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L'Oeil de Brutus

ABSOLUMENT DE-BOR-DEE ! , ou le paradoxe du fonctionnaire.

5 Décembre 2011 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Lectures

ABSOLUMENT DE-BOR-DEE ! , ou le paradoxe du fonctionnaire.

Zoé Shépard

Edition de référence : Points, 2011.

 

 

1/ L’AUTEUR.

Aurélie Boullet alias Zoé Shepard est un auteur français née le 6 octobre 1979 à Orsay, de parents enseignants de collège, Aurélie Boullet est titulaire d'une maîtrise d'histoire et d'un diplôme de l'Institut d'études politiques de Bordeaux. Elle est administratrice territoriale (INET, Promotion Cervantès, 2005-2007)1. En mars 2007, elle entre comme chargée de mission à la délégation européenne et internationale du conseil régional d'Aquitaine. Le 4 mars 2010, alors qu'elle est toujours haute fonctionnaire territoriale, Aurélie Boullet publie un ouvrage, intitulé Absolument Dé-bor-dée, sous le pseudonyme de Zoé Shepard. Suite à sa dénonciation, Aurélie Boullet est suspendue par mesure conservatoire de ses fonctions le 4 mai 2010 avec maintien de traitement sans primes. Le 1er juillet 2010, le conseil de discipline du Conseil Régional d'Aquitaine se réunit. Alors que la révocation avait été demandée, il demande une sanction de deux ans de suspension sans salaire pour manquement à l'obligation de réserve, après 5 heures d'audience. En décision finale, le Président de la région Aquitaine, Alain Rousset ordonne une sanction de 4 mois d'exclusion ferme et 6 mois avec sursis prononcée le 30 août 2010 pour manquement à l'obligation de discrétion, manquement à l'obligation de réserve et comportement fautif à l'égard de sa hiérarchie. Une action en référé auprès du tribunal administratif est déposée en septembre 2010 et rejetée le 1 er octobre. Une demande d'annulation est également déposée auprès du tribunal administratif de Bordeaux, ce jugement sur le fond sera rendu, a priori, aux alentours du premier semestre 2012. Aurélie Boullet reprend ses fonctions d'administrateur territorial au sein du Conseil Régional d'Aquitaine le 3 janvier 2011 en tant que chargée de mission grand emprunt et veille juridique européenne.

Du 26 février à mi-avril 2010, la promotion de son ouvrage est faite de façon anonyme. Cependant, depuis le 1er juillet 2010, Aurélie Boullet est régulièrement interviewée par la télévision (émission On n'est pas couché sur France 2 le 4 septembre 2010), la radio (Les grosses têtes sur RTL le jeudi 10 mars 2011) et la presse écrite, tant française qu'internationale. Les droits d'adaptation cinématographiques du livre ont été achetés par UGC. Dans une interview diffusée le 25 juillet 2011 sur Europe 1, Aurélie Boullet affirme envisager l'écriture d'un second ouvrage, cette fois-ci sur le thème de la placardisation.

Le 29 septembre 2011, Absolument Débordée est sorti en Allemagne sous un titre sensiblement différent : Wer sich zuerst Bewegt hat Verloren (c'est-à-dire, Le premier qui bouge a perdu). Le 10 novembre 2011, l'ouvrage est également publié en Espagne sous le titre ¡Estamos Desbordados! (c'est-à-dire Nous sommes dépassés).

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Aur%C3%A9lie_Boullet  

 

2/ L’OEUVRE.

 

Sous une plume drôle, incisive et directe, Zoé Shépard nous décrit avec verve le pitoyable et hallucinant fonctionnement interne d’une administration territoriale dans laquelle l’omniprésence de l’esprit de cour se mélange au népotisme, au clientélisme et à l’incompétence généralisée. Ce portait désabusé laisse une triste et affligeant appréciation de la bureaucratie née d’une décentralisée menée en dépit du bon sens. L’ouvrage confirme donc bien que celle-ci n’a pas enfanté une gouvernance politique plus proche du citoyen mais des potentats provinciaux dilapidant l’argent public au service de leurs propres intérêts.

