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L'Oeil de Brutus

Faire barrage à Macron (et Fillon) : Républicains-humanistes contre mondialistes-postmodernes

21 Avril 2017 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

Faire barrage à Macron (et Fillon) : Républicains-humanistes contre mondialistes-postmodernes

Faire barrage à Macron (et Fillon) : Républicains-humanistes contre mondialistes-postmodernes

 

Cette campagne présidentielle fut la plus insipide de toute la Ve République. Noyée dans les affaires et les invectives entre candidats, il n’y eu à aucun moment de réel débat de fond sur leurs programmes. Et pour cause : les médias dits « dominants », à la botte de leurs actionnaires et pour la plupart tout à la promotion de leur candidat favori (Macron pour une bonne part d’entre eux, Fillon pour quelques autres), passèrent trois mois à commenter sans fin les variations d’un iota de sondages dont on sait très bien qu’ils ne servent au mieux qu’à occuper des politologues en manque de réflexions (et ils sont nombreux), au pire à servir les intérêts de ceux qui les produisent et les promeuvent pour influencer l’élection dans le sens qui leur convient[i].

Mais cette élection aura probablement un grand mérite : celui de marquer le début de l’éclatement d’un clivage devenu suranné depuis plus de trois décennies. Plus que toutes autres élections auparavant, celle de 2017 marque en effet une nouvelle ligne de séparation des eaux : les républicains-humanistes d’une part, les mondialistes-postmodernes de l’autre.

 

Les mondialistes-postmodernes

Ils sont pour toutes les dérégulations, sociales, économiques, sociétales. Pour eux, la France est au mieux une vague idée abstraite, sinon un archaïsme qu’il faut détruire. Le Bien commun n’a pas de raison d’être (si ce n’est pour s’en servir …) : pour eux n’existent que des individus au milieu d’une multitude. L’ubérisation généralisée est leur seul horizon, la construction européenne leur alibi, le narcissisme leur loi de vie. Depuis plus de 30 ans, ils massacrent la France au nom de sa « nécessaire adaptation » à une mondialisation forcément « heureuse ». Ils ont financiarisé l’économie, détruit notre industrie, abandonné notre souveraineté à des technocrates, fait de fabuleux cadeaux fiscaux aux multinationales et aux rentiers tout en assommant les entrepreneurs et les classes moyennes. Ils ont prolétarisé les classes populaires, encouragé le multiculturalisme et tous les communautarismes, saccagé l’école, révisé l’Histoire pour transformer la France et les Français en perpétuels coupables.

Leur chef de file s’appelle, bien évidemment, Emmanuel Macron. Le candidat du vide. Le candidat de l’étranger, adoubé par Berlin et Wolfgang Schaüble[ii] pour poursuivre la purge austéritaire afin que, pour reprendre les mots de ce même M. Schaüble, telle une femme violée, la France « soit contente que quelqu'un (la) force à réformer »  et qu’on ne puisse « laisser des élections changer quoi que ce soit ». Emmanuel Macron, le banquier, fils spirituel de François Hollande (vous savez celui qui se proclamait « ennemi de la finance » avant de s’empresser d’aller rassurer les grandes banques à la City de Londres)[iii]. L’homme du « pacte de responsabilité » qui coûte 41 milliards d’euros chaque année  au contribuable et dont on attend toujours l’effet sur l’emploi. Celui qui est soutenu par toutes les cohortes de la pensée unique eurolibérale : Hollande, Bayrou, Delanoé, Hue, Attali, Douste-Blazy, BHL, Minc, Breton et tous les autres[iv]. Le candidat qui nie l’existence de la culture française. Le produit marketing des grands médias et patrons qui macdonalise la République.

Qu’on ne s’y méprenne pas : François Fillon n’est qu’une variante, moins libertaire et un peu plus libérale, du même camp. Son opposition à M. Macron est factice : elle ne matérialise qu’une lutte entre deux clans d’une même oligarchie[v]. Depuis 25 ans, il fut de tous les strapontins ministériels et a, à ce titre,  accompagné sinon généré, notamment, la destruction de l’école de la République, la désindustrialisation du pays, l’abandon de sa souveraineté et sa soumission aux logiques de la finance internationale (lire Sur le cas de M. Fillon : légalité et morale versus légitimité et stature).

Derrière ces deux poids lourds des mondialistes postmodernes, on trouvera les libertaires, sympathiques autant qu’archaïques, qui n’ont toujours pas compris que depuis Mai 68 les libertaires avaient été les idiots utiles de toutes les dérégulations. Que l’abandon des frontières, le démantèlement de l’Etat, le saccage de la Nation, la tolérance sans fin de tout et n’importe quoi étaient les meilleures armes du consumérisme généralisé et de la tyrannie de la finance mondialisée. Ils n’ont toujours pas saisi que l’internationalisme consistait à dialoguer entre les nations et donc les peuples, non à les dissoudre. Ils en sont resté à a cette « haine de la patrie », « internationalisme des imbéciles » selon Jaurès. Ils sont Philippe Poutou et Nathalie Arthaud.

