Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
L'Oeil de Brutus

LES COMMISSAIRES EUROPEENS A LA CONCURRENCE ET LES CONFLITS D'INTERETS (CIRCUS POLITICUS 10/15)

25 Février 2013 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Lectures

EuropeCIRCUS POLITICUS
Christophe Deloire, Christophe Dubois
Albin Michel 2012.
Cette série d’articles visent à faire paraître les notes de lecture de cet ouvrage. Elle n’en dispense nullement de la lecture !
Sommaire :
10/ Les commissaires européens à la concurrence et les conflits d’intérêts.
14/ De l’usage des sondages dans le monde politique français
          
 
 
  Les commissaires européens à la concurrence et les conflits d’intérêts.
 
Outre qu’on les retrouve tous soit à la Trialatérale, soit au Bilderberg, (soit aux deux), un petit coup d’œil sur les CV de ceux qui se sont succédés au poste de Commissaire européen à la Concurrence vaut le détour (pages 208-212) :
-          Peter Sutherland (1985-89) : cet ancien patron du Gatt puis de l’OMC a aussi dirigé la fédération de banques irlandaises, Ericsson, la British Petroleum (BP) et a été directeur général de Goldman Sachs international.
-          Leon Brittan (1989-92) s’est très bien reconverti puisqu’il est vice-président d’UBS AG et conseiller pour Total.
-          Karel Van Miert (1992-99) participait à une dizaine de conseil d’administration de grandes entreprises européennes[i].
-          Mario Monti (1999-04) : avant de prendre la présidence du Conseil de l’Italie, il a été « Senior advisor » pour  Goldman Sachs.
-          Nellie Kroes (2004-09) est un peu la championne du genre : elle fut administratrice de pas moins de 43 grandes entreprises européennes !  
On remarque évidemment la forte présence de la désormais tristement célèbre banque Goldman Sachs (cf. paragraphe suivant). Mais ce qui est encore plus hallucinant, c’est comment l’on peut encore croire que ces personnages aient pu être en charge de veiller à interdire la mise en place de cartels et d’ententes illicites entre les grandes entreprises sur le sol européen, alors qu’ils les ont si bien servi parfois avant, toujours après, leur mandat à la Commission européenne !
Il faut dire que la Commission à la Concurrence est un investissement rentable ; contrairement à toutes les règles élémentaires d’Etat de droit, elle est à la fois juge et partie des affaires relatives à son domaine et ne rend compte ni au Parlement, ni au Conseil et bien sûr d’absolument rien aux Etats membres (page 277).
 
Mais il n’y a pas que les commissaires à patauger dans le conflit d’intérêt :
-          Le chef d’unité chargé des questions des droits d’auteurs à la Commission n’est autre que l’ancien directeur juridique de l’International Federation of the Phonographic Industry (IFPI), dans laquelle il était responsable du … lobbying (page 315).
-          L’ancien directeur de l’Agence européenne des médicaments, Thomas Lönngren, s’est brillamment reconverti : il est conseiller directeur pour le groupe NDA et directeur non exécutif de la société Chio, deux groupes … pharmaceutiques (page 317).
-          Laura Smillie, une ancien du think tank agroalimentaire Eufic, a été embauchée à … l’Agence européenne de sécurité alimentaire (page 317), alors que la présidente du conseil d’administration de cette même agence, Diana Banati, se reconvertissait auprès de l’International Life Scientific Institute, un institut privé qui regroupe les géants du secteur (Danone, Nestlé, Monsanto, Basf, etc. ) (page 318).
 
Quand on constate ce minestrone de conflits d’intérêts, on peut alors se demander dans quel but la Commission défend becs et ongles la concurrence. Ainsi, lorsqu’elle part en guerre contre les services d’intérêt économique généraux (SIEG) qui est le sigle barbare pour désigner les différentes subventions octroyées à des collectivités et opérateurs de services, par exemple dans le cadre de la protection de l’enfance, de la préservation du patrimoine ou encore de la création d’un foyer pour femmes battues. La position de la Commission sur ces démarches ? Entorse à la concurrence, le marché ferait mieux tout seul s’il était vraiment « libre » (page 381) !
 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article