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L'Oeil de Brutus

LES SONDAGES, UN DANGER POUR LA DEMOCRATIE (MANUEL ANTI-SONDAGES)

8 Novembre 2012 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Lectures

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 MANUEL ANTI-SONDAGES, la démocratie n’est pas à vendre !

Alain Garrigou et Richard Brousse

La ville brûle, 2011.

 

Cet article reprend mes notes de lectures de cet ouvrage. Il ne dispense en rien de s'y plonger !

 

 

 

Tout le monde n’est pas « à égalité » devant les sondages : un sondage coûte cher, il faut donc se le payer et en plus, si besoin, avoir les moyens (les relais médiatiques) d’en faire la publicité du résultat (page 24)[i]. Ce phénomène s’accroit encore lorsque l’argent public est mis à disposition d’élus plus préoccupés par leur image que par leurs devoirs vis-à-vis de l’intérêt général. Un rapport de la Cour de la Comptes du 22 mai 2010 relève ainsi que le Service d’information gouvernemental (le SIG) est bien plus utilisé pour faire savoir au gouvernement l’état (supposé …) de l’opinion des Français que pour faire connaître son action auprès d’eux. Même si le scandale de l’ « opiniongate »[ii] a fortement réduit les délires de l’Elysée sous le mandat de Nicolas Sarkozy, le SIG n’a pas non plus l’exclusivité des dépenses de communication de l’exécutif national : la société de communication et marketing AEGIS a ainsi reçu une commande de 120 millions d’euros pour 2011 et 2012. Son actionnaire principal : Vincent Bolloré (un proche de Nicolas Sarkozy …) (page 28). Finalement, par construction, les sondages amènent à répondre à des questions que se posent la classe politique, mais pas les électeurs : entre 1998 et 2007, il n’y a ainsi eu qu’un seul sondage concernant les SDF alors que sur la seule année 2006 il y en a eu plus de quarante sur les primaires socialistes (page 43)[iii].

 

A part quelques rares grandes plumes, il n’était auparavant pas évident pour un journaliste de contester ouvertement un élu, qui lui bénéficiait de la légitimité démocratique. Les sondages ont opéré un transfert manifeste de pouvoir des politiques, démocratiquement élus, vers les médias et les sondeurs qui, grâce à un sondage quasi instantané, peuvent se targuer de représenter « l’opinion » bien mieux qu’un vote réalisé quelques mois ou quelques années auparavant (page 33). La montée de l’abstention grandit d’ailleurs encore ce phénomène (page 125). En 1972, l’ancien ministre gaulliste Maurice Druon avait d’ailleurs déjà sévèrement alerté la classe politique sur les risques de perte de légitimité liée aux sondages (page 88). Et même lorsqu’il n’y a pas de sondages, ils continuent à s’approprier ce pouvoir : lors de l’affaire DSK-Sofitel, on a ainsi pu voir sur les plateaux de télévision, les sondeurs donner leur perception sur la réaction de « l’opinion » à cette affaire ; ils auraient pourtant dû être bien en peine de le faire puisque les sondages sur les affaires de justice sont interdits (page 55).

Pour remédier au déficit démocratique des sondages, les législateurs ont voulu créer une Commission des sondages par la loi du 29 juillet 1977. Mais cette commission s’est avérée être une coquille vide ne disposant absolument pas des moyens pour contrôler tous les sondages à caractère politique (sans parler de moyens de coercition) (page 35). En 2011, le Sénat a voulu mettre en place un cadre législatif plus contraignant pour les sondages mais, sous la férule de l’Elysée, l’UMP s’est montré complètement perméable au lobbying de la profession et a sabordé le projet (page 134).

 

Les sondeurs ont finalement fait leur la formule de Thomas (sociologue américain du début du XXe siècle) : « Si les humains définissent des situations comme réelles, elles sont réelles dans leur conséquence » (page 90). En matraquant les citoyens à coups de chiffres (plus ou moins fantaisistes), ils en finissent par modifier leur perception de la réalité, et de là leurs votes effectifs et donc en conséquence la réalité elle-même. L’éclosion de Ségolène Royal en est une excellente illustration. Fin 2005, elle est encore relativement méconnue du grand public et bien peu pensent à elle pour représenter le parti socialiste lors des élections  présidentielles qui s’annoncent deux ans plus tard. Mais d’un seul coup, le 2 décembre 2005, un sondage CSA-Marianne (alors qu’elle n’était jamais prise en compte auparavant) la place en mesure de rivaliser avec Nicolas Sarkozy (48% contre 52%). Deux mois plus tard, le 4 février 2006, elle est même placée en tête du second tour (51% contre 49%). Sa campagne des primaires est lancée … (page 95).

De la même manière, les sondages ont un impact majeur sur les « petits » candidats. En effet, ceux-ci se doivent de dépasser les 5% des suffrages pour obtenir le remboursement de leur campagne électorale. Or, celui que les sondages annoncent bien en-dessous de ce seuil aura bien plus d’appréhension à se lancer dans la campagne électorale. C’est donc ainsi que les Verts décidèrent du remplacement de dernière minute d’Alain Lipietz par Noël Mamère, ce  dernier étant plus à même d’atteindre le seuil fatidique (page 96).  Cet exemple reflète également un autre travers des sondages : ils font passer les élections pour des luttes de personnes et relèguent complètement au second rang les programmes et les idées (page 106).


Les autres articles sur cet ouvrage :

Introduction générale

Historique et propos liminaire

Le caractère non scientifique des sondages

Quelques exemples de sondages aberrants          

Quelques points clés à retenir sur les sondages    

 


[i] Les sondages peuvent donc très aisément une arme de domination et de conservation aux mains des deux partis majoritaires.

[ii] Au début du mandat présidentiel de M. Sarkozy, TF1, LCI et Le Figaro ont fait paraître des sondages dont ils se prévalaient comme étant les commanditaires. Il s’est avéré que le commanditaire réel était l’agence de Patrick Buisson (un conseiller du président), Publifact, (page 35) elle-même commanditée par l’Elysée et payée par de l’argent public. Le tout sachant que Publifact faisait appel à l’institut de sondage de Opinionway ce qui permettait de douter de la plus-value apportée par l’agence du conseiller du président (si ce n’est de lui remplir les poches …). Publifact semblait jouer de facto le rôle d’une société écran (page 43). Les contrats auraient également été passé en violation du code des marchés publics.

[iii] Et le phénomène s’est très certainement accru lors des primaires de 2011.

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clovis simard 01/04/2013 13:55


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