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L'Oeil de Brutus

DU 5e ELEMENT A L’AFFAIRE TAPIE, OU L'OLIGARCHIE AU POUVOIR

5 Juillet 2013 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

DU 5e ELEMENT A L’AFFAIRE TAPIE, OU L'OLIGARCHIE AU POUVOIR

DU 5e ELEMENT A L’AFFAIRE TAPIE

Dans cette affaire dont les démêlés demeurent encore obscurs, il est un élément qui paraît difficile à saisir : quel aurait pu être l’intérêt du gouvernement en place à l’époque et, plus particulièrement, de M. Sarkozy de rincer si grassement M. Tapie ? Celui-ci avait certes appelé à voter pour le champion de l’UMP aux élections présidentielles de 2007. Mais il y a fort à parier que le nombre d’électeurs qui choisissent leur bulletin de vote en fonction de l’ancien patron de l’OM ne soit guère plus nombreux que le nombre de Français qui ont assisté à la dernière finale du champion interrégional de curling en Laponie. Alors pourquoi ?

Pour le comprendre, il faut probablement s’attarder sur le fonctionnement actuel de l’Etat en France, et sur comment l’oligarchie au pouvoir (et il y a fort à parier que les anciennes pratiques n’ont par complètement disparues, loin de là, avec la nouvelle équipe en place) a transformé la « chose publique » en SA chose, bonne à satisfaire toutes les prédations[i] et prévarications, les petites combines, les petits arrangements entre amis, les renvois d’ascenseur, les prébendes et petits plaçous, sans d’ailleurs, et ce n’est pas le moindre des tours de force, qu’il y ait forcément quelque chose d’illégal. Une féodalité qui ne dit pas son nom.

L’exemple de l’affaire de la Cité du cinéma, bien peu relayée par les médias mais relatée par Sophie Coignard et Romain Gubert dans L’Oligarchie des incapables, en donne une excellente illustration.

A l’origine de l’affaire, on trouve le célèbre cinéaste Luc Besson, et son ami Christophe Lambert, désirant créer en banlieue parisienne SA Cité du cinéma. Mais il y a un hic : les banques jugent le projet peu crédible et ne consentent pas à accorder de financement. Que faire alors ? Tout simplement, jouer de son carnet d’adresse. Et dans celui-ci on trouve deux pièces de premier choix : Carla Bruni-Sarkozy[ii] et Emmanuelle Mignon. Pour celle-ci l’affaire tombe à pic : ancienne directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, elle est en pleine disgrâce depuis sa rétrogradation au rang de simple conseiller sur les entrefaites de Claude Guéant avec qui elle entretient des rapports pour le moins tendus. Ce dernier y voit également une belle opportunité : se débarrasser de Mlle Mignon, une dangereuse concurrente en cour, qui, en cas de succès, rejoindrait Front Line, la holding de Luc Besson. Homo homini lupus dit-on. Mais parfois les loups, même ennemis, savent s’entendre entre eux. Et dans ce cas, ce sont toujours les moutons qui trinquent. Ici, les moutons, ce sont vos livret A. Car pour obtenir le financement nécessaire au délire mégalomane du cinéaste, un coup de téléphone de l’Elysée est passé au directeur de la Caisse des Dépôts et Consignation (CDC), qui recueille – entre autre – l’argent du livret A, pour lui intimer l’ordre d’ouvrir le chéquier. Ce type de financement ne fait évidemment pas partie des objectifs de la CDC, mais sous la forte pression de la (basse) Cour du château, il finit tout de même par lâcher 40 millions d’euros. Ce n’est néanmoins pas suffisant. Quelques autres coups de fils, mêlant subtilement menaces et basses flatteries, à des amis bien placés dans la haute hiérarchie des grandes banques françaises suffiront à débloquer le reste de fond nécessaire.

Comme on pouvait s’y attendre, l’entreprise de Luc Besson est un gouffre financier et sa holding se trouvant en déficit est dans l’incapacité de lui verser des dividendes. Comment l’auteur du 5e élément pourra-t-il alors assumer son train de vie ? Qu’à cela ne tienne ! Il suffit que sa holding lui verse 4,9 millions d’euros au titre des droits d’auteurs. On n’est pas à un déficit près lorsque la Caisse des dépôts a déjà injecté 40 millions d’euros. Français, soyez heureux que votre épargne laborieusement obtenue puisse contribuer à M. Besson de poursuivre ses soirées champagne – confettis – caviar Beluga ®[iii] !

C’est probablement le même boiton et le même genre de pourceaux opportunistes et sans scrupules que l’on retrouve au cœur de l’affaire Tapie. Ni plus ni moins que cela : un simple petit arrangement entre amis à l’encontre du bien public. Le tout est de savoir maintenant qui sont les amis en question.

Ces deux affaires – Tapie et Besson – ne sont malheureusement pas des cas isolés. D’autres se retrouvent dans toutes les mailles de la toile de clientélisme que la dyarchie PS-UMP a longuement su tissé aux dépends de la République. Vous croyez encore à la probité de tous les élus locaux ? Lisez donc Zoé Shépard : Absolument dé-bor-dée et Ta carrière est fi-nie (Albin Michel, 2010).

