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L'Oeil de Brutus

SORTIR DE L'EURO : La réponse de M. Colletis-Wahl

21 Mars 2014 , Rédigé par L'oeil de Brutus

SORTIR DE L'EURO : La réponse de M. Colletis-Wahl

Il y a quelques jours je publiais un billet critiquant un article (parmi tant d'autres) du journal Le Monde sur une éventuelle sortie de l'euro. Ce billet a fait réagir son auteur qui nous apporte ici, et c'est tout à son honneur, sa réponse.

Bien évidemment, j'apporterai dans quelques jours mes propres éléments sur le sujet.

La réponse de M. Colletis-Wahl apparait ci-dessous en gras.

Une sortie de l’euro engendrerait une série de conséquences négatives pour l’économie française, parmi lesquelles une politique d’austérité pour la population qui fait partie de l’arsenal des politiques d’accompagnement des dévaluations monétaires. Il suffit de regarder pour cela ce qui s’est passé en Argentine où une dépréciation de la monnaie s’est accompagnée d’une hausse de la pauvreté à travers justement la mise en place d’une politique d’austérité pour empêcher le déficit de la balance commerciale.

Présenter un démontage de l’euro comme une solution miracle à des années de sous-investissement dans la R&D, la formation et la production est irresponsable et contribue à entretenir l’illusion d’une solution simple aux yeux de la population dont le vote est orienté par la peur et l’espoir de solutions miracles qui seraient mises en œuvre par des personnages salvateurs.

Je reprends donc les différents arguments développés ci-dessous pour approfondir, je remplace simplement les références à Molière par des points plus propices à une confrontation d’idées respectueuse.

1er point: la fuite des capitaux.

Citation : « Une fuite des capitaux devant la dépréciation attendue puisque les détenteurs de capitaux gagneront en plaçant leurs fonds à l’étranger, n’importe où dans la zone euro ».

Il y a un remède simple à cela : le rétablissement du contrôle des transferts internationaux des capitaux. C’est ce qu’anticipent tous les économistes qui préconisent une sortie de l’euro. Et c’est tout simplement ce qui existait avant que la construction libre-échangiste de l’UE nous impose son démantèlement.

Non, malheureusement ce n’est pas si simple : le monde financier a changé depuis les années 80 et la circulation des fonds spéculatifs représente entre 50 et 100 fois celle de la production cela dépend des estimations (BRI, FMI). Ces valeurs sont énormes et cette architecture très complexe est organisée sur la base d’effets de leviers financiers. Il existe bien sûr un risque systémique important comme nous l’avons vu lors de la crise des prêts titrisés et avec la crise des dettes publiques qui est en cours. Dans un tel contexte vouloir restreindre les transferts internationaux est un objectif à long terme qui ne peut être mené que de concert entre pays. Annoncer, seul, un frein à la circulation des capitaux consisterait tout simplement à les enjoindre à se retirer pour aller se placer ailleurs, avec les conséquences que je décris et qui ont été bel et bien observées à l’échelle mondiale lors de la crise des subprimes (hausse des taux interbancaires, credit crunch, baisse des PIB, hausse du chômage et hausse des déficits et de la dette publique).

2e point : l’effondrement des cours de Bourse.

Citation : la sortie de l’euro entrainerait « une baisse des cours de la bourse puisque la bourse de Paris est détenue à plus de 70% par des capitaux étrangers qui eux aussi seront retirés en raison de la dépréciation escomptée ».

Le rétablissement des contrôles des transferts internationaux des capitaux résout déjà en partie la question. En outre, la dévaluation induite par la sortie de l’euro entrainerait soit une appréciation mécanique des cours de Bourse, soit ils deviendraient plus attractifs pour les investisseurs étrangers. On remarquera que dans d’autres articles, les européistes utilisent ce 2e point (en complète contradiction donc avec l’article ici étudié) pour souligner que les entreprises françaises se trouveraient alors sous la coupe étrangère. On rétorque simplement que 1/ C’est déjà le cas à 70% ; 2/ Le contrôle des transferts de capitaux résout aussi en partie cette question ; 3/ En recouvrant l’arme monétaire, l’Etat est beaucoup plus à même de contrer les prises de contrôles étrangères.

Ici vous répondez à des questions que je n’ai pas traitées dans mon papier : préconisez-vous un blocage par surprise des capitaux pour les obliger à rester en France, un peu comme en 1981 ? Les flux financiers non concernés s’orienteront vers des zones moins contraignantes qui ne manquent pas à l’échelle mondiale.