Par pudeur on n’évoquera à peine le cas de Benoît Hamon, candidat d’un parti zombie, clairement libéral-libertaire et qui n’en finit pas de mourir.

 

Les républicains-humanistes.

Face à un camp qui occupa la quasi intégralité du spectre politique pendant des trois dernières décennies, émergent (enfin !) des candidats qui placent le Bien commun au centre du débat. Qui refusent le fatalisme d’une mondialisation qui seraient nécessairement libérale et donc signe d’une course sans fin (et totalement absurde) à la compétitivité. Qui considèrent que l’individu (à commencer par l’enfant à l’école) ne doit pas nécessairement être le centre de tout mais ne prend sens, justement, qu’inscrit dans un cadre collectif (et pas nécessairement collectivisé … !). Ces candidats rejettent la « convergence des égoïsmes » de l’homo oeconomicus parce qu’ils ont une conception autrement plus haute et exigeante de l’Homme que celle d’un simple animal en quête frénétique de jouissance, de consommation et de narcissisme.

Ils représentent un mouvement aujourd’hui probablement très largement majoritaire parmi les Français. Mais ils ont trois défauts, potentiellement rédhibitoire pour prétendre à une victoire lors de ces élections : ils se présentent dans un ordre très dispersé, leurs programmes ne sont pas nécessairement en complète cohérence et, pour une partie d’entre eux, on peut douter non pas nécessairement de leur sincérité mais tout de même de celle d’une partie de leur entourage.

En coupant tous les ponts avec à la fois l’européisme béat des sénilos-communistes du PCF et le libéralisme prétendument « social » du PS, Jean-Luc Mélenchon a reconquis la gauche républicaine (et sans doute même au-delà) et doit le succès de sa campagne à une position désormais résolument patriote et souverainiste (et rappelons que sans patrie souveraine, il n’est ni République ni démocratie). Cette gauche républicaine mise en sommeil par François Mitterrand puis assassinée par Jacques Delors, Lionel Jospin et François Hollande, est indispensable au renouveau républicain français. Mais elle ne peut faire sens que si elle n’est pas sectaire et s’accorde au compromis avec les autres courants républicains-humanistes. Or, il n’est pas sûr que M. Mélenchon soit prêt à franchir ce pas. Et sans cela, il ne pourra réunir une majorité prête à assumer le gouvernement. On regrettera également une profonde incohérence dans son programme : M. Mélenchon ne peut à la fois vouloir la VIe République et entamer le bras de fer avec l’Union européenne et l’Allemagne de Mme Merkel. Car pour supporter un tel bras de fer, il lui faudra toute la puissance des institutions du général de Gaulle[vi]. Enfin, il n’est pas certain que son entourage ait totalement rompu les ponts avec les utopies libertaires et/ou européistes d’une part de la gauche radicale. Or, ces utopies sont totalement incompatibles avec tout projet républicain.

Depuis la réorientation – quasiment à 180° dans certains domaines – du positionnement du Front National, Marine Le Pen l’a inscrit, au moins en apparence, dans une tendance foncièrement républicaine. On peut cependant, notamment lorsque l’on constate que le clan Gollnisch  est toujours bien présent dans l’appareil du parti (et dans l’équipe de campagne de Mme Le Pen), avoir de sérieux doutes quant à la sincérité de ces revirements et par voie de conséquence quant à l’application réelle de son programme en cas de victoire. Même s’il est en clairement abusif de qualifier le FN de parti fasciste (lire Ce qu’est le FN, ce qu’il n’est pas), il en fait probable que, comme ce fut bien souvent le cas lorsque l’extrême-droite arrive au pouvoir, en cas de victoire, le Front National et les puissances d’argent s’accommoderont fort bien l’un de l’autre. Si au regard de son programme, on peut donc classer Marine Le Pen dans le camp des républicains, il est évident que des paroles aux actes il faudra demeurer plus que vigilants.

Parmi les « petits » candidats, François Asselineau  est clairement positionné dans la sphère républicaine. Mais son programme, axé quasi exclusivement sur la sortie de l’UE[vii] et de l’OTAN, manque clairement de consistance, en particulier sur le « temps d’arrêt ». Jacques Cheminade, clairement républicain dans l’esprit, quant à lui, commet probablement l’excès inverse : un programme quasi fourre-tout dont on peine à distinguer l’essentiel de l’accessoire et par voie conséquence à en identifier les lignes directrices.

