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L'Oeil de Brutus

LE MONDE ET L’EURO, OU LES CHRONIQUES DES TARTUFFES

9 Mars 2014 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

LE MONDE ET L’EURO, OU LES CHRONIQUES DES TARTUFFES

LE MONDE ET L’EURO, OU LES CHRONIQUES DES TARTUFFES

Il y a quelques jours le quotidien qui se prétend de « référence » publiait un nouvel article sur les dangers de la sortie de l’euro : Sortir de l’euro, stratégie viable ou scénario du pire ?

Cet article atteint des sommets dans l’art grossier de la propagande. Le Monde n’en est pas à son coup d’essai et ses pratiques sont déjà largement dénoncées, notamment sur les blogs de Jacques Sapir et Laurent Pinsolle. Un bref aperçu de ce petit recueil en tartufferies mérite toutefois le détour.

1ere tartufferie : la fuite des capitaux.

Citation : « Une fuite des capitaux devant la dépréciation attendue puisque les détenteurs de capitaux gagneront en plaçant leurs fonds à l’étranger, n’importe où dans la zone euro ».

Il y a un remède simple à cela : le rétablissement du contrôle des transferts internationaux des capitaux. C’est ce qu’anticipent tous les économistes qui préconisent une sortie de l’euro. Et c’est tout simplement ce qui existait avant que la construction libre-échangiste de l’UE nous impose son démantèlement.

2e tartufferie : l’effondrement des cours de Bourse.

Citation : la sortie de l’euro entrainerait « une baisse des cours de la bourse puisque la bourse de Paris est détenue à plus de 70% par des capitaux étrangers qui eux aussi seront retirés en raison de la dépréciation escomptée ».

Le rétablissement des contrôles des transferts internationaux des capitaux résout déjà en partie la question. En outre, la dévaluation induite par la sortie de l’euro entrainerait soit une appréciation mécanique des cours de Bourse, soit ils deviendraient plus attractifs pour les investisseurs étrangers. On remarquera que dans d’autres articles, les européistes utilisent ce 2e point (en complète contradiction donc avec l’article ici étudié) pour souligner que les entreprises françaises se trouveraient alors sous la coupe étrangère. On rétorque simplement que 1/ C’est déjà le cas à 70% ; 2/ Le contrôle des transferts de capitaux résout aussi en partie cette question ; 3/ En recouvrant l’arme monétaire, l’Etat est beaucoup plus à même de contrer les prises de contrôles étrangères.

3e tartufferie : le « credit crunch »

Citation : la sortie de l’euro entrainerait un « « credit crunch » c’est-à-dire une diminution brutale des octrois de crédit aux particuliers et aux entreprises comme nous l’avons vécue entre 2008 et 2010 ».

Ce n’est pas du tout avéré : la France retrouvant sa souveraineté monétaire, elle pourrait d’elle-même redynamiser le crédit via sa Banque centrale.

4e tartufferie (probablement la plus grosse) : l’explosion de la dette publique

Citation : « les effets les plus préoccupants concerneraient la dette publique française qui est aujourd’hui exprimée en euros et détenue en majorité par des capitaux étrangers. Une dépréciation aurait comme effet d’augmenter la dette libellée en Francs et d’engendrer une situation comparable à celle des pays latino-américains. Il en résulterait une augmentation du taux d’endettement de la France (poids de la dette rapportée au PIB) ».

C’est tout simplement complètement faux. C’est même l’inverse qui se produirait. . La dette émise en France (soit de l’ordre de 95%) serait automatiquement transposée en Francs, et ce en complète conformité avec le droit international. Donc pas d’augmentation du taux d’endettement, bien au contraire puisque la dévaluation qui s’en suivrait baisserait mécaniquement ce taux.

5e tartufferie : la hausse du taux obligataire

Citation : « Il en résulterait une augmentation du taux d’endettement de la France (poids de la dette rapportée au PIB) déjà située au-delà des critères de Maastricht qui se traduirait par une hausse des taux obligataires ». Il ne résulterait alors que le « refinancement de la dette serait de plus en plus coûteux ».

Et bien, on s’en fout ! Tout l’intérêt d’une sortie de l’euro réside justement dans le recouvrement de la souveraineté monétaire qui permet à l’Etat de financer son crédit auprès de sa Banque centrale. Donc, plus besoin de se tourner vers les marchés. Donc, plus besoin des taux obligataires !

6e tartufferie : les attaques spéculatives

Citation : « La France isolée serait une puissance économique de taille moyenne avec une banque centrale dotée de faibles réserves de change. Elle ne pourrait donc soutenir longtemps les attaques spéculatives ».

La tartufferie se démonte par une simple question : comment font la Suisse, la Norvège, le Royaume-Uni, la Pologne, la Suède, la Roumanie ou encore la Corée du Sud, autant d’économies « moyennes », voire bien plus petites que la France, qui ont conservé leurs monnaies ?

Tout cela, un maître de conférences en économie tel que Hans-Kristian Colletis-Wahl ne peut l’ignorer. Son devoir d’enseignant et de chercheur ne saurait alors manquer de citer ces six contre-arguments, ne serait-ce que pour les réfuter. Mais il n’en est rien. C’est donc que l’on est en plein exercice de propagande. Et à cela, notre journal « de référence », mais aussi à peu près toute la presse dominante, en est largement complice.

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