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L'Oeil de Brutus

LE TOTALITARISME NEOLIBERAL

27 Septembre 2010 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

 

« Un Etat totalitaire vraiment « efficient » serait celui dans lequel le tout-puissant comité exécutif et leur armée de directeurs auraient la haute main sur une population d’esclaves qu’il serait inutile de contraindre, parce qu’ils auraient l’amour de leur servitude. »

                        Aldous Huxley, le meilleur des mondes.

 

1/ Définition et origines du néolibéralisme (1)

Il n’est pas évident de trouver une définition consensuelle du néolibéralisme (2), la plupart des analystes désignés par ce terme refusant de se reconnaître. Revenons donc en aux origines.

Initialement, le néolibéralisme est une doctrine, ou une école de pensée, même si, finalement, elle a bel et bien des visées politiques (3). Il présuppose que la somme des égoïsmes individuels convergent et concourent à la réussite économique globale et, in fine, au bien commun. La réussite de ce système s’appuie donc sur la plus parfaite possible liberté des marchés économiques.

Les premiers travaux sur le sujet ont été réalisés à la fin de la première moitié du 20e siècle par ce qui a été baptisé « Ecole de Vienne », menée, entre autres, par Frederich Hayek, puis repris par l’ « Ecole de Chicago » de Milton Friedman. Il ne s’agit pas ici de disserter sur le bien fondé de ces théories, mais plutôt de démontrer comment elles sont incompatibles avec tout système démocratique et font émerger une nouvelle forme de totalitarisme.

  Les néolibéraux ont repris à leur main les travaux des premiers libéraux. A commencer bien évidemment par ceux d’Adam Smith. Il avait le premier voulu démontrer que la recherche du succès individuel (que ce soit pour une personne physique ou morale) s’ordonnait naturellement (par le biais de la « main invisible », qu’Hayek rebaptisera « ordre spontané ») en succès collectif. Les interventions extérieures, tout particulièrement celles de l’Etat, ne peuvent donc, dans cette théorie, qu’ajouter de l’entropie à un système qui s’ordonne naturellement. A noter, cependant, que les néolibéraux omettent bien de préciser qu’Adam Smith insistait sur l’importance de l’éducation des masses, confrontées à des travaux abrutissant, mais aussi, et surtout, sur le rôle de l’Etat dans les investissements à long terme (nécessitant parfois plusieurs générations), forcément peu rentables pour les acteurs économiques, recherchant des retours sur investissements rapides.

 

2/ Contradictions internes

Au-delà des travestissements de la pensée originelle d’Adam Smith, le néolibéralisme souffre d’irrésolubles contradictions internes. Dès les années 70, John Kenneth Galbraith (4) démontrait déjà les tendances oligopolistiques, voire monopolistiques, d’un marché absolument libre. La logique en est fort simple : l’objectif d’une entreprise est de générer du profit. Pour cela, elle doit se montrer plus performante que la concurrence pour s’accaparer le profit qu’elle génère. Cette concurrence moins rentable tend donc forcément à disparaître : privée de profit, nul ne voudra y investir et, dans la loi de la jungle du secteur concurrentiel, les plus faibles viendront à disparaître pendant que les plus forts grossiront de plus en plus jusqu’à ne plus se retrouver que quelque unes en situation d’oligopole. Les exemples sont multiples : Microsoft et Apple, la téléphonie portable ou les fournisseurs d’accès internet en France, les grandes entreprises pétrolières qui, à une douzaine, se partagent 90% du marché de la planète …  etc. Et c’est là qu’intervient la contradiction : en situation d’oligopole, les quelques grandes entreprises arrivent, plus ou moins tacitement, à s’entendre pour fixer les bruits. La concurrence n’existe plus et en conséquence … le marché n’est plus libre ! En conséquence, paradoxalement, pour que le marché reste libre il doit être régulé ! (5)