Il ne peut pas y avoir d’appréciation mécanique des cours de la bourse. Prenons un exemple : si un investisseur étranger américain détient pour 100 EUR d’actions cotées à la place de Paris (Euronext) il a investi environ 135 USD au taux de change actuel. Un passage au FF ne changerait rien dans un premier temps à son investissement ses 135 USD correspondrait à environ 120 FF si le « nouveau nouveau Franc » valait environ 20% de moins par rapport à l’euro (c’est la valeur avancée par les tenants de la déconstruction, elle est bien sûr hypothétique et basée sur aucune estimation sérieuse). Imaginons que le FF continue à se déprécier (ce que vous appelez « l’arme monétaire ») notre spéculateur américain perdra du pouvoir d’achat en USD et il faudra que la hausse des cours des actions vienne compenser l’érosion monétaire… sans quoi il ira ailleurs. Comme vous le savez « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel », quand le ratio progression de la cotation / dépréciation se retournera les actions seront vendues et la bourse baissera.

Cela fonctionnera de la même façon avec les obligations sur le marché secondaire et cela engendrera la nécessité d’augmenter les taux d’intérêt obligataires lors des nouvelles émissions de dette par l’AFT. Il suffit pour cela d’observer la situation française dans les années 90. Il faudra compenser la dépréciation monétaire par des taux d’intérêts plus importants. Cela nous mène au point suivant :

3e point : le « credit crunch »

Citation : la sortie de l’euro entrainerait un « credit crunch » c’est-à-dire une diminution brutale des octrois de crédit aux particuliers et aux entreprises comme nous l’avons vécue entre 2008 et 2010 ».

Ce n’est pas du tout avéré : la France retrouvant sa souveraineté monétaire, elle pourrait d’elle-même redynamiser le crédit via sa Banque centrale.

Il ne faut pas confondre les taux de base bancaires fixés par les banques centrales et les taux interbancaires fixes sur les marchés interbancaires : Depuis plus de vingt ans maintenant l’octroi de crédit dépend des taux auxquels les banques se financent sur l’open market (PIBOR, LIBOR, LIBOR en USD, EURIBOR, etc.) peu des taux de base bancaires qui à l’heure actuelle sont déjà très proches de zéro (on parle de ZIRP – zero interest rate policy). Il n’y a donc plus aucune marge de manœuvre à moins de fixer des taux d’intérêts nominaux négatifs, ce qui serait une première mondiale : « 10 nouveaux nouveaux francs offerts si vous nous empruntez 100 nouveaux nouveaux francs ». Redynamiser le crédit passe par les banques commerciales, à moins que vous décidiez de les nationaliser toutes en même temps que vous rétablissez un contrôle des changes et que vous renationalisez la banque de France qui était indépendante longtemps avant le passage à l’euro.

4e point : l’explosion de la dette publique

Citation : « les effets les plus préoccupants concerneraient la dette publique française qui est aujourd’hui exprimée en euros et détenue en majorité par des capitaux étrangers. Une dépréciation aurait comme effet d’augmenter la dette libellée en Francs et d’engendrer une situation comparable à celle des pays latino-américains. Il en résulterait une augmentation du taux d’endettement de la France (poids de la dette rapportée au PIB) ».

C’est tout simplement complètement faux. C’est même l’inverse qui se produirait. . La dette émise en France (soit de l’ordre de 95%) serait automatiquement transposée en Francs, et ce en complète conformité avec le droit international. Donc pas d’augmentation du taux d’endettement, bien au contraire puisque la dévaluation qui s’en suivrait baisserait mécaniquement ce taux.

Il n’est pas du tout évident qu’une dette émise en euros puisse être convertie automatiquement en une autre monnaie et il semple bien que l’étude de la banque japonaise Nomura citée par J. Sapir ne s’applique pas au présent cas. Souvent en pareil cas les procès faits par les fonds d’investissements aux États bloquent les rééchelonnements et les refinancements de dettes. Voici un exemple : http://www.hispanioo.com/billets/les-creanciers-de-largentine-font-saisir-un-bateau

La chronique désintox de liberation.fr résume bien une situation inextricable : http://www.liberation.fr/politiques/2014/01/16/prise-de-dette-sur-la-sortie-de-l-euro_973376

