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L'Oeil de Brutus

LA LOI DE 1973 ET LA LEGENDE LIBERALE

26 Avril 2012 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

 

 

dette-publique.jpgLA LOI DE 1973 ET LA LEGENDE LIBERALE

 

 

 

Le 18 avril 2012, Pierre-Cyrille Hautcoeur (directeur de l’EHESS[1]) et Miklos Vari (étudiant à l’Ecole d’économie de Paris) faisaient paraître sur le site du Monde un article relativement vindicatif (La loi de 1973 et la légende urbaine) à l’encontre des partisans de la monétisation de la dette publique et de leur approche vis-à-vis de la loi de 1973, interdisant à l’Etat d’emprunter auprès de sa banque centrale.

 

Ce n’est pas la première fois que je m’élève contre les simplifications outrancières émises par certains libéraux en vue de galvauder, voir d’interdire, le débat sur la manière dont est gérée la dette de notre pays (lire Les « fascistes » et la loi de 1973).

 

En préambule, notons que les auteurs attribuent l’initiative de cette loi à Georges Pompidou, alors, selon eux, premier ministre. En 1973, Georges Pompidou était Président de la République[2]. Surprenante approximation pour de tels donneurs de leçons[3] ! Mais passons et regardons le fond.

 

MM Hautcoeur et Vari reprochent aux détracteurs de la loi de 1973 (mettant au passage dans le même sac Nicolas Dupont-Aignan, Jacques Cheminade et Marine Le Pen qui ont pourtant des visions politiques radicalement différentes) de se cristalliser sur cette loi pour faire de son abrogation une solution miracle à la crise de la dette. Mais eux-mêmes ne concentrent leur article que sur cette même loi. C’est là une réduction simpliste et outrancière qui ne vise qu’à appauvrir le débat.

 

Car que reproche-t-on à la loi de 1973 ? D’avoir été le point de départ d’un cycle de législations, françaises et européennes, qui ont connu leur dernier acte par le Traité de Lisbonne qui interdit purement et simplement aux Etats d’emprunter à leurs banques centrales. Le vrai débat n’est pas faut-il ou non abroger la loi de 1973 – qui de toute façon a déjà été abrogée de part l’entrée en vigueur du traité de Maastricht en 1994 (!) – mais bien les Etats peuvent-ils faire tourner la planche à billets pour combler leurs déficits ? Réduire le débat sur la monétisation de la dette à une querelle autour de la loi de 1973 est faire preuve de malhonnêteté intellectuelle. Car la loi de 1973 est avant tout un symbole : celui du début de l'abandon d'un prérogative hautement régalienne (battre monnaie) et de la soumission progressive de la France aux dogmes néolibéraux.

MM Hautcoeur et Vari accusent les opposants à la loi de 1973 de tromper les électeurs. Mais eux-mêmes ne se privent pas d’induire en erreur leurs lecteurs ! En outre, ils omettent bien de citer les économistes qui remettent en cause le fonctionnement actuel de la banque centrale européenne (BCE) tels que Laurent Pinsolle, Frédéric Lordon, Jacques Sapir mais aussi les prix Nobel Joseph Stiglitz et Paul Krugman.

 

L’imposture des auteurs ne s’arrêtent pas là. La BCE rachète actuellement en seconde main les bons du Trésor de certains européens. Ils en déduisent que les Etats peuvent donc bel et bien, indirectement, emprunter auprès de la banque centrale. Mais ils omettent de préciser que cela ne résout que très partiellement le problème : lorsqu’ils émettent leurs bons du Trésor, les Etats sont toujours contraints de se tourner vers les marchés qui peuvent leur imposer leur loi. Le rachat de ces bons en seconde main ne fait que très temporairement relâcher la pression en jouant provisoirement sur la loi de l’offre et de la demande. En outre, ces rachats par la BCE n’ont concerné que les pays les plus en difficultés (Grèce, Portugal, Espagne, Italie) et nullement la France. MM Hautcoeur et Vari poussent le bouchon de l’imposture encore plus loin : ils affirment que les banques qui acceptent de revendre des bons du Trésor à la BCE le font en assumant des pertes substantielles. Voilà donc les banques privées transformées en doux philanthropes qui font de mirobolants cadeaux aux Etats. Comme toutes entreprises privées, les banques sont là pour faire des profits – et il n’est d’ailleurs ici nullement question de le leur reprocher –, pas des cadeaux.

 

Relevons également ce que nos auteurs se privent bien de dire à leurs lecteurs. Pourtant, l’équation est fort simple : la BCE distribue des milliers de milliards d’euros aux banques (plus de 1000 milliards € rien qu’entre décembre 2011 et février 2012[4]) à un taux de crédit de 1%. Ces dernières prêtent ensuite ce même argent aux Etats à des taux bien supérieurs (de 2,5% à près de 20%), générant au passage de forts bénéfices. Et ces bénéfices sont simples à évaluer : ce sont les intérêts de la dette payés chaque année par les Etats. Pour la France : 50 milliards d’euros, soit le montant des recettes de l’impôt sur le revenu. Vous qui allez bientôt remplir votre feuille d’imposition, êtes-vous satisfait que votre contribution aille alimenter les bénéfices des banques et donc, ceux qui se cachent derrière : les rentiers de la finance ?

 

 

 

 



[1] Ecole des hautes études en sciences sociales.

[2] Georges Pompidou a été 1er ministre de 1962 à 1968 et Président de la République de 1969 à 1974.

[3] Au passage, M. Hautcoeur est historien.

[4] On peut également relever que ceux qui refusent toute monétisation de la dette publique argumentent que faire marcher la planche à billets génèrerait une forte inflation du fait de la forte création monétaire induite. L’hallucinante création monétaire réalisée ces derniers mois par la BCE ne les émeut pourtant pas … On notera en outre que cette création monétaire n’a pas généré d’inflation, ce qui amène à penser que les 1000 milliards d’euros distribués aux banques ne sont pas partis dans l’économie réelle mais dans la spéculation. Sur le sujet, lire Cette crise qui vient.

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medium.com 06/10/2014 09:31

Une démocratie libérale peut prendre diverses formes constitutionnelles: il peut être une république constitutionnelle, comme la France, l'Allemagne, l'Inde, l'Irlande, l'Italie, ou aux Etats-Unis, ou une monarchie constitutionnelle.