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L'Oeil de Brutus

La caste cannibale (Coignard – Gubert) : la pieuvre financière

8 Juillet 2014 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Lectures

La caste cannibale (Coignard – Gubert) : la pieuvre financière

La caste cannibale (Coignard – Gubert) : la pieuvre financière

 

 

 

Dans des articles précédents, nous avons relatés comment Sophie Coignard et Romain Gubert mettent en évidence les liens avec le monde de la finance qu’entretiennent d’une part Nicolas Sarkozy (ici) et d’autre part les caciques du PS (). Bien évidemment, la dyarchie française de gouvernement n’est pas un cas isolé. Nul besoin cependant d’y voir un quelconque complot planétaire de la finance mondialisée : nous ne sommes confrontés qu’à de simples membres d’une oligarchie financière qui poussent leurs pions et leurs avantages en fonction de leurs intérêts personnels. C’est là la simple « convergence des égoïsmes » chère aux libéraux. Sauf que, contrairement à la théorie libérale, cette convergence ne profite pas à tous mais exclusivement à quelques-uns et que ces quelques-uns sont déjà au sommet de la pyramide.

 

L’ensemble des faits relatés ci-après sont extraits de La Caste cannibale  de Sophie Coignard et Romain Gubert (Albin Michel 2013).

 

C’est, de toute évidence, et sans surprise, au sommet de l’intelligentsia de l’Union européenne que l’on retrouve les plus grands marquants de cet univers de connivence :

  • Mario Draghi a été responsable de la branche européenne de Goldman Sachs de 2002 à 2005. Il s’occupait entre autres des « pays souverains ». Dès lors, comment pourrait-il ne pas avoir eu connaissance que son employeur refourguait à la Grèce des produits dérivés qui permettait de masquer son niveau d’endettement ?
  • Christian Thimann est passé directement du poste de conseiller du président de la BCE à celui du directeur de la stratégie et des affaires publiques chez Axa, avec pour mission de défendre les intérêts d’Axa auprès des institutions publiques financières, et en tout premier lieu la BCE !
  • Dans le cadre de la « régulation » bancaire, la BCE, sous l’égide de Jean-Claude Trichet puis de Mario Draghi, a confié l’organisation des stress tests au cabinet Olivier Wyman. Ce même cabinet avait audité en 2006 l’Anglo Irish Bank pour un verdict sans appel : « la banque la plus performante du monde ». Quatre plus tard, cette banque si performante est non seulement en faillite mais provoque une chute de 30% du PIB irlandais.

 

Mais nos voisins ne sont pas en reste :

  • Mario Monti (ancien président du Conseil italien) a également été employé par Goldman Sachs,
  • tout comme Paul Deighton, le ministre du Commerce de David Cameron, qui y a passé 22 ans.
  • En Grande-Bretagne, toujours, Tony Blair officie depuis 2008 au conseil de JP Morgan, avec un appointement de 4M€/an. Grâce aux multiples offices prodigués depuis qu’il a quitté le 10 Downing street, son patrimoine excède désormais les 35 M€.
  • Jose Maria Aznar, l’ancien premier ministre espagnol qui œuvre à faire son retour au premier plan[i], est, comme Nicolas Sarkozy, inscrit au Washington Speakers Bureau. De 2007 à 2009, il a été consultant pour Centaurus Capital, un hedge fund britannique. Comme collègue de travail, il a pu retrouver Kenneth Clark, l’ancien ministre des finances britanniques. Auparavant, John Major avait pu officier pour Carlyle (page 22).
  • Richard Portes, qui enseigne à la London Business School,  a pondu en 2007 un rapport extrêmement élogieux sur le système financier islandais. On connaît la suite … Mais ce rapport avait-il un lien avec le fait que Richard Portes conseille aussi deux fonds d’investissements (Pamplona Capital et Nevada Finance) ?

 

Et enfin, si l’on refait un petit tour en France :

  • Marc Ladreit de Lacharrière a été l’orchestre de la fusion en 1997 entre Fitch Publishing Company et IBCA Limited, accouchant de Fitch rating, la fameuse agence de notation dont il est actionnaire majoritaire. A noter qu’il est également organisateur de spectacle, produisant notamment Vanessa Paradis, Johnny ou encore Gad Elmaleh[ii].
  • Tous ces conseillers de l’ombre n’ont pas à s’inquiéter : en cas de changement de majorité, ils seront vite recasés. Ainsi de François Pérol, passé de Rothschild à l’Elysée pour conseiller Nicolas Sarkozy sur la fusion des banques populaires et caisses d’épargne avant de prendre lui-même la tête de l’ensemble bancaire nouvellement créée (la BPCE). Ou encore Stéphane Richard, directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo puis de Christine Lagarde avant d’être parachuté à la tête de France Telecom début 2011. Sébastien Proto a lui aussi été directeur de cabinet, d’Eric Woerth puis de Valérie Pécresse, avant d’atterrir chez Rothschild, un parcours relativement proche de celui de Matthieu Pigasse, directeur de cabinet de Laurent Fabius à Bercy à 31 ans avant de grimper les échelons de la banque Lazard
  • Et au cœur de notre oligarchie financière nationale, on trouve un incontournable qui, depuis trois décennies, « est l’éminence grise – et libérale – des ministres, des patrons et des hauts fonctionnaires »[iii]  : Michel Pébereau. Ancien inspecteur des Finances, sa carrière a été lancée par Valéry Giscard d’Estaing qui, après  l’avoir pris sous son aile à l’Elysée, le fait nommer Directeur de cabinet de René Monory. Il y fait alors rentrer ses amis au cabinet Monory : Jean-Claude Trichet (futur patron de la BCE), Thierry Desmarets (futur patron de Total), Philippe Jaffré (futur patron d’Elf) et Pascal Lamy (futur patron de l’OMC). Pébereau tient également le conseil d’administration de Sciences Po d’une main de fer. Son ambition et son culot n’ont plus de limites : il a ainsi fait acheter à Sciences Po des immeubles entiers dans les quartiers les plus chers de Paris tout en exigeant, et en obtenant, de Bertrand Delanoé que la Ville de Paris lui en cède d’autres à vil prix. Lorsqu’un administrateur s’est aperçu que la Ville de Paris allait s’en trouvé spoliée, on lui a « amicalement » demandé de se taire.

 

De Sophie Coignard et Romain Gubert, lire également L’Oligarchie des incapables.

 

 

[i] Lire En Espagne, la droite doublée sur sa droite, Guillaume Beaulande, Le Monde diplomatique               , juin-14.

[ii] Le même qui est l’acteur principal de l’excellent film de Costas Gravas, Le Capital (2012), dénonçant les pratiques des grandes banques et des hedge funds, pour, quelques mois plus tard, faire une pitoyable publicité pour Le Crédit Lyonnais !

[iii] Sophie Coignard, Romain Gubert, La Caste Canniable, Albin Michel 2013, page 288.

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