D’autre part, le raisonnement développé ici ne tient pas compte de la complexité de la situation et des multiples déclinaisons de la dette (OAT, BTAN, BTF). Admettons que la dette soit transposée en FF et que le FF soit dévalué : dans un premier temps cela ne diminuera pas le taux d’endettement (dette / PIB) puisque le PIB aussi lui aussi sera converti en FF. Mais exprimée en devises étrangères (la dette française est détenue à environ 65% - 70% par des organismes financiers étrangers) la dette française perdra de son rendement et sera revendue sur le marché secondaire ce qui provoquera une hausse des taux qui se répercutera sur le marché primaire lors de nouveaux appels de fonds mis en œuvre par l’agence France-Trésor chargée de la gestion et du refinancement de la dette française. La dette ne s’effacera pas d’un coup de baguette magique sans effets secondaires importants où alors il faudrait que la nouvelle banque centrale française rachète sa propre dette en produisant de la monnaie pour éviter une envolée des taux comme le fait la FED. Ce n’est pas une situation tenable à long terme surtout si vous publiez vos statistiques monétaires.

5e point : la hausse du taux obligataire

Citation : « Il en résulterait une augmentation du taux d’endettement de la France (poids de la dette rapportée au PIB) déjà située au-delà des critères de Maastricht qui se traduirait par une hausse des taux obligataires ». Il ne résulterait alors que le « refinancement de la dette serait de plus en plus coûteux ».

Et bien, on s’en fout ! Tout l’intérêt d’une sortie de l’euro réside justement dans le recouvrement de la souveraineté monétaire qui permet à l’Etat de financer son crédit auprès de sa Banque centrale. Donc, plus besoin de se tourner vers les marchés. Donc, plus besoin des taux obligataires !

Non, on ne s’en fout pas ! Le service de la dette française est devenu notre premier poste de dépense budgétaire depuis cette année et cela a été lié à une hausse des taux obligataires qui est en train de se mettre en place à l’échelle mondiale.

http://fr.investing.com/rates-bonds/world-government-bonds

Les taux obligataires sont la rémunération d’un prêt consenti à l’État par les investisseurs / spéculateurs qu’ils soient français ou non. Même avant l’euro, la dette française n’était pas un domaine réservé de la Banque de France. Vous proposez de nationaliser la dette publique française puis de l’effacer par une création monétaire correspondante. Cela n’est pas possible sans effet pour l’économie française, il suffit de regarder pour cela l’exemple allemand entre les deux guerres mondiales et ses effets sur la population allemande, cela ne créera pas une « légère inflation ».

6e point : les attaques spéculatives

Citation : « La France isolée serait une puissance économique de taille moyenne avec une banque centrale dotée de faibles réserves de change. Elle ne pourrait donc soutenir longtemps les attaques spéculatives ».

La tartufferie se démonte par une simple question : comment font la Suisse, la Norvège, le Royaume-Uni, la Pologne, la Suède, la Roumanie ou encore la Corée du Sud, autant d’économies « moyennes », voire bien plus petites que la France, qui ont conservé leurs monnaies ?

On a traité ici de ce qui se passerait en cas de sortie de l’euro pas de ce qui se serait passé si nous avions conservé le FF et c’est une différence de taille. Une sortie française de l’euro s’accompagnerait d’un risque de disparition de l’euro tout entier avec des effets là encore différents.

En effet, un frexit, une sortie de française de l’euro constituerait un phénomène avec des conséquences prévisibles pour les acteurs financiers qui ne manqueraient d’anticiper et de tirer parti des mouvements sur les taux d’intérêts et de taux de changes qui seront encore amplifiés par les produits dérivés et autres « assurances » dont les variations se répercutent sur les variables macro-économiques, sur le revenu et l’emploi. De plus le trading haute fréquence est devenu un phénomène de masse qui vit des variations des marchés financiers et qu’il contribue à amplifier.

