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L'Oeil de Brutus

DE LA NOVLANGUE EN HOLLANDIE, OU L’INCULTURE AU POUVOIR

29 Mai 2013 , Rédigé par L'oeil de Brutus

DE LA NOVLANGUE EN HOLLANDIE, OU L’INCULTURE AU POUVOIR

DE LA NOVLANGUE EN HOLLANDIE, OU L’INCULTURE AU POUVOIR

Grande nouvelle : sur proposition du Front de Gauche, le parlement se prépare à légiférer pour interdire l’usage du mot « race » dans tous les écrits de la République, y compris lorsqu’il s’agit d’affirmer que « la République ne reconnaît pas de race ». C’est donc que tout doit aller pour le mieux dans notre beau pays.

Dans l’hyperinflation législative que nous connaissons – bien tristement – depuis maintenant des années, ce projet de loi pourrait finalement passer pour anecdotique. Mais il n’en est rien et il ne faut pas s’y tromper. Il révèle deux éléments marquants : l’idéologie et la bêtise.

L’idéologie, tout d’abord, car ce faisant la majorité présidentielle croit pouvoir modifier le réel en changeant les mots, comme si en rayant du vocabulaire de la République le mot « race » on allait faire disparaître le racisme (tout en sachant que race et racisme ne sont pas exactement la même chose …) ! Mais alors tant qu’on y est, bannissons aussi des textes de la République les mots inégalités, sexisme, intégrisme, terrorisme, chômage, précarité, etc. Exigeons également que l’Académie française suive le mouvement pour qu’il en soit de même dans notre dictionnaire. Et au final, il ne nous restera plus qu’à interdire le mot « mort » pour nous retrouver dans un monde parfait, aseptisé et enfin débarrasser de toutes notions négatives (ou définies comme tel) comme l’a si bien décrit Aldous Huxley dans Le meilleur des mondes.

Cela vous fait sourire ? Vous ne devriez pas. Car en Hollandie, nous n’en sommes pas au premier coup d’essai. François Hollande a déjà, à coups de mensonges éhonté de son premier ministre, fait ratifier un traité qui prétendait bannir l’expression « dette publique » alors qu’un simple bon sens économique et un peu de jugeote suffisait à arriver à la conclusion que les objectifs du dit traité étaient inatteignables. Et les faits l’on vite démontrer : la France n’a pas tenu ses objectifs pour 2013, elle ne les tiendra pas pour 2014 et très probablement pas pour la suite non plus. Que la signature de François Hollande n’est guère plus de valeur que fiente de mouette sur plage de Normandie en plein hiver ne m’émeut guère. Ce qui est beaucoup plus révoltant, c’est qu’il s’agit là de la signature de la France[i]. Dans un registre différent, on pourra également identifier la loi sur le « mariage pour tous » comme une volonté établie de redéfinir le mot « famille ». Il suffit également de lire à peu près n’importe quel discours de l’un des idéologues au pouvoir pour retrouver trace de cette novlangue en cours d’établissement arbitraire. A titre d’exemple, après le pathétique « socialisme de l’offre » hollandesque, Pierre Moscovici s’enflammait-il récemment pour l’ « autorégulation exigeante », concept creux, vide de sens et même antinomique par nature[ii].

Et c’est là la marque même de toute idéologie : complètement découplée du réel, elle croit que le narratif à valeur performative. Qu’il suffit de changer les mots pour modifier le réel. Que l’invocation de la baisse du chômage et du retour de la croissance suffira à provoquer leur arrivée. On est là dans une posture religieuse qui va même au-delà de toute mystique. Les grands prêtres du désordre libéral-libertaire en sont réduits au même stade qu’Adolf Hitler manœuvrant des divisions fantômes sur des cartes. Et la paranoïa stalinienne ne devrait pas tarder à suivre, si elle n’est pas déjà là. Comme le souligne si bien le blog Frapper monnaie, les idéologies s’appuient toujours sur un substrat de religion séculaire.

Et pour se faire, elles ont besoin de créer leur propre langue, leur novlangue. Car le projet des idéologues au pouvoir ne s’arrête pas à la suppression ou la redéfinition de quelques termes linguistiques. Il est un projet complet de destruction de la langue comme l’atteste également la loi Fioraso sur la généralisation de l’emploi de l’anglais dans nos universités. Que n’est-il révélateur que de voir un ministre de l’enseignement supérieur affirmer que le Français ne permet que « de se retrouver à cinq autour d’une table pour parler de Proust »[iii], de la même manière d’ailleurs qu’un ancien président de la République, Nicolas Sarkozy pour ne pas le citer, se montrait complètement imperméable à l’art littéraire et aux subtilités de la langue – entre autres multiples qualités - que l’on retrouve dans des œuvres telles que La Princesse de Clèves. Aux orties donc, cette vieille langue arriérée et conservatrice qu’est le Français et vive le Globish imposé à tous ! On est ici dans la droite lignée de la pensée de Roland Barthes, probablement l’un des grands gourous de nos idéologues, qui n’hésitait pas à affirmer que « La langue (…) est tout simplement fasciste, car le fascisme (…) c’est obliger à dire »[iv]. Au nom de la liberté, les libéraux-libertaires prétendent détruire toute forme de contrainte sociale. La langue n’en est qu’une d’entre elles. Au nom de la lutte antifasciste, on va donc imposer un fascisme bien pire encore : celui de la destruction généralisée de toute forme de liant collectif, à commencer par le premier d’entre eux : la langue.

