèle électorale bien dévouée au Président. Ce qui confirme bien qu'il ne gouverne pas dans le sens de l'intérêt général mais de celui de sa clientèle (ceci dit les socialistes ne feraient probablement pas mieux). Bref, on se plaint qu'en France le travail n'est pas valorisé par rapport à la rente ... et bien cette réforme ne fait qu'accroître le phénomène.


Sinon, nous pourrions également évoquer la réforme des taxis parisiens, de la grande distribution, la grande réforme de la fiscalité (annoncée avec clairons et trompettes en fin d'année dernière), de la réforme des armées, de l'ineptie de la RGPP (et du résultat de la redistribution de 50% des économies réalisées aux agents ...), de la réforme de la formation professionnelle, des charges sociales des sportifs, de la taxe carbone, de la représentativité des syndicats, des heures supplémentaires défiscalisées, de la taxe restauration, du crédit impôt recherche, du Grand emprunt, du RSA, de son gouvernement limité à 15 ministres (….), du « moins de lois mais elles seront appliquées », de l’indépendance de la Justice, de l’exemplarité des nominations, du contrat de travail unique, de la préférence communautaire, de la lutte contre le dumping écologique, du plan banlieue … Tous ces sujets étaient dans le programme de 2007. Soit ils ont fait l’objet de réformes d’apparat (qui ne résolvent finalement rien, voire empirent les choses) soit ils sont … purement et simplement passés aux oubliettes.

 

S’il y a quelque chose que beaucoup de Français ne pardonneront pas à Nicolas Sarkozy ce n'est pas la clique du Fouquet's, la présidence-people-bling-bling ou encore le "président des riches", c'est la déception, l'espoir bafoué. Nous avions déjà l'habitude des politiciens qui ne tenaient pas leurs promesses, mais là nous avons passé un nouveau cap : un politicien qui dans bien des domaines (tout particulièrement autour de la valeur travail) a fait l'exact opposé de ses promesses.

 

Lorsque l’on discute un peu du fond des réformes du quinquennat avec les purs sarkozystes, l’évolution de la rhétorique de leur discours est intéressante : après avoir vanté les réformes de Mr Sarkozy et devant les faits (décidemment têtus !) démontrant l’anomie de ces réformes, ils en viennent à reprocher à l'opposition politique et syndicale, aux grèves et à la crise internationale d'avoir empêché la mise en place de ces mêmes réformes ... Triste aveu !
Mais personne n'a jamais dit que c'était facile ! Et il est effectivement temps de mettre un terme en France aux corporatismes, aux luttes de clans et de classes, aux privilèges des intérêts particuliers ... etc. Néanmoins, force est de constater qu'au lieu de le faire, Nicolas Sarkozy a gouverné en s'appuyant sur eux. Sur ce registre, la pseudo réforme de la représentation syndicale est emblématique : elle a rajouté des critères supplémentaires (et donc rendu le système encore plus opaque) qui interdisent encore plus l'émergence de nouveaux syndicats (qui pourraient sortit de la logique dépassée et stérile de la Charte d'Amiens). Du coup, des syndicats qui ne représentent même pas 10% des salariés prétendent parler au nom de tous ... et multiplient les gaspillages (par exemple sur la formation professionnelle) pour favoriser leur clientèle.


Pourtant, en arrivant au pouvoir Nicolas Sarkozy avait toutes les cartes en main : majorité parlementaires, aura des débuts, côte de confiance au plus haut, désir de réformes des Français ... Mais il a préféré s'afficher avec la clique du Fouquet's, faire du people avec sa vie privée et ... nourrir sa clientèle (défiscalisation des héritages, des heures sup., bouclier fiscal, taxe restauration, crédit impôt recherche ... etc.) au lieu d'en profiter pour faire des réformes de fond (la fiscalité et la démocratie sociale pour ne citer que ceux-là).


Tous les Français qui se sentent proches de la démocratie-chrétienne (héritière du catholicisme social de Lamennais) et/ou du Gaullisme (le vrai, celui-là !)[1] sont plus que lassés de la droite financière et de ses dérives sécuritaires et poujadistes (et je reste poli pour éviter de citer un autre exemple historique qui ne manquerait pas de déclencher des cris d'orfraies). A défaut de trouver un rassembleur avec un vrai programme (Bayrou ? Villepin ?), leur vote se dispersera ailleurs (Dupont-Aignan, petits candidats, vote blanc, abstention), mais il est fort peu probable qu'il aille cautionner 5 nouvelles années de clientélisme bling-bling, d'incantations sécuritaires tapageuses (et sans effet), de mépris du peuple et de la Constitution et surtout d'agitation immobile. Et ce même dans l'hypothèse d'un 2e tour opposant Mr Sarkozy à Mme Le Pen.


Deux derniers points pour conclure : sur le déficit public et le Gaullisme. Le déficit de la France en est à un tel niveau parce que depuis 30 ans chaque fois que la gauche est au pouvoir, elle augmente les dépenses et chaque fois que la droite est au pouvoir elle diminue les recettes. Nicolas Sarkozy a réussi le tour de force de faire les deux à la fois ....

 

Quant au Gaullisme, il n'est justement pas de droite. De Gaulle a toujours méprisé les partis. Dans ceux qui l'ont soutenus, il y avait de gens de tous horizons politiques (et pas des opportunistes aigris à la Besson ou Kouchner). C'était là la grande force du Gaullisme. Je ne vois pas comment on peut se considérer comme gaulliste en inféodant la France aux Etats-Unis, en bafouant l'esprit de la Constitution écrite par le Général, en s'affichant ostensiblement avec des clans, en se mêlant dans le détail de lois émotionnelles résultant de faits divers, en se positionnant en homme de l’instant médiatique et non en visionnaire de la France de l’avenir ... etc.

 

Et surtout de Gaulle avait un haut mépris de l'argent ....



[1] Et pas seulement eux bien sûr, mais ils ont constitué une base électorale importante lors de l’élection de 2007.

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