Autre exemple patent : les salaires. Les néolibéraux refusent toute intervention autre que la loi de l’offre et la demande pour fixer le niveau des salaires des employés. Admettons. Mais dans ce cas, appliquons également ce principe aux salaires des hauts dirigeants d’entreprise. Or, les pays émergents (en particulier l’Inde) forment aujourd’hui une pléiade de financiers, économistes, scientifiques de très haut niveau. La grande majorité d’entre eux accepteraient des revenus relativement modestes pour diriger n’importe quelle grande multinationale. Et surtout, ils ont très certainement le niveau de compétence pour le faire. Prenons donc au mot les grands dirigeants d’entreprise qui réclament à cors et à cris la libéralisation totale des marchés. Mais qu’ils commencent par nous montrer l’exemple en acceptant le transfert de leurs postes vers les pays émergents comme ils acceptent allégrement toutes les autres délocalisations !

  

3/ L’incompatibilité néolibéralisme et démocratie.

Ce sont ces contradictions qui mènent le néolibéralisme à son essence anti-démocratique comme l’a démontré Naomi Klein (6). Imaginons en effet, comme le suppose la théorie néolibérale que l’Homme est égoïste et raisonne ses actes uniquement par rapport à son intérêt personnel. Dans une démocratie, les couches sociales les moins aisées voteront donc logiquement pour le parti ou le candidat qui lui octroiera le plus d’aides, en conséquence certainement pas les libéraux. Or, dans à peu près toutes les sociétés, les classes les moins favorisées, ou tout du moins ceux qui se ressentent comme tel, représentent la majorité de la population. Si l’Homme est égoïste, ou s’il s’agit de le rendre égoïste, il ne pourra jamais porter au pouvoir un parti ou un candidat néolibéral. Friedrich Hayek, le premier messie du néolibéralisme l’admettait déjà : « Parfois il est nécessaire pour un pays d’avoir, pour un temps, une forme ou une autre de pouvoir dictatorial […] Personnellement je préfère un dictateur libéral plutôt qu’un gouvernement démocratique manquant de libéralisme » (7).

Le pouvoir néolibéral est donc totalement incompatible avec une réelle démocratie. Mais alors comment régner ? La tâche est simple : vider le politique de tout substrat de pouvoir. « Tout ce que font les gouvernements se divise en deux catégories : des tâches que nous pouvons dès aujourd’hui leur enlever, et des tâches que nous espérons leur enlever demain. (8) » Les idéologues néolibéraux n’hésitent ainsi pas à exiger le transfert de pouvoirs normalement dévolus à la représentation souveraine de la Nation à des « experts indépendants » dépourvus de toute légitimité. L’indépendance de la Banque centrale européenne est un cas d’école (9). Mais ils ne s’arrêtent pas : d’aucun n’hésite pas à proposer de confier la gestion même du budget de l’Etat à des instances dépourvues de toute légitimité démocratique (10).

A ce rythme, de la démocratie il ne reste plus qu’un voile pudique se parant du drap de la vertu pour masquer aux peuples naïfs que leur représentation « souveraine » n’est plus qu’un leurre. Il suffit de lire l’actualité de ces trois dernières années pour constater comment le politique s’est mis à la botte du marché ou encore prendre connaissance du manifeste contre le pouvoir de la finance de l’association française d’économie politique (11).

 

4/ Le totalitarisme selon Claude Polin

La perversion intrinsèque du néolibéralisme ne s’arrête toutefois pas là. Après tout, des pouvoirs dictatoriaux ne sont pas nécessairement totalitaires. La définition du totalitarisme est, elle-aussi, difficile à cerner (12). Reprenons le plus simplement les six caractéristiques définies par Claude Polin (13) :

  1. une idéologie imposée à tous ;
  2. un parti unique contrôlant l'appareil d'État ;
  3. un appareil policier recourant à la terreur ;
  4. une direction centrale de l'économie ;
  5. un monopole des moyens de communication de masse. »

A première vue, le néolibéralisme semble bien loin de tout cela. Et pourtant, reprenons les un par un.

