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L'Oeil de Brutus

L’ETHIQUE PROTESTANTE ET L’ESPRIT DU CAPITALISME (5/6) : LE PROTESTANTISME ET LA CULTURE, L'ARGENT ET LA CAPITALISME

25 Mai 2013 , Rédigé par L'oeil de Brutus

L’ETHIQUE PROTESTANTE ET L’ESPRIT DU CAPITALISME (5/6) : LE PROTESTANTISME ET LA CULTURE, L'ARGENT ET LA CAPITALISME

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Le protestantisme et son rapport à la richesse

Calvin condamnait la richesse bourgeoise (page 187). Mais ce n’est pas la richesse en elle-même qui est condamnée, c’est sa jouissance et le repos dans sa possession (page 188). En effet, le repos éternel des saints est dans l’au-delà, sur terre l’homme doit se consacrer à la besogne que lui a assignée son Créateur. « Gaspiller son temps est donc le premier, en principe le plus grave, de tous les péchés. (...) Le temps est précieux, infiniment, car chaque heure perdue est soustraite au travail qui concourt à la gloire divine » (page 189). Le travail devient donc le but même de la vie et le verset de saint Paul en est l’illustration : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ». Et les Mormons de poursuivre : « Un indolent ou un paresseux ne peut être un chrétien, ni être sauvé. Il est destiné à être piqué à mort et rejeté hors de la ruche » (page 191). Le travail et la quête de richesse deviennent donc une fin en soi et ne sauraient avoir pour but de vivre plus tard de ses rentes dans l’oisiveté (page 197).

Dans cette destinée de l’homme au travail, le fruit de ce travail devient donc la marque de sa réussite devant Dieu (page 194). En outre, si les Evangiles commandent d’aimer son prochain comme soi-même, cela n’implique nullement de l’aimer plus, mais aussi cela induit également le devoir de s’aimer soi-même. Aussi, nul n’est mieux à même de connaître le meilleur emploi de quelque chose que celui qui le possède, ce qui fait donc qu’il n’a pas à le partager mais au contraire doit le faire fructifier pour la plus grande Gloire de Dieu (page 195).

En toute logique, tant l’indulgence du bon seigneur que l’ostentation du nouveau riche sont intolérables au puritain qui par contre donne sa plus grande approbation éthique au self-made-man (page 198).

Le puritanisme et la culture

La culture, en tant qu’activité créatrice, peut, pour les plus rigoristes des puritains, être conçue comme un blasphème : seul Dieu crée. La culture revêt donc un aspect idolâtre mais est aussi perçue comme une incitation à l’indolence et à la paresse (page 207).

Le protestantisme et le capitalisme

La vision ascétique du travail (rationalisé) pour les Protestants a ainsi pu être un fort vecteur de propagation de l’esprit du capitalisme. « Mais les idées religieuses ne se laissent pas déduire tout simplement des conditions « économiques » : elles sont précisément – et nous n’y pouvons rien – les éléments les plus profondément formateurs de la mentalité nationale, elles portent en elles la loi de leur développement et possèdent une force contraignante qui leur est propre. » (page 211).

En outre, la vision du travail rejetant toute jouissance et oisiveté présente ou ultérieure génère une forte incitation à l’épargne (ainsi de John Wesley, père du méthodisme : « Exhortons tous les chrétiens à gagner et à épargner tout leur saoul, autrement dit à s’enrichir », cité page 216) et à l’accumulation du capital, éléments indispensables au développement du capitalisme (page 212)[i]. Au final, « elle (la conception puritaine de l’existence) a veillé sur le berceau de l’homo oeconomicus moderne » (page 214). Le mythe de Robinson Crusoé, travailleur acharné, rationnalisant son organisation et condamnant la paresse sur son île déserte, en est d’ailleurs fondateur (page 217).

Le puritanisme est intrinsèquement inégalitaire. Ainsi, Thomas Adams (Works of the puritan divines) estime-t-il qu’il est normal que les masses demeurent pauvres car elles ne sauraient, moralement, vivre dans la richesse et se laisseraient tomber dans l’oisiveté, contredisant la volonté de Dieu (page 218). Dans la conception puritaine, la masse ne travaille que si la nécessité l’y pousse, d’où la théorie de la productivité des bas salaires vue précédemment (page 219).

Weber relève une différence entre le développement du capitalisme hollandais et du capitalisme anglais : le premier a consacré l’accumulation du capital à de nouveaux investissements et non, comme le second, à l’achat de terre dans la perspective d’obtenir l’anoblissement, ce qui a permis un développement plus rapide du premier (page 213).

Comme Tocqueville, Max Weber relève la profonde dichotomie entre les premiers colons américains : d’une part des aventuriers qui, peu ou prou, cherchaient à reproduire le modèle féodal avec de grandes plantations (essentiellement dans le Sud des Etats-Unis) et les Puritains en quête d’un nouveau monde (pour un peuple élu) (essentiellement dans le Nord) (page 214)[ii].

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[i] Le protestantisme rejette parallèlement le consumérisme, ce qui produit une discordance majeure entre épargne et consommation, source selon les logiques marxistes, des crises à répétition des systèmes capitalistes.

[ii] On peut en déduire que la question de l’esclavage est en conséquence secondaire – en fait un prétexte - dans le déclenchement de la guerre de Sécession. Celle-ci a en fait été bien plus un choc entre deux cultures radicalement différentes (l’une rationaliste, ascétique, individualiste et besogneuse, l’autre tolérant – voire promouvant – l’oisiveté, collective et précapitaliste) pour savoir laquelle des deux s’imposerait à un pays entier. On notera d’ailleurs que les démocrates ont longtemps été pro-esclavagistes avec une très large base électorale dans le Sud (jusqu’aux mouvements des droits civiques dans les années 1960) tandis que l’abolition de l’esclavage a été réalisée par les Républicains qui initialement avait leur base électorale dans le Nord industriel.

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