J’entends déjà les qualificatifs de « populiste » sortir de la gorge des bien-pensants réfutant, sans arguments, la logique du « tous-pourris ». Tous-pourris, très probablement pas. Mais il y aujourd’hui un système en place extraordinairement tolérant à l’égard tant de l’incompétence que de la corruption. Ce système s’appuie sur une (fausse) alternance entre le PS et l’UMP qui ont progressivement entièrement verrouillé et confisqué l’accès à la chose publique pour en faire leur chose privée, un système clientéliste que ne fait que confirmer la pathétique lettre de Mme Lagarde à son suzerain. Une tyrannie oligarchique qui ne dit pas son nom. Ne nous y trompons cependant pas : le FN ne rêve que de remplacer cette tyrannie par une tyrannie pire encore[iv]. En pratique, il est l’idiot utile des deux autres qui leur permet d’appeler au vote « utile » en prétendant être le seul recours à l’extrême-droite, ce Front républicain bidon car le PS et l’UMP ne sont plus républicains depuis belle lurette. Le parti de Jaurès et Blum est devenu celui de Cahuzac et DSK. Celui de de Gaulle est devenu le parti des Guéant, Tapie (celui-ci, tel le Kouchner moyen, sautant allégrement d’un parti à l’autre), Sarkozy et autres avocats affairistes à la sauce Copé. Les partis de l’argent et des petites combines.

Ce qu’on trouve aujourd’hui au sommet de l’Etat comme des collectivités territoriales, c’est, au milieu de quelques éléments que tout le monde regarde avec des yeux ronds parce qu’ils défendent encore l’intérêt général, une joyeuse ambiance de Cour qui n’a rien à envier à celle du Versailles de la grande époque, avec ses réseaux d’affidés, ses querelles de clans, son copinage de loges, de clubs ou de partis, ses complexes de Peter démultipliés, ses prébendes et ses petits plaçous. La médiocrité humaine au sommet d’un Etat transformé en organe de prédation au profit d’une clique. La féodalité ressuscitée. 1789 à refaire.

[i] Sur le sujet, lire James K. Galbraith, L’Etat prédateur.

[ii] L’ancienne première dame ne s’est d’ailleurs pas contentée d’un coup d’essai. Elle a faire refinancer sa maison de disque en difficulté (« Naïve », la bien nommée …) par la Caisse des Dépôts et Consignations, obtenu une émission quotidienne pour son fils sur France Culture et le financement du film de son amie Karine Syla par France Télévision. Tout en sachant, de plus, que tout son entourage a pu faire un intense lobbying pour mettre fin aux velléités de quelques députés UMP qui voulait remettre en cause, les impertinents, les exorbitants privilèges fiscaux accordés aux propriétaires d’œuvres d’art. Cf. Les Champions de l’oligarchie.

[iii] Dans le même temps, Christophe Lambert, également salarié de la holding de M. Besson, s’est vu augmenté de 24% et bénéficie d’un logement de fonction au loyer évalué à 120 000€ par an.

[iv] Quant à l’UDI, il suffit de lire ici.

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Wikicrate 07/07/2013 00:53

Pour nous attaquer aux problèmes que nous constatons mais il est encore plus important de nous attaquer la "cause des causes" (Hippocrate - médecin) : celle qui est commune à toutes les injustices que vous dénoncez.
Il s'agit de l'impuissance des peuples à contrôler ce que font leurs gouvernements,
et donc c'est un problème de démocratie.
C'est LE problème de LA démocratie.

« Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. » (Discours du 7 septembre 1789, intitulé précisémment : « Dire de l'abbé Sieyes, sur la question du veto royal : à la séance du 7 septembre 1789 » cf. pages 15, 19...)

C'est sur cette citation trop peu célèbre que se sont appuyées depuis deux cent ans les républiques françaises au service des marchands et riches bourgeois qui ont mené leur révolution et dans laquelle le tiers état n'a qu'été instrumentalisé.
Signez la pétition pour la mise en place d'une vraie démocratie basée sur le tirage au sort :
https://secure.avaaz.org/fr/petition/Une_Assemblee_Constituante_tiree_au_sort/edit#login

L'oeil de Brutus 07/07/2013 17:53

La démocratie participative intégrale est beau rêve, une grande utopie, mais reste, justement, complètement utopique. Toutes ses tentatives à grande échelle ont échoué très rapidement, y compris à Athènes ou pourtant le principe du tirage au sort n'était que très partiel.
Ce qu'il faut empêcher c'est qu'une petite caste s'accapare la représentation. Concrètement cela signifie qu'il faut lutter contre la professionnalisation de la politique en interdisant, strictement, le cumul des mandats et l'exercice de plus de deux mandats consécutif. On pourrait également imaginer que le Conseil économique et social, complètement moribond, soit remplacé par une assemblée entièrement tirée au sort formant une troisième chambre avec un rôle consultatif mais permettant d'offrir une réelle tribune à des citoyens "lambda".