Pour le reste prenons des exemples

  • La Suisse a des problèmes avec son CHF dont elle peine à contrôler les variations. Le CHF est trop fort et la banque centrale suisse vient d’abaisser son taux directeur cela aura des effets pervers puisque cela poussera les spéculateurs internationaux à emprunter en CHF pour placer dans les zones où les taux d’intérêts sont plus importants. Ce mécanisme est appelle un « carry trade » et on peut mettre en relation les taux de change et crises de taux de changes comme le fait par exemple ce papier Carry Trades and Currency Crashes, Markus K. Brunnermeier, Stefan Nagel, Lasse H. Pedersen. http://www.nber.org/papers/w14473
  • Les pays scandinaves qui ne sont pas tous affiliés à l’euro ont mis en place des mécanismes de contrôle draconiens de leur endettement public suite à la crise financière qu’ils ont vécue dans les années 90, justement liée à des attaques spéculatives qui ont entrainé des faillites bancaires. Un des instruments mis en place pour le contrôle des dettes publiques est l’indexation des retraites sur la croissance du PIB. Si le PIB baisse, les retraites en font autant. Imaginez-vous la mise en place d’un tel mécanisme en France ? La plupart de pays que vous citez ont mis en place des réformes libérales.
  • La Corée du Sud a des taux obligataires supérieurs aux nôtres depuis qu’elle a elle aussi fait l’objet d’attaques spéculatives pendant la crise asiatique.

Tout cela, un maître de conférences en économie tel que Hans-Kristian Colletis-Wahl ne peut l’ignorer. Son devoir d’enseignant et de chercheur ne saurait alors manquer de citer ces six contre-arguments, ne serait-ce que pour les réfuter. Mais il n’en est rien. C’est donc que l’on est en plein exercice de propagande. Et à cela, notre journal « de référence », mais aussi à peu près toute la presse dominante, en est largement complice.

Je n’ignore pas ces arguments, mais il se trouve qu’ils sont réducteurs. Il ne s’agit plus de savoir si nous avons bien fait d’entrer dans la zone euro, car nous y sommes ! Le fait d’en sortir ne nous permettrait pas de revenir au bon vieux temps du Franc et de la France d’avant avec toute la charge nostalgique que cela implique (« c’était mieux avant »). Il s’agit de bien comprendre ce qui se passerait si nous déconstruisions l’euro dans un contexte de globalisation financière et de dérèglementation à l’échelle mondiale.

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Xavier LOUVET 29/03/2017 16:48

J'arrive très tard dans ce débat et je viens avec 2 ans de recul mais dans un contexte politique plus chaud je prends seulement connaissance de l'article de Hans-Kristian Colletis-Wahl qui par bonheur est toujours en ligne sur le site du Monde.

J'ai fait une analyse très détaillée de ce texte en le soumettant à un "facts-checking" (très à la mode) et je suis contraint, à regret, de m'inscrire en faux avec la plupart des affirmations de monsieur Hans-Kristian Colletis-Wahl.

Mon analyse est la suivante :

1°) Tout votre paragraphe sur les effets commerciaux d'un FREXIT sont entachés d'un tropisme sur la nature même du déficit commercial français. Selon le rapport des douanes françaises 2016 consultable sur lekiosque.finances.gouv.fr:

Les échanges français (import et export) sont à 60 % dans l’UE et 40 % hors UE. Les exportations vers les pays de la zone Euro sont concentrées par ordre d’importance sur l’Allemagne, Espagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Suède et Portugal et représentent 48 % des exportations du pays : si 52% fait encore une majorité dans le sens commun, on ne peut donc parler de primauté flagrante des flux intra zone euro.

Les importations d’hydrocarbures (hors produits raffinés) et d’électricité représentent environ 30 Md € sur un volume d’import de 507 Md € soit 6 %. Si l’on anticipait une dévaluation de 10 % de la monnaie française, l’impact de la facture pétrolière serait de 0,6 % sur le volume des importations donc négligeable contrairement à ce que vous évoquez.

Le déficit de la balance commerciale est de 53 Md €. Les principaux pays en cause (58 Md) sont par ordre d’importance la Chine (26 Md), l’Allemagne (15 Md), les Pays-Bas (7 Md), l'Italie (6 Md), la Belgique (4 Md), aucun ne figurant parmi les fournisseurs d’hydrocarbures. On notera que la France dégage des excédents commerciaux avec les Emirats Arabes Unis, l’Algérie, le Brésil, le Qatar et le Mexique ! Il est donc faux d’analyser la facture pétrolière comme le principal poste de déficit, c’est un tropisme d’analyse.

2°) De la hausse des taux interbancaires : là encore vous criez au feu sans donner ni la mesure du problème ni de chiffres, c'est pratique. Alors allons-y :

EONIA est le taux interbancaire de référence au sein de la zone euro. Négatif à -0,3 %, l’analyse de sa cotation historique démontre que partant de 2 % en 2005, il grimpa graduellement jusqu’à 4 % en 2008 avant de chuter de manière vertigineuse autour de 0 (source site CBanque).