1/ Une idéologie imposée à tous. Aujourd’hui, hormis quelques marginaux d’extrême-gauche qui rêvent encore d’un « Grand soir » communiste, tout l’échiquier politique s’est rallié à l’économie de marché. Mais il ne s’est pas arrêté là : n’oublions pas que les premières grandes mesures de régulation de la finance ont été prises en France par le gouvernement Fabius (1984-86)  (14) ! Et depuis le début de cette révolution néolibérale, la gauche française entretient par ailleurs d’excellent relations avec l’affairisme (15). Ainsi, du PS au FN, tous les partis qui ont voix dans l’opinion prônent le libéralisme (16). Quel choix est-il réellement laissé à l’électeur ? Le néolibéralisme ou une espèce de trostko-marxisme préhistorique incapable de se rénover ? Plus simplement, combien de fois avez-vous entendu un homme politique ou un ami dans une conversation de tous les jours : « De toute façon le marxisme a fait la preuve de son échec, nous n’avons d’autres choix que le modèle capitaliste ». L’alternative à une dictature du prolétariat médiocratique et avilissante ne serait donc que le néolibéralisme : une idéologie imposée à tous.

2/ Un parti unique contrôlant l’appareil d’Etat. La grande force du néolibéralisme est qu’il n’a pas de visage : pas besoin de Staline ou d’Hitler en bon petit père ou en guide de son idéologie. Nul nécessaire non plus d’un parti. Le sacro-saint marché remplit tous leurs offices. A la fois visage et parti unique, il s’incruste dans tous les rouages de l’Etat. Les objectifs personnalisés et les politiques du chiffres sont de parfaites applications de la doctrine néolibérale : l’Homme égoïste n’agissant que dans son propre intérêt, il est impératif de lui donner un motif personnel à faire son travail. Et pourtant ce concept même est totale contradiction avec la notion même du fonctionnariat : le fonctionnaire est au service de l’Etat, donc du bien commun. Et l’on sans doute oublier, surtout quand pendant des décennies on a considéré la fonction publique comme un repère tranquille et routinier dans lequel l’emploi est garanti à vie, mais le service de l’Etat – donc de la Nation et de son peuple – doit, ou devrait, être une vocation. Comment alors demander à ce serviteur de ne raisonner que pour son propre intérêt ? Du gardien de la paix au ministre, en passant par l’enseignant ou le militaire, la culture unique du marché s’insère pourtant insidieusement dans l’ensemble du fonctionnement de l’Etat (17).

3/ Un appareil policier recourant à la terreur. Ce troisième point est évidemment davantage sujet à caution. Il convient toutefois de s’interroger sur les politiques sécuritaires mises en place par les gouvernements les plus proches des milieux néolibéraux. Que l’on songe, par exemple, au Patriot Act mise en place par l’administration Bush aux Etats-Unis, violente négation des droits fondamentaux du citoyen dans une démocratie et porte ouverte à toutes les mesures policières extrêmes, sur simple suspicion de terrorisme. Les aléas actuels du pouvoir en France laissent tout aussi songeur : où s’arrêtera un pouvoir qui utilise les services de renseignements de l’Etat pour des fins personnelles (18) ou traquer les sources des journalistes (19), où encore pour assumer avec une audace sans pareil que sa famille se place au-dessus des lois (20) ? Que dire, de plus, des méthodes managériales qui s’imposent ? (21).

4/ Une direction centrale de l'économie. Ce point n’a évidemment que peu en commun avec la planification à la soviétique. Il n’empêche que dans le modèle néolibéral, l’économie n’est dirigée et centralisée que par un seul acteur : le marché ou la loi de l’offre et de la demande. Le communisme soviétique se caractérisait par une planification économique poussée à l’extrême. Le néolibéralisme a choisi l’extrême opposé : l’anti-planification à outrance. Mais, comme souvent, les extrêmes se rejoignent. In fine, l’économie n’est dirigée qu’autour d’un unique point central : le plan pour l’un, le marché pour l’autre.

