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L'Oeil de Brutus

LA FONCTIONNAIROPHOBIE : Sur les effectifs de la fonction publique (1/4).

19