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L'Oeil de Brutus

DE LA TYRANNIE BANCAIRE : POURQUOI LES TRADERS SONT SI BIEN PAYES

21 Juillet 2013 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

DE LA TYRANNIE BANCAIRE : POURQUOI LES TRADERS SONT SI BIEN PAYES

DE LA TYRANNIE BANCAIRE : POURQUOI LES TRADERS SONT SI BIEN PAYES

Tout simplement parce qu’ils ne le sont pas …

Du moins pas comme vous.

Explications : lorsqu’une entreprise non-bancaire paye ses employés, elle réalise un virement de son compte bancaire vers ses employés. Si son compte n’est pas approvisionné (cas des entreprises en faillite), le virement n’a pas lieu et les employés ne sont pas payés.

Or, pour une banque, ce n’est absolument pas le cas. Car la banque n’a pas besoin d’avoir un compte approvisionné : elle a la possibilité de réaliser de la création monétaire ex nihilo. Alain Grandjean[i] et Jean-Marie Gelain[ii] relèvent ainsi que, en pratique, les banques financent toutes leurs charges par de la création monétaire ! Les banquiers vous répondront qu’ils ne peuvent indéfiniment faire de la création monétaire puisqu’ils sont soumis aux dispositifs de régulation du Comité de Bâle 3. Un comité essentiellement composé de …. banquiers et qui, fort logiquement, abouti à des régulations en carton-pâte[iii].

Les banques peuvent donc bien verser des sommes pharamineuses à leurs « meilleurs » employés puisque de toute façon il leur suffit de faire marcher leur propre planche à billets. Cela induit une extraordinaire distorsion de concurrence sur le marché du travail : tout étudiant un tant soit peu brillant et quelque peu attiré par l’épaisseur du portefeuille trouvera de fait sa vocation en réalisant des études de finance. C’est d’ailleurs ainsi que l’a pu voir, ces dernières années, les meilleures écoles d’ingénieur françaises ouvrir des filières d’ … ingénierie financière.

Cette distorsion de concurrence ne se limite pas, bien sûr, au marché du travail. Par exemple, lorsqu’une banque veut acquérir une participation, ou carrément prendre le contrôle, d’une entreprise non financière, il lui suffit également de faire tourner sa planche à billet. Et si une autre entreprise, ne disposant pas de licence bancaire, veut s’y opposer, elle se trouvera forcément dans une situation très largement désavantageuse car elle devra soit faire appel à sa propre trésorerie, soit faire appel à un crédit payant !

Dans les faits, donc, laisser l’initiative de la création monétaire aux banques, c’est laisser celle-ci exercer une tyrannie complète sur toute l’économie réelle et, in fine, sur toute la vie sociale. Si du plus profond de l’histoire des hommes, les souverains (que ce soit le monarque ou le peuple) se sont toujours attaché à faire, jalousement, de la création monétaire un pouvoir régalien, ce n’est pas pour rien !

Le système actuel de notre monnaie confère la quasi intégralité de ce pouvoir aux banques et les laissent donc installer une tyrannie de fait. Et le plus ironique de la chose, c’est que dès lors qu’il s’agit de service public ou d’importations de bananes, la Commission européenne voit rouge au moindre petit soupçon de distorsion de concurrence, et peu importe si cette distorsion est au bénéfice du bien commun des citoyens (un dogme est un dogme !). Mais quand il s’agit des banques, là un silence d’or (et bien d’or) et une douce torpeur s’installent.

[i] Alain Grandjean, Transférer le bénéfice de la création monétaire à la puissance publique¸ Les économistes atterrés, mars 2012.

[ii] Jean-Marie Gelain, La comptabilité bancaire, La Revue banque, 1992.

[iii] Lire Jézabel Couppey-Soubeyran, Les avancées de la supervision : un bilan en demi-teinte, Les économistes atterrés, mars 2012. (et encore ce document est relativement complaisant avec le monde de la finance).

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credit en ligne 13/07/2014 23:38

c'est le système, c'est comme ça

gw 22/07/2013 08:22

Ou, mais la banque qui crée la monnaie marque également cette somme à son passif, ce qui implique qu'elle doit être remboursée...

L'oeil de Brutus 22/07/2013 18:01

Pas exactement : elle doit emprunter la même somme à la banque centrale en y plaçant en contrepartie les quotas de fonds propre exigés. Et ces prêts à la banque centrale peuvent aisément être renouvelés autant que faire ce peut.
en tout état de cause, même en considérant qu'il s'agit d'un crédit contourné, les banques sont tout de même les seules à pouvoir payer leurs employés de cette manière ...