Le taux négatif qu’on lui connaît depuis décembre 2014 signifie le trop plein de liquidités cherchant à se placer. Les prêteurs payent pour placer leurs capitaux chez les emprunteurs. Le taux négatif est un symptôme de maladie, pas une bénédiction. Situation anormale s’il en est, celle-ci résulte, d’une part, de la qualité supérieure de sécurité qu’offrent les institutions occidentales comparées à celle d’autres régions du monde (coffre fort) et bien sûr de l’atonie générale de l’économie de la zone euro d’autre part. Le taux de croissance annuel du PIB de la zone (sources Eurostat) était de +3 % en 2006 et 2007 tandis que sur la période 2008-2016 le PIB n’a cru que de 3 % en 8 ans ! D’ordinaire, l’économie financiarisée adore les opportunités qu’offrent les déséquilibres et fuit l’atonie générale. A l’instar de la technique de la production d’énergie hydrolique, c’est par la création d’un déséquilibre (chute d’eau, ici la dévaluation) que l’énergie est obtenue. Il est donc peu probable que la sortie de la France de l’Euro provoque la fuite des financiers, au contraire, on peut compter sur leur cupidité (cf Joseph Stiglitz, « Le triomphe de la cupidité ».)

plus loin au sujet de la dette publique :

La dette française (1649 Md Euros) est détenue à 60 % selon l’AFT (source site de l'AFT) par des « non-résidents ». La qualité de ces non résidents est un secret bien gardé que l’AFT ne communique pas (source Le Figaro). Un français achetant des OAT via une banque basée à Londres, est un prêteur non résident. Il n’est donc pas possible de les qualifier systématiquement de capitaux étrangers.

Invoquer les critères de Maastricht dans le cadre de l’étude d’impact de la sortie de l’Euro est par essence un contre-sens. Si la monnaie devait dévaluer de 10 %, le nominal de la dette détenue par des résidents étrangers n’augmenterait la dette totale que de 6 % de manière instantanée. Serait-ce vraiment si insupportable ?

La maturité moyenne de la dette totale est supérieure à 7 ans. L’encours de la dette à moins d’un an est de 132 Md Euros, soit 8 %. Par conséquent, la hausse des taux obligataires ne toucherait la première année que 8 % de la masse totale du service de la dette. Le taux d’intérêt moyen traité (toutes maturités confondues) est entre 1,5 et 2,2 % (sources AFT). Si l’on retient 2,2 %, un doublement de ce taux sur la dette à court terme renouvelée à long terme aurait donc un impact de 0,2 % sur le taux d’intérêt global de la dette, soit +1 % au bout de 5 ans. Ce qui laisse le temps à l’économie française regonflée de compenser ce surcoût. On est donc loin de la catastrophe que vous annoncez.

3°) De la vulnérabilité aux attaques spéculatives :

De quels défauts de paiement parlez-vous en ce début de paragraphe ? Qui deviendrait mauvais payeur ? Vous affirmez sans apporter d’argument à l’appui d’une telle affirmation.

puis sur les mesures d'austérités qui s'en suivraient :

Analysez un peu : 0,2 % de 1649 Md, représentent 3,3 Md d’euro par an de service de la dette en plus soit 0,1 % du PIB. De quelles mesures d’austérité parlez-vous quand on sait que la dette augmente d'environ 50 Md par an (source AFT) et que la seule politique raisonnable et utile d'un bon gestionnaire consisterait à stopper son accroissement en réduisant donc les dépenses de 50 Md d’euros par an. 3 Md ? 50 Md ? Les enjeux sont évidemment bien ailleurs.

puis sur les attaques spéculatives :

Les attaques spéculatives consistent par essence à faire des coups rapides d’entrée et sortie en prenant des options sur les marchés des futurs. Les outils de la gestion de ce risque sont connus, à commencer par le plus simple que seul un souverain peut imposer : interdire la création de futurs sur les obligations du trésor… Mais pour cela encore faut-il être souverain et avoir le pouvoir et la volonté de se faire respecter.

Et pour finir le pompon du défaitiste :

Vous écrivez : "La question de la sortie de la zone euro masque celle de la spécialisation économique française, de la qualité d’une production orientée vers le moyen de gamme et d’un effort de R&D insuffisant qui présentent l’inconvénient de ne pas se résoudre de façon simple et rapide."

