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L'Oeil de Brutus

La caste cannibale (Coignard – Gubert) : le PS et ses meilleurs « ennemis » de la finance

3 Juillet 2014 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Lectures

La caste cannibale (Coignard – Gubert) : le PS et ses meilleurs « ennemis » de la finance

La caste cannibale (Coignard – Gubert) : le PS et ses meilleurs « ennemis » de la finance

 

Billet également paru sur Gaulliste libre

 

L’ensemble des faits relatés ci-après sont extraits de La Caste cannibale  de Sophie Coignard et Romain Gubert (Albin Michel 2013).

 

Comme Nicolas Sarkozy, pour Dominique Strauss-Kahn la retraite politique forcée s’est muée en juteuse reconversion. Il est ainsi au conseil de surveillance de la Banque russe de développement des régions (BRDR), organisme financier des plus opaques, proche de l’oligarchie russe. L’ancien directeur du FMI a également pris la tête d’Anatevka, rebaptisée LSK (!), une société financière basée au Luxembourg avec bureaux à Genève et à Monaco.

Mais pas besoin d’être retiré des affaires pour cultiver ses liens avec les milieux de la finance. Lorsque l’Elysée a annoncé en juin 2014 plusieurs départs et arrivées parmi les conseilleurs du Président,  François Hollande fait du changement pour ne rien change : un ancienne de Barclays, débauchée de Bank of America, Laurence Boone, succède à un ancien de la banque Rothschild, Emmanuel Macron. Mais la maison Rothschild conserve des liens avec le gouvernement puisque qu’un ancien membre de son directoire, Christophe Bejach, conseille l’auto-proclamé apôtre de la démondialisation, Arnaud Montebourg. Le premier ministre n’est, lui non plus, pas en reste, puisque parmi les proches de Manuel Valls on compte Jean-François Dubos (patron de Vivendi) et le sulfureux  Stéphane Fouks (Havas Worldwide). C’est de toute façon presque d’un trouble obsessionnel compulsif que souffrent les pontes du PS dès lors qu’il s’agit de se faire conseiller en matière économique. Ainsi, à qui a fait appel Pierre Moscovici pour l’aider à l’élaborer sa loi sur la « régulation » (un bien grand mot …) bancaire ? A Jacques de Larosière, qui conseille également … Michel Pébereau, le patron de BNP Paribas !

Dans l’autre sens ces conseillers de l’ombre n’ont pas à s’inquiéter des changements de majorité : après avoir quitté la direction du cabinet de Laurent Fabius lorsque celui-ci était à Bercy, Matthieu Pigasse a fait une belle carrière au sein de la banque d’affaires Lazard.

Mais c’est peut-être Philippe Lagayette, ancien directeur de cabinet de Jacques Delors et actuel vice-président de Barclays France, qui illustre le mieux les reniements de la « gauche ». Car à l’entendre,  « (les retraites) c’est comme quelqu’un qui gagne le SMIC et qui s’achètent une Porsche. Il faudra bien financer la voiture de sport un jour. (…) Aujourd’hui, parce que ça va mal, certains en reviennent au keynésianisme et à sa vision simpliste. Ils pensent encore que la croissance vient de la demande. C’est confondre une équation comptable avec la réalité. La vraie source de croissance a toujours été l’initiative. Or, la condition pour que les gens aient envie de prendre des initiatives et des risques, c’est que l’échange soit le plus libre possible. (…) (les inégalités) sont inévitables en période de prospérité. Il y a un danger à ne pas admettre cela. Et puis, l’argent circule : les artistes modernes vendent aux riches. S’ils n’y a plus de riches, il n’y a plus d’artistes modernes. (…) Une partie de notre population est inadaptée au monde moderne à cause de notre système éducatif. On traîne ce boulet. Et on veut le corriger, c’est sans fin … Nous accumulons ça : cela donne une perception de l’inégalité ressentie plus durement qu’ailleurs. (…) Et puis le RMA (il voulait sans doute dire le RSA …)  coûte cher, et cela finit par peser sur la croissance ».

Pierre Bérégovoy a été probablement le plus grand précurseur de ces renoncements. C’est ainsi lui qui a ouvert la vente de Bons du Trésor français à des étrangers, lui qui a mis en place la Bourse électronique et la disparition des agents de change, lui a mis fin à l’encadrement du crédit, lui qui a créé les marchés à termes, spéculatifs, MATIF et MONEP.

Et que dire de Jacques Attali qui, en tant que patron de la BERD (Banque Européenne de reconstruction et de développement), a également été un bon suppôt de la finance mondialisée ? En 1994, 5 ans après le naufrage de l’Exxon Valdez, la multinationale pétrolière américaine Exxon n’est pas au mieux : elle risque de payer de lourds dommages et intérêts. JP Morgan veut bien consentir à prêter de l’argent à Exxon mais ne veut pas prendre tous les risques. La banque américaine se tourne alors vers la BERD (qui est censée aider au développement des pays d’Europe de l’est et dont les actionnaires sont les Etats européens) qui, pour quelques millions de dollars, accepte de se porter caution ! Si Exxon est condamné, ce sont donc les contribuables européens qui trinquent.

Le PS cultive également des liens avec les milieux les plus prédateurs de la finance mondialisée : les spécialistes des LBO.[i] Ancienne du Cabinet Fabius, passée par Mc Kinsey et le FMI, Hélène Ploix s’est associée à Jean Gore (un de donateurs du « Premier cercle » de Nicolas Sarkozy) pour monter une alliance avec Jean-Daniel Camus (ancien conseiller de VGE à l’Elysée et patron du fond de LBO Orium) pour s’emparer des slips Eminence. Est-ce pour cela que François Hollande s’est (entre autres promesses) endormi sur son engagement de supprimer les avantages fiscaux hallucinants accordés aux entreprises prédatrices qui pratiquent le LBO[ii] ?

 

A lire également sur La Caste Cannibale : Finance, banques, paradis fiscaux, hedge funds, Goldman Sachs : les petites conférences entre amis de Nicolas Sarkozy.

De Sophie Coignard et Romain Gubert, lire également la série de billet sur L’Oligarchie des incapables.

 

 

 

 

[i] Le leveraged buy-out, abrégé en LBO, terme anglais pour acquisition avec effet de levier, ou encore acquisition par emprunt ou rachat d'entreprise par endettement1, est une technique financière parfois utilisée pour acheter une entreprise. Le « LBO » consiste à financer une fraction du rachat d'une entreprise en ayant recours à l'endettement bancaire ou obligataire, ce qui permet d'augmenter la rentabilité des capitaux propres. La dette d'acquisition, bancaire ou non, est remboursée par une ponction plus importante sur les flux de trésorerie de la société achetée. Source : Wikipédia.

[ii] Elles peuvent, par exemple, déduire de l’impôt les intérêts de l’emprunt qui leur a permis d’acquérir leur proie.

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