Deuxième élément : la bêtise. Tout ce schéma ainsi décrit n’a rien de nouveau. On en retrouve des traces dans le nazisme comme dans le communisme[v]. Mais surtout, ce processus a été brillamment décrit dans l’un des plus grands chefs d’œuvres de la littérature contemporaine : 1984 de Georges Orwell. Lisez (ou relisez) 1984, lisez les passages relatifs à la novlangue et vous verrez comment ils s’appliquent parfaitement aux politiques aujourd’hui conduites. « Nous allons vous presser jusqu’à ce que vous soyez vide puis nous vous emplirons de nous-mêmes » disait Orwell. C’est exactement le programme de l’idéologie au pouvoir. Et dans leur aveuglement idéologique, les François Hollande, Taubira, Moscovici, Fioraso et consorts ne semblent pas se rendre compte que leurs abominations ont déjà été écrites. Ces apôtres de l’inculture et de l’ignorance n’ont donc probablement jamais ouvert Orwell. Et ils doivent croire qu’il en est de même pour chacun d’entre nous.

Même dans les plus hautes sphères du pouvoir, le réel finit toujours par reprendre ses droits. Et il n’est pas tendre avec les idéologies totalitaires qui l’ont méprisé et cru pouvoir le remodeler à leur guise. Viendra alors, fort heureusement, un jour où nous aurons honte de ce passage sombre et pathétique de notre histoire. Il nous viendra sans doute à l’idée d’effacer « François Hollande » de notre mémoire collective. Mais il sera trop tard : il sera déjà soigneusement rangé sur les étagères de l’Histoire, rayons idéologies totalitaires et médiocrité.

[i] Les caciques de l’opposition dite de droite (mais la politique suivie par M. Hollande étant dans la complète lignée de son prédécesseur, il commencer à devenir bien difficile de situer la gauche et la droite) peuvent toujours hurler au scandale de la France discréditée, ils oublient bien vite que ce sont eux qui avaient négocié le fameux TSCG et que, s’ils s’étaient maintenus au pouvoir, ils se seraient retrouvés dans la même possibilité d’honorer leur signature.

[ii] Cf. Anne Rosencher, Autorégulation du foutage de gueule, Marianne, 24/05/2013.

[iii] Lire Serge Halimi, Contre la langue unique, Le Monde diplomatique, juin 2013.

[iv] Roland Barthes, leçon inaugural au Collège de France, cité par Dany-Robert Dufour, Le Divin marché, Denoël 2007, page 214.

[v] Sur le sujet, lire Dany-Robert Dufour, Le Divin marché, Denoël 2007, page 214.

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amazon.com 22/10/2014 08:35

Il suffit également de lire à peu près n’importe quel discours de l’un des idéologues au pouvoir pour retrouver trace de cette novlangue en cours d’établissement arbitraire. A titre d’exemple, après le pathétique « socialisme de l’offre » hollandesque, Pierre Moscovici s’enflammait-il récemment pour l’

http://poweredwebdev.com/ 05/09/2014 13:14

It is literally disappointing that the term race still creates issues in various countries. In Hollandie the term “race” itself is not been legally established. I was shocked to read about the consequences it caused in many of the European countries.

Clara 30/05/2013 19:21

Et il est dommage que vous preniez ce très mauvais exemple pour écrire sur la novlangue des défenseurs du système qui est un vrai sujet!

L'oeil de Brutus 30/05/2013 22:23

La question n'est nullement de savoir si les races existent ou pas. La question est qu'on ne fait pas disparaître un problème (le racisme) en faisant disparaître un mot (race).
en outre, le mot race porte en lui-même deux significations différentes :
- la race telle que la définissaient les nazis, et de manière générale tous les raciste, qui consiste à classifier les êtres humains selon des caractéristiques biologiques plus ou moins subjectives. Cette définition de la race n'a évidemment aucun fondement scientifique.
- la race, dans son sens premier, n'est que le rassemblement des ascendants et descendants d'une famille. Dans son sens le plus extensif, cette définition de la race ne reconnaît donc qu'une seule race humaine.
en conséquence, lorsque la République affirme qu'elle ne reconnaît aucun race :
1/ Bien évidemment, elle affirme son intolérance à l'égard du racisme.
2/ Et surtout, qu'elle ne fait aucune différence entre ses citoyens selon leurs origines familiales, et ce quel que soit l'extension que l'on donne à la famille (cela a du particulièrement du sens vis à vis de l'Ancien Régime, et donc de la noblesse).
A partir de là que veut alors dire la suppression du mot "race" ? Que la République tolère le racisme ? Qu'elle admet les différences entre les citoyens selon les origines familiales ?
Bref, cette loi est un non-sens qui ne peut être que le fruit d'une idéologie bornée.
Je rajoute d'ailleurs qu'elle ne pourra que manquer son objectif : il restera toujours un texte contenant le mot race, celui qui en interdit l'usage dans tous les autres. Et ce type de paradoxe ne se retrouve que dans les idéologies à tendances totalitaires, car elles refusent obstinément le réel tel qu'il est.

Clara 30/05/2013 19:19

Les "races" n'existent pas! Avant les politiques, ce sont les scientifiques et généticiens qui le disent! Mais en d'autres temps, l'obscurantisme a mené Copernic tout droit au bûcher parce qu'il affirmait que la terre n'était pas le centre de l'Univers... Vous pouvez donc continuer à écrire que des "races" existent si cela vous sied de passer pour un passéiste et un obscurantiste! On vous aura prévenu! Quant à la bêtise, prenez garde qu'elle ne soit de votre côté!