Au final, Nicolas Dupont-Aignan est le seul candidat[viii] à porter un réel projet républicain et humaniste pour la France. Ses propositions, équilibrées et raisonnables dans tous les domaines, sont à même de permettre à la France de retrouver le chemin de  sa grandeur en la sortant des ornières dans lesquelles quatre décennies de politiques libérales-libertaires l’ont plongée, en lui redonnant sa voix originale et indépendante dans le concert des nations, en la libérant de la tyrannie des marchés financiers et de la technocratie bruxelloise, en redonnant à chaque Français la fierté d’être ce qu’il est.

Rajoutons en guise de conclusion que la démocratie n’est pas une course de PMU et qu’il n’est pas de « vote utile », ou plutôt que tous les votes sont utiles (Lire Vote utile et petits candidats). En République, l’on ne vote pas pour un cheval que l’on voit gagnant. L’on ne vote pas au gré de sondages qui, telle une boussole fatiguée, indiquent toutes les directions et surtout celle que son commentateur veut que l’on prenne. L’on vote pour celui qui porte le mieux l’idée que l’on se fait de la République, au sens premier du terme : la « chose commune », notre bien commun à nous tous, Français.

Dimanche, je voterai pour Nicolas Dupont-Aignan et Debout la France.

 

 

"La France, c'est tout à la fois, c'est tous les Français. C'est pas la gauche, la France ! C'est pas la droite, la France ! Naturellement, les Français, comme de tout temps, ressentent en eux des courants. Il y a l'éternel courant du mouvement qui va aux réformes, qui va aux changements, qui est naturellement nécessaire, et il y a aussi un courant de l'ordre, de la règle, de la tradition, qui lui aussi est nécessaire. C'est avec tout cela qu'on fait la France. Prétendre faire la France avec une fraction, c'est une erreur grave, et prétendre représenter la France au nom d'une fraction, c'est une erreur nationale impardonnable. Vous me dites : à droite, on dit que je fais une politique de gauche au-dehors ; à gauche, du reste vous le savez bien, on dit "de Gaulle, il est là pour la droite, pour les monopoles, pour je ne sais quoi"'. Le fait que les partisans de droite et les partisans de gauche déclarent que je suis de l'autre côté, prouve précisément ce que je vous dis, c'est à dire que, maintenant comme toujours, je ne suis pas d'un côté, je ne suis pas de l'autre, je suis pour la France."               Charles de Gaulle, interview radiotélévisée du 15/12/1965.

 

[ii] Cf. L’œil de Berlin surveille la présidentielle, 13/04/2017, Jack Dion, Marianne. « Pendant qu’on amuse la galerie avec les rumeurs d’ingérence russe dans la présidentielle, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, a cru bon de faire savoir qu’il votait pour Emmanuel Macron. Y aurait-il donc des ingérences qui sont condamnables et d’autres qui sont acceptables ? ». Imagine-t-on l’effroi médiatique qu’aurait provoqué une annonce de Vladimir Poutine quant aux faveurs qu’il accorderait à un candidat ?

[iii] Celui là même qui a autorisé les banques à se servir dans l’épargne des Français (Le casse du siècle : discrètement, le gouvernement autorise les banques à se servir dans notre épargne) et qui a passé son mandat à servir les intérêts du grand patronat et des multinationales (Bilan économique et social de François Hollande à mi-mandat)

[iv] Lire Laurent Herblay, Emmanuel Macron : oligarque premier ?, Gaulliste libre, 15-avr-17.

[vi] Lire Jacques Sapir, La sortie de l’Euro…, Russeurope, 14/04/2017.

[vii] Qui plus est via un article 50 dont on sait très bien que le délai de négociation de deux ans entrainerait des spéculations insupportables sur la sortie de la France de la zone euro

[viii] Sciemment, je n’évoque pas la candidature de l’inclassable Jean Lassalle, qui toute originale et sympathique qu’elle soit, ne porte aucun réel projet.

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matelot 22/04/2017 18:28

Votre analyse est convaincante, juste et equilibree. Votre choix dès lors est tres respectable et conforme aux ideaux que vous defendez. Vous devez aussi placer une grande confiance dans les contre pouvoirs existants encore en France pour sauvegarder le peu de souverainete qu'il nous reste car votre choix ne permet pas de faire barage aux mondialistes (pourquoi ce titre alors ?).pour ma part j'hesite toujours à voter pour un republicain humaniste ayant plus de chances de l'emporter meme si son programme me semble comporter de plus en d'incoherences comme vous le soulignez tres justement. Mais ce choix est celui de la rupture possible. Potentiellement catastrophique mais d'une vraie rupture.