D'où sortez-vous que les français seraient contraints de rester dans une économie spécialisée ? Et si c'était le cas ? Et oui … il faudrait se remettre au travail ! Créer, inventer, développer ! C'est du travail mais les français sont moins bêtes que vous voudriez le faire croire.

Vous auriez du commencer par là. C’est donc cela qui vous chagrine … devoir travailler dur pour survivre dans la jungle de la mondialisation.

Pour terminer, si j'étais votre prof d'économie, monsieur le Maître de Conférence, je vous aurait collé un 4/20 pour l'encre et le papier (parce qu'il faut être encourageant) en vous mettant comme observation :

votre analyse est un tissu d’affirmations non vérifiées basée sur une méconnaissance surprenante pour votre qualité des mécanismes économiques et financier. Vous n’avancez aucun chiffre qui permettraient au lecteur de mesurer la réalité de ce que vous affirmez. En le faisant, vous vous seriez rendu compte de la réalité des enjeux et de la vacuité de vos craintes. Vous vous faites peur avec la complexité des systèmes mais omettez les deux facteurs essentiels moteurs des économies financiarisées qui justifient leur existence : la confiance et la cupidité. Cela marche dans les deux sens : elles peuvent créer des drames, mais aussi de bonnes surprises. Vous ne voyez que les drames.

J'en termine en disant qu'il est proprement scandaleux que personne au Monde n'est fait ce travail de vérification avant de vous laisser publier.

A bon entendeur.
Xavier LOUVET
x.louvet@sfr.fr

Nathalie 04/11/2015 23:28

contrairement à certains, je trouve que le blog est très bien fait, par contre je vous remercie pour cet article instructif !
Excellent blog

bul 28/03/2014 11:29

Un éclatement de l’Euro ne serait nullement une « catastrophe » et n’aurait pas les conséquences dramatiques qui sont généralement mises en avant par les adversaires d’une telle solution.

- La dissolution de la zone euro et le retour au Franc, accompagnés d'une forte dévaluation, laisseraient les revenus et les dépenses réalisés sur le territoire absolument inchangés,

- Cependant, un strict contrôle des capitaux devrait être mis en place pour gérer cette dévaluation,

- Le poids de la dette diminuerait rapidement tandis que le déficit résiduel des dépenses publiques pourrait parfaitement être couvert par l’épargne nationale,

- Le gain en croissance et en emploi serait spectaculaire,

- A court terme, la valeur du patrimoine des ménages serait affectée en fonction de la composition de ce patrimoine, mais à moyen terme retrouverait sa valeur,

- Le taux d’imposition général de l’économie française pourrait lui aussi baisser, compte tenu des « gains » mécaniques qu’engendreraient la forte croissance et l’inflation pour les recettes fiscales,

- Par ailleurs, une dissolution de la zone Euro et une forte dévaluation auraient des effets très bénéfiques sur l’industrie française.

Il apparaît donc clairement que la dissolution de l’Euro et une forte dévaluation sont de nature à fournir le « choc de compétitivité » dont l’économie française a besoin. Toutefois, une telle relance ne pourra se faire sur une trajectoire identique à celle du passé et impliquera de tous les acteurs, tant privés que publics, un effort d’imagination pour penser et construire notre pays. En cela, si la dissolution de l’Euro n’est pas une condition suffisante, elle est indiscutablement une condition nécessaire.

Une étude de Jacques Sapir et Philippe Murer avec la contribution de Cédric Durand - Septembre 2013

FONDATION RES PUBLICA - Fondation de recherche reconnue d’utilité publique depuis 2005

bip 22/03/2014 18:18

"Il ne s’agit plus de savoir si nous avons bien fait d’entrer dans la zone euro, car nous y sommes !"

Il ne s'agit plus de savoir si l'euro est une catastrophe, car il l'est!


"Le fait d’en sortir ne nous permettrait pas de revenir au bon vieux temps du Franc et de la France d’avant avec toute la charge nostalgique que cela implique (« c’était mieux avant »)."

Le fait d'y rester ne nous permettra pas d'améliorer notre sort dans le futur mais en sortir serait pire ; avec toute la charge de peur que cela implique (quoique regarder la Grèce et l'Europe du Sud permet de relativiser : ça peut pas être beaucoup plus catastrophique...)


"Il s’agit de bien comprendre ce qui se passerait si nous déconstruisions l’euro dans un contexte de globalisation financière et de dérèglementation à l’échelle mondiale."

"Il n'a pas de politique sans risque mais il y a des politiques sans chances" Edgar Faure