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L'Oeil de Brutus

M. LE PRESIDENT

17 Septembre 2011 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Lectures

M. LE PRESIDENT

Franz-Olivier Giesbert

Edition de référence : Flammarion, 2011.

 

1/ L’AUTEUR.

 

Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Franz-Olivier_Giesbert

 

2/ L’OEUVRE.

 

M. Le Président narre les relations, pour le moins complexes, entre l’auteur et le président Sarkozy de 2005 à 2011. Sans surprise, on y découvre un Nicolas Sarkozy impulsif, autoritaire, vaniteux, souvent grossier, infantile, colérique, narcissique, susceptible. Sur ce point, Giesbert à une théorie simple : Sarkozy n’a pas de surmoi pour lui interdire de laisser libre cours à ses impulsions (page 31). L’ouvrage ne vaut pas tant par son analyse de la personnalité du 6e Président de la Ve République que par la multitude d’anecdotes croustillantes et acides qui mettent en exergue cette personnalité. On pourrait prendre l’ouvrage pour un pamphlet mais ce n’est pas cela : le ton condescendant et paternaliste de FOG à l’égard de Nicolas Sarkozy le rend bien pire que ça pour ce dernier.

La conclusion surprend : elle montre un Président qui, grâce à sa nouvelle compagne, s’ouvre à la culture et apprend la sérénité. Cette surprise est d’ailleurs double : comment un vieux routier de la politique tel que FOG peut-il se laisser bercer avec une telle naïveté devant un tel revirement qui semble bien plus tenir du jeu de communication, pourtant typique de Sarkozy ?

Enfin, Giesbert effectue un tableau saisissant des mondanités parisiennes et de l’esprit de cour qui y règne, monde où tous les milieux (politique, culturel, économique, intellectuel) se côtoient en permanence, se tutoient, se déchirent … ce qui confirme la désagréable conviction de l’existence d’une classe dirigeante renfermée sur elle-même et décidant au nom de tous dans les seuls intérêts des jeux de pouvoir de chacun.

 

3/ POINTS PARTICULIERS.

 

- Description du mode de choix des thèmes de campagne par pur opportunisme (page 16).

- Pressent une trahison/rébellion de Guéant (page 28).

- Confidence (anonyme) d’un sarkozyste : pour Nicolas Sarkozy, il y a deux catégories de gens : les ennemis et les esclaves, mais il traite les deux de la même manière (page 35).

- Décrit Sarkozy comme un disciple de Tony Blair : « assez étatiste, vaguement social et plutôt libéral » mais surtout opportuniste (page 141).

- Giesbert décrit Trichet, Bernanke et Gordon Brown comme les sauveurs de l’économie mondiale (page 146), oubliant qu’ils étaient aux affaires avant la crise (et depuis longtemps pour les deux premiers) et que, à minima, ils n’ont au moins pas su l’anticiper … voire l’on provoqué en se faisant les apôtres de la dérégulation et du monétarisme.

- Comment le Conseil économique social et environnemental est un précieux outil du pouvoir pour recaser sa clientèle en fin de carrière ou indésirable médiatiquement (page 167).

- Dénonce la multiplication des réformes, sans véritable réforme structurelle (page 249).

- Indicateur de l’OCDE (2010) sur les rémunérations des enseignants du primaire (page 249) :

            -  Allemagne : 46524€/an.

            -  Etats-Unis : 35999€/an.

            -  France : 23735€/an.

 

 

4/ CITATIONS.

 

SARKOZY

« Il ne sait pas où il va, mais il y va sur les chapeaux de roues. »

Page 10.

 

« Parler avec Sarkozy consiste, en vérité, à l’écouter parler. »

Page 15.

 

« Sarkozy est un politicien qui prépare la prochaine élection et non pas les générations à venir. »

Page 16.

 

« La vanité est le plus secret et le plus pernicieux de nos directeurs de conscience. L’écouter serait une erreur et une perte de temps. C’est ainsi que notre président en perd beaucoup, fasciné qu’il est par l’apparence, le superfétatoire et l’écume de jours. »

Page 26.

 

« « Tout faire soi-même. » La litanie des mauvais managers qui ne savent ni déléguer, ni responsabiliser. Avec cet état d’esprit, Nicolas Sarkozy ne serait pas capable de diriger une PME de six salariés. Mais voilà, grâce à son charisme et au suffrage universel, il lui faut gouverner un pays de plus de soixante millions d’habitants. »

Page 35.

 

« Là sont la force et la limite du sarkozysme. Le président semble penser au jour le jour, sans vraie ligne de conduite ni suite dans les idées, se contredisant souvent et jouant continuellement les uns contre les autres ou inversement, les élites contre le peuple, les salariés contre les patrons ou les policiers contre les magistrats, pour rester au centre du paysage. Il n’est ainsi jamais là où on l’attend. Il ne sait même pas lui-même où il en sera bientôt. »

Page 131.

 

« Trop occupé à régler ses problèmes conjugaux ou à jouir de son nouveau pouvoir, Sarkozy s’est contenté de faire voter en urgence les lois qui devaient satisfaire sa clientèle. »

Page 245.

 

GUEANT

« Il faisait de la peine avec son sourire cassé et son regard baissé qui exprimait toute la résignation du monde, celle du chien couché qui subit à heure fixe les colères du maître. »

Page 28

 

COLERE

« La colère, c’est la maladie infantile des faibles et des angoissés, si glorieux soient-ils. »

Page 31.

 

HAINE

« La haine, c’est la colère des faibles. »

Alphonse Daudet, cité page 182.

 

PRESIDENT

« Notre inconscient collectif réclame un président statufié, qui incarne le pays et parle pour les siècles des siècles, un langage digne de figurer sur le marbre des stèles. »

Page 37.

 

CLASSE DIRIGEANTE

« Toute classe dirigeante qui ne peut maintenir sa cohésion qu’à la condition ne pas changer, qui n’est capable ni de s’adapter au cours des évènements ni d’employer la force fraîche des générations montantes, est condamnée à disparaître de l’Histoire. »

Léon Blum, A l’échelle humaine, cité page 65.

 

MONDANITE / PARIS

« Tel est Paris : une grande basse-cour avec des volailles de toutes sortes, mais un seul poulailler pour tout le monde, la gauche comme la droite, pourvu que l’on soit de la haute. »

Page 82.

 

KOUCHNER

« […] le Bernard Kouchner, prêt à tout pour accéder à la lumière, courtisan dans l’âme, léger et inconstant, capable de changer d’opinion dans l’instant dès lors que son prince en a changé, hors d’état d’écrire une ligne ni de se concentrer une seconde, convaincu que son emphase et sa grandiloquence feront tout passer, comme ce fut, jusqu’à présent, le cas. »

Page 85.

 

AUSTERITE

« L’élite des responsables politiques agit comme les prêtres d’un culte antique, exigeant que nous nous livrions à des sacrifices humaines pour apaiser la colère des dieux invisibles. »

Paul Krugman, The New York Times, 20/08/10, cité page 136.

 

IMPOSSIBLE

“Tout le monde savait que c’était impossible. Il est venu un imbécile qui ne le savait pas et qui l’a fait. »

Marcel Pagnol, cité page 244.

 

PROFESSEUR

« Une société qui ne respecte pas ses professeurs est une société qui n’a pas le respect d’elle-même. »

Page 250.

 

POUVOIR

« Qui nescit dissimulare, nescit regnare. »

Louis XI, cité page 264.

 

AMOUR

« L’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches. »

Céline, Voyage au bout de la nuit, cité page 280.

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