5/ Un monopole des moyens de communication de masse. La quasi-totalité des grands médias sont passé sous le format de l’entreprise actionnarial et donc sous la coupe de leurs actionnaires majoritaires. On constate évidemment des mouvements de résistance (Le Monde, Marianne pour ne citer qu’eux). Mais, peu à peu, les grands groupes, aux mains de milliardaires bien convertis aux thèses libérales, s’imposent. Internet demeure encore un réel espace de liberté d’expression. Cependant, sa structure même fait qu’il est difficile de s’y faire entendre. Et … le réseau lui-même est aux mains des multinationales, que cela soit pour les fournisseurs d’accès ou les moteurs de recherches. Ouvrez les pages d’accès Yahoo ou Google et voyez comment l’on nous assomme et nous abrutit à coups d’actualités « people » ou insignifiantes et cherchez la place que peuvent occuper les contestataires à la pensée dominante néolibérale. Il faut l’admettre : internet n’est un vecteur éducatif que … pour ceux qui sont déjà éduqués ! (22) Finalement, entre un journal de Jean-Pierre Pernod centré sur la fête de la choucroute dans un sympathique village de province et un page Yahoo titrant sur les déboires conjugaux d’un footballeur ou le dernier buzz de la maison des secrets, où est le véritable accès à une communication de masse de qualité ? Les contestataires à l’ordre néolibéral ont finalement très peu audience dans les médias grand public. A tel point, que l’on finit par croire que tous les économistes sont soit libéraux soit néolibéraux … ce qui n’est absolument pas le cas (11).

 

5/ Le totalitarisme selon Claude Lefort

Vous pourrez trouver l’argumentaire précédent, autour de ces six points, quelque peu alambiqué.

Aussi peut-on également reprendre les divers travaux du philosophe Claude Lefort (23) qui, de manière synthétique, définit le totalitarisme autour de deux axes :

-          Dans les systèmes totalitaires, la séparation entre l’Etat et la société disparaît.

-          L’ensemble de la société est vue selon le principe de ce que Lefort appelle « l’affirmation de la totalité ».

Et c’est effectivement, là aussi ce que l’on constate : tout est vu selon l’unique prisme de la liberté absolue dans l’égoïsme individuel de « l’homo economicus ».  Comme le relève Sylvain Derèse (24), le néolibéralisme s’élève sur le principe de la négation de la collectivité, qui devient ainsi l’affirmation de sa totalité : une simple somme d’individus. Dans le système néolibéral, l’Etat ne se démarque plus de la société en tant que garant de son unité et fédérateur de son organisation  supra-sociale (par supra-sociale, je n’entends pas que l’Etat se place au-dessus de la société mais qu’il prend à sa charge ce que les rapports sociaux ne parviennent pas à régler de part eux-mêmes). Le néolibéralisme, dans sa phase initiale (sa phase ultime étant la disparition de l’Etat), mue l’Etat en un simple prestataire de services, comme la sécurité ou la justice, indispensables à « l’a-collectivité » individualisée à l’extrême. Dans la phase suivante, ces prestations de service se bornent à des passations de marchés externalisés, y-compris pour les « services » considérés comme les plus régaliens (voir l’explosion du marché de la sécurité et du gardiennage privé en France ou encore les juteux marchés des sociétés militaires privées – SMP – de part le monde). Et dans sa prestation de service, l’Etat y est soumis aux même règles que dans la logique de l’entreprise privée : rentabilité, politique du chiffre, indicateurs, « pilotage de la ressource », management matriciel atomisé … etc. Dans le communisme soviétique, l’Etat – et le Parti, ce qui revient au même – « mangeait » la société. Dans le néolibéralisme moderne, la société – l’entreprise privée, ce qui ici revient au même – « mange » l’Etat.

Outre sa définition même, le néolibéralisme ne se contente pas d’être une utopie. Après tout, il n’est pas forcément malsain de courir après un rêve inaccessible s’il l’on demeure rationnel en admettant qu’il ne reste qu’un rêve permettant de se fixer un horizon vers lequel avancer, tout en sachant qu’on ne l’atteindra jamais. Le néolibéralisme se montre bien plus pernicieux : il ne nous fixe pas l’objectif d’une société juste et idéale mais prend le chemin inverse. Une espèce d’approche « par le bas » (ou « bottom-up » comme aiment à le dire les anglo-saxons). Le néolibéralisme s’appuie sur nos petites faiblesses, nos lâches renoncements (25), notre attachement à notre petit confort matérialiste pour exciter nos égoïsmes individualistes et en faire une religion, sinon un dogme.

 

6/ Dogmatisme 

 «  Le capitalisme prôné par l’école de Chicago a effectivement un point commun avec d’autres idéologies dangereuses : la recherche d’une pureté inaccessible, d’une table rase à partir de laquelle bâtir une société modèle entièrement revue et corrigée. » (26)

C’est effectivement dans son dogmatisme que le néolibéralisme trouve les fondements même de ses tendances totalitaires. Et ce dogmatisme ne craint pas de virer à l’irrationnel confiant au mysticisme (27).

En résumant l’Homme à son égoïsme et ses rapports sociaux à la liberté absolue du marché, il pointe ses objectifs sur une utopie non seulement inaccessible mais dangereuse. S’il y a bien une caractéristique qui rejoint tous les totalitarismes, c’est leur volonté de changer l’Homme (et non pas de le faire évoluer). Les nazis recherchaient la chimère de la race pure. Les communismes avaient un idéal beaucoup plus généreux mais tout aussi inaccessible : rendre tous les hommes égaux entre eux. Au-delà de leurs fins, c’est les moyens qui ont fait se rejoindre ces deux utopies. Car pour changer l’Homme, il faut passer par la violence. La violence néolibérale n’a pas les aspects organisés des totalitarismes qui l’ont précédée. Elle n’en est pas moins réelle. C’est tout ce que démontre Naomi Klein : le néolibéralisme se sert avec opportunisme des éléments extérieurs de violence (catastrophes naturelles au Sri Lanka ou en Louisiane, guerre en Irak, crises économiques au Royaume-Uni, en Pologne ou en Russie dé-soviétisée). Lorsque ces facteurs externes sont absents, il n’hésite pas à instrumentaliser les régimes dictatoriaux : les liens entre le Chili de Pinochet, les autres dictatures d’Amérique latine ou encore la Chine depuis Deng Xiaoping, avec les plus grands pontes de l’école de Chicago ont été démontrés. Agissant sans visage, déshumanisé et amoral, le néolibéralisme s’articule autour d’un totalitarisme pervers et expectant. Une fois qu’il a commencé à rendre l’Etat impuissant (on remarquera que communisme, nazisme et néolibéralisme se rejoignent également sur un objectif final : la disparition de l’Etat), il peut librement et sauvagement s’attaquer à tous les rouages de la société en imposant à tous l’égoïsme généralisé du chacun pour soi, jusque dans les méthodes de management : combien de « petits Eichmann » pour mettre en œuvre les méthodes inhumaines et  d’une cruauté inouï dans des entreprises comme France Telecom (21) ? Et même lorsque les masques tombent, il trouve de petits lampistes à accabler, tel Jérôme Kerviel, pendant que les plus hauts responsables peuvent tranquillement continuer à jouir du système qu’ils ont mit en place et qu’on ne remet pas en cause.

Comme toute idéologie, le libéralisme n’est ni dangereux ni utopiste en soi. La liberté d’entreprendre est elle-même un bienfait évident pour l’humanité. C’est sa vision extrême et extrémiste,  à la recherche d’une pureté cristalline, dogmatique et inaccessible, qui justifie tous les excès.