Alors que l’Etat fait le choix de (soi-disant[1]) réduire son train de vie avec des politiques aussi ineptes et arbitraires que la RGPP[2] - mettant ainsi en péril nos systèmes d’éducation et de santé –, l’ouvrage de Zoé Shépard montre bien comment nos collectivités territoriales (qui comptent 1 million et demi d’agents) continuent de vivre dans une bulle abstraite au mépris de l’intérêt général. Il apparaît donc encore plus évident que le redressement des comptes publics de la France passe par une réforme radicale de la décentralisation (pour mémoire, par exemple, les budgets de fonctionnement cumulés des départements représentent plus de 40 milliards €).

 

3/ QUELQUES EXEMPLES.

 

-          Le conseil régional a dépensé plus d’un million d’euros pour rénover sa cantine permettant ainsi de prendre son repas « dans le produit d’un bad trip d’un fétichiste du gazon shooté aux champignons hallucinogènes. » (page 33)

-          Le directeur général des services qui dispose dans son bureau de deux canapés, d’un lecteur DVD et d’une télévision à écran plasma (page 34).

-          L’absurdité du management qui impose à l’auteur anglophone non sinophone de gérer un dossier en relation direct avec des autorités chinoises pendant qu’une de ses collègues de niveau de responsabilité équivalent, chinoise d’origine, sinophone et non anglophone, est affectée au dossier « Malte » (pages 40-41).

-          Les guerres de personnes qui se refusent à communiquer de bureau à bureau et qui impliquent leurs subordonnés dans ces querelles (page 43).

-          Le favoritisme éhonté : un élu qui n’hésite pas à faire embaucher comme « hôtesse d’accueil » une maîtresse – « masseuse » de formation – ramenée d’un séminaire au Brésil (page 43).

-          Une secrétaire (surnommée « Coconne ») incompétente au point de ne faxer ses feuilles que dans le mauvais sens (page 48).

-          La logique de pyramidage inversé qui fait recruter un maximum de catégorie A pour favoriser le clientélisme et éviter les tensions sociales des catégories B et C (beaucoup moins bien payées et davantage syndiquées) (page 108).

-          Les inspections internes totalement inefficaces (pages 167-169).

-          Le formalisme du « petit chef » qui met 5 jours à corriger une note pour finalement affirmer qu’elle est entièrement à refaire : elle ne respecte pas la charte graphique de l’administration par sa taille et son type de police (page 210).

-          L’envoi « humanitaire » d’ordinateurs Windows Vista avec imprimantes laser couleur et scanner à un village d’Ethiopie qui n’a pas l’électricité (page 266).

-          L’octroi de subventions obscures par copinage (page 276).

-          Un élu qui fait passer ses parties fines en notes de frais.

-          Et bien d’autres encore ….

 

-          Et dans tout cet assemblage kafkaïen, une simple fonctionnaire (Michelle) qui tient son service à bouts de bras depuis des années mais, peu au fait de l’esprit de cour, n’a jamais connu le moindre avancement (page 56).

 

4/ CITATIONS.

 

FONCTION TERRITORIALE

« J’ai longtemps cru que mon gène de la paresse était récessif. Puis j’ai intégré la fonction territoriale et ai constaté que dans un environnement favorable, il pouvait pleinement s’exprimer, même après avoir été en latence durant mes années d’études. »

            Page 22.

 

CABINET

«  (Le Cabinet d’une collectivité locale) est l’exemple type du Cabinet de province ou se bousculent les anciens élus incasables, les « maîtresses de » et les « fils de ». »

            Page 57.

 

CONSULTANT

« La logique servicielle doit être repensée. Je comprends votre volonté de mettre en place un projet de service. Les collectivités territoriales sont pareilles à des roues de vélo. Il faut régulièrement y apposer des rustines pour continuer de rouler. Je suis votre rustine. […] Il faut réinventer du collectif … au moins individuellement. Ça vous renvoie quelque chose dans votre tête ce que je dis là ? […] Si je comprends bien, vous voulez que je sois la rotule entre le début du bras et l’épaule ?  » (attribué à une consultante venant auditer l’organisation de la collectivité).

            Pages 221-222.

 

PROVERBE

« L’eau chaude ne doit pas oublié qu’elle a été froide. » (attribué au chef des services)

            Page 142.



[1] Durant les quatre premières années du quinquennat du Président Sarkozy, les dépenses de l’Etat ont cru à un rythme soutenu, notamment du fait de l’externalisation de nombreuses fonctions étatiques au bénéfice d’entreprises privées.

[2] Révision générale des politiques publiques.

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