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L'Oeil de Brutus

LE POUVOIR D’ACHAT : TRISTE PROGRAMME

1 Avril 2012 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

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LE POUVOIR D’ACHAT : TRISTE PROGRAMME

 

 

SI l’on en croit les sondages, le pouvoir d’achat est la première préoccupation des Français. On peut toutefois très largement relativiser ce résultat : les sondages ne proposent généralement qu’un nombre limité de réponses et orientent donc fortement les réponses des sondés[1]. Il n’empêche : les candidats majeurs à l’élection présidentielle font du sujet un thème majeur de leur campagne.

Après des siècles de lutte pour la liberté et l’égalité, la préoccupation politique majeure du peuple français serait donc l’usage qu’il pourrait faire de sa carte bleue. Si c’est le cas, alors les libertariens et autres néolibéraux ont effectivement gagné. L’homme est devenu résolument égoïste et la cupidité est le moteur de son existence.

Mais je ne saurais m’y résoudre. Cet obsession du pouvoir d’achat, à supposer même qu’elle existe et ne soit pas une manipulation sondagière de plus, ne saurait être qu’un travestissement pervers de la passion française de l’égalité. La Nation – la « Grande Nation » comme aime à le dire nos amis étrangers avec une certaine ironie peut être un peu envieuse – qui a tant offert au monde ne pourrait se contenter d’aspirations se limitant à l’épaisseur du portefeuille. «La France, hier soldat de Dieu, aujourd’hui soldat du droit, sera toujours le soldat de l’idéal » disait Clemenceau. Serait-elle aujourd’hui le soldat du pouvoir d’achat ?

Il y a 5 ans, le Président Sarkozy s’était auto-promu général en chef de ce pouvoir d’achat. On connaît le résultat. Son challenger principal (ou supposé comme tel) pour l’échéance 2012 lui emboîte le pas et a fait du thème un enjeu central de sa campagne. Ce qui confirme bien la convergence néolibérale du PS et de l’UMP : tous deux estiment bel et bien que l’on peut acheter ces égoïstes de Français avec la promesse de quelques euros de plus par mois. Les quelques candidats républicains qui demeurent – Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Melenchon et à un degré moindre François Bayrou – s’aventurent d’ailleurs, et avec raison, beaucoup moins sur ce terrain. Car les Républicains n’ont pas oublié la maxime du général de Gaulle : « la France ne peut pas être la France sans la grandeur »[2]. Ils savent qu’on n’achète pas les Français avec des colifichets et de capilotades.

Le mal-être présent de la France réside dans l’absence d’ambition, d’hauteur de vue, tout simplement de vision, de la dyarchie PS-UMP qui ne croit au pouvoir que pour ce qu’il est et non ce qu’il permet de faire. Ils ont fait du pouvoir une distribution de prébendes et de petits plaçous au service de leurs nervis et d’une clientèle qui, in fine, les manipule. Ils ont complètement oublié le sens du pouvoir qui est, justement, de donner un sens au « vivre ensemble » et de le projeter dans l’avenir. « Pouvoir sans conscience n’est que ruine de l’âme » affirme Henri Hude[3]. Les oligarques se sont gâtés la conscience et ruiné l’âme au point de juger comme minable ceux qui se contentent de moins de 5000€ par mois[4].

 « Pouvoir » et « achat » : deux mots qui vont d’ailleurs bien mal ensembles. Comme si le pouvoir pouvait se réduire à ce que l’on possède. Quand c’est le cas, c’est bien plus ce que l’on possède qui finit par vous asservir. Le consumérisme matérialiste réduit à l’état de quête ultime ne fait que transformer l’homme en esclave de ses envies.

Et c’est donc avec bien autre chose que l’on mène un peuple vers son avenir. Education des masses, émancipation des individus, méritocratie, refus du déclin, grandeur de la France : voilà des mots à même de réconcilier les Français avec leur avenir. A condition bien sûr qu’ils ne soient pas vidés de sens par une stratégie électoraliste et mensongère. On pourrait aussi tout simplement clamer « liberté, égalité, fraternité ». Mais notre vieille et fière devise sonne bien creuse dans la bouche de ceux qui l’ont tant bafouée ces trente dernières années.

 



[1] Lire en particulier :

-          Alain Verjat, La république des sondages, Le Monde, 11/10/10.

-          Alain Garrigou, L’opinion contre le peuple, Le Monde diplomatique, octobre 2011.

-          Alain Garrigou et Richard Brousse, Manuel anti-sondages, disponible ici.

-          Alain Garrigou, Les paradoxes du 21 avril, blog Le Monde diplomatique, 10/01/12.

-          Jean Salem, Misère du cirque électoral, Le Monde, 22/03/2012.

[2] Charles de Gaulle, Mémoire de guerres, l’Appel, 1940-42.

[3] Henri Hude, Démocratie durable, page 281.

[4] " Tu comprends, si on n'a ici que des gens qui se contentent de 5 000 euros par mois, on n'aura que des minables. " Jean-François Copé, à un de ses collègues UMP de l'Assemblée, pour justifier sa position sur le cumul des mandats politiques, cité par Sophie Coignard et Romain Gubert, L’oligarchie des incapables.

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Clovis Simard 15/07/2012 12:45


 blog(fermaton.over-blog.com),No-6. THÉORÈME DE LA CHUTE. Obsédé de Pouvoir ?