Sa rhétorique elle-même porte les germes de sa violence : « Ce que je vous propose, c’est une révolution culturelle, une révolution pour changer les mentalités, pour changer les comportements et pas seulement les structures, pas seulement les procédures, pas seulement les moyens. » (28). La « révolution culturelle », comme dans la Chine maoïste … Changer les mentalités et les comportements …. Donc changer l’homme pour en faire un parfait « homo économicus », outil amoral, asocial et égoïste, dans une société qui ne mérite plus son nom, justifiant son existence par ses seuls objectifs personnel dans le but de se satisfaire dans un hédonisme abscons, égocentrique et narcissique : « La civilisation industrielle n’est possible que lorsqu’il n’y a pas de renoncement. La jouissance jusqu’aux limites extrêmes que lui imposent l’hygiène et les lois économiques. Sans quoi les rouages cessent de tourner. » (29) Là aussi le néolibéralisme rejoint son extrême opposé communiste en transformant l’Homme en machine à produire. A l’ultra-collectivisme communiste, le néolibéralisme répond par l’ultra-individualisme, se confondant ainsi tout deux en un profond nihilisme. « Toutes les fonctions de tous les être vivants, du plus simple au plus complexe, n'ont qu'un objectif : maintenir leur vie » affirme le libertarien Jacques de Guenin sur le site internet du Cercle Frédéric Bastiat (30). N’y-a-t-il pas plus nihiliste que de mettre les objectifs humains que le même plan qu’un simple organisme unicellulaire, et nier ainsi toute sa sensibilité, son imagination, sa quête d’Absolu et de Vérité ?

Des millénaires d’Histoire pour en arriver là ? Non. Car l’Homme n’agit pas que pour lui-même. Il est aussi sensibilité, générosité, ouverture aux autres et au monde. Que l’on regarde au quotidien, les plus simples gestes de générosité. Que l’on admire, tous ceux qui s’engagent par vocation au service de causes qui les dépassent. Bénévoles, professeurs, médecins, pompiers, militaires, politiques, militants, prêtres, imans, pasteurs, mères, pères, frères, sœurs, amis ... etc. Tous démontrent chaque jour le besoin de l’Homme d’agir pour autre chose que pour lui-même. Certes, les causes ne nous paraissent pas toutes nobles ou justes, mais sachons rendre hommage à l’immense majorité de l’humanité qui ne conçoit pas l’univers autour de sa petite personne …

 

« La main invisible ne reste pas longtemps la providence des égoïstes. Quand on vit ainsi, un bon quart de la société se trouve marginalisé, les enfants ne sont plus éduqués, les riches vieux vieillissent toujours plus dans leur égoïsme, la révolte haineuse envahit toujours plus les jeunes pauvres, la violence et l’insécurité sont partout, la crise écologique devient dantesque et la guerre mondiale se profile à l’horizon. »

Henri Hude, L’éthique des décideurs.

   

(1)                                       Nous évoquerons ici le néolibéralisme contemporain et excluons les conceptions néolibérales de la fin du 19e siècle et du début du 20e.

(2)                                       Lire par exemple sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9olib%C3%A9ralisme

Certains néolibéraux aiment également à se faire appeler libertariens. Pour une pensée néolibérale / libertarienne totalement assumée lire le blog dignité et liberté (http://dignite-et-liberte.blogspot.com/2007/02/thorie-marxiste-de-la-libert-relle-et.html ) ou encore le blog du québécois libre (http://www.quebecoislibre.org/philo1.htm )

(3)                                       Lire l’excellente analyse de Pierre Bourdieu, L’essence du néolibéralisme, Le Monde diplomatique, mars 1998 (http://www.monde-diplomatique.fr/1998/03/BOURDIEU/10167)

(4)                                       John Kenneth Galbraith, Tout savoir ou presque sur l’économie (1978).

(5)                                       D’où, notamment, les lois anti-trust aux Etats-Unis que certains lobbys cherchent à faire disparaître ou vider de leurs substances.

(6)                                       Naomi Klein, La stratégie du choc.

(7)                                       Entretien avec le quotidien chilien El Mercurio, 12 avril 1981 (c’est-à-dire en pleine dictature de Pinochet. A noter que l’institut Hayek lui-même ne semble pas avoir de problème avec cette citation : http://www.fahayek.org/index.php?option=com_content&task=view&id=121

(8)                                       David Friedman, The machinery of freedom: guide to a radical capitalism (1989).

(9)                                       Nous y reviendrons dans un prochain article.

(10)                                   Lire L’expansion, octobre 2010, Jean-Pierre Petit, Le déclin de la maîtrise budgétaire. http://www.lexpansion.com/economie/le-declin-de-la-maitrise-budgetaire_239693.html

(11)                                   http://www.assoeconomiepolitique.org/spip.php?article140, ou pour un résumé : http://www.marianne2.fr/Des-economistes-atterres-contre-le-pouvoir-de-la-finance_a197418.html

(12)                                   Voir par exemple sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Totalitarisme

(13)                                   Claude Polin, Le Totalitarisme, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1982, p. 13.

(14)                                   Lire Laurent Mauduit, Crise financière : l’encombrant héritage de la gauche, Mediapart, 08 octobre 2008. http://www.mediapart.fr/journal/france/081008/crise-financiere-l-encombrant-heritage-de-la-gauche .

 De même aux Etats-Unis, ce sont les démocrates qui se sont fait les premiers apôtres de la dérégulation : lire Alexandre Cockburn, La gauche américaine a oublié ses victoires, Le Monde diplomatique, février 2010.  http://www.monde-diplomatique.fr/2010/02/COCKBURN/18821

(15)                                   Lire Olivier Toscer, A gauche … mais proches des milieux d’affaires, Le Monde diplomatique,  décembre 2003.  http://www.monde-diplomatique.fr/2003/12/TOSCER/10875

(16)                                   Lire Renaud Fortuner, Qu’est-ce que la Gauche en 2010 ?, Le Monde, 29 mars 2010. http://www.lemonde.fr/idees/chronique/2010/03/29/qu-est-ce-que-la-gauche-en-2010_1325725_3232.html

(17)                                   Sur le démantèlement de la fonction publique, lire Chantal Labat-Gest, Hervé Latimier et Anne Le Moal, La crise confiance des hauts fonctionnaires, 21 avril 2010. http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=1121404

(18)                                   L’affaire de l’adultère de Carla Bruni-Sarkozy. Lire http://www.lexpress.fr/actualite/politique/une-petite-histoire-de-la-rumeur_882430.html.

(19)                                   Affaire des sources du journal Le Monde dans l’affaire Woerth-Betancourt. http://www.rtlinfo.be/info/magazine/media/737306/le-monde-elysee-le-parquet-demande-au-renseignement-interieur-la-teneur-des--verifications-techniques-

(20)                                   Affaire Pechenard, ou comme le premier flic de France passe par-dessus les lois pour protéger son fils et l’assume avec outrance : http://www.marianne2.fr/Affaire-Pechenard-le-silence-des-medias-en-dit-long_a197750.html

(21)                                   Lire cet article : http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/51122/date/2010-09-25/article/humiliation-depression-demission-loffre-triple-play-de-france-telecom/ et voir également le reportage d’Envoyé spécial (France 2) du 30 septembre 2010. Ou encore : http://www.marianne2.fr/Entreprise-la-crise-accentue-la-violence-du-management_a198260.html

(22)                                   Nous reviendrons sur l’absence de réelle éducation des masses dans un autre article.

(23)                  Claude Lefort, L’invention démocratique, les limites de la domination totalitaire.

(24)                  Sylvain Derèse, La négation de la collectivité, Le Monde (blog), 03/01/01. http://www.lemonde.fr/idees/chronique/2011/01/03/le-negation-de-la-collectivite_1460194_3232.htm

(25)                  sur le sujet de nos lâches renoncements, lire l’excellent opuscule (une vingtaine de pages) de Franck Pavlov : Matin brun.

(26)                                Naomi Klein, La stratégie du choc.

(27)                  Sylvain Cypel, Plus c’est gros …, Le Monde, 04/01/11. http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/01/04/plus-c-est-gros_1460844_3234.html#xtor=AL-32280184

(28)                               Nicolas Sarkozy, visite à l’IRA de Nantes, 19/09/07 (cité par  L’appel des appels, page 231).

(29)                   Aldous Huxley, Le meilleur des mondes.

(30)                                 http://bastiat.net/fr/cercle/rencontres/savez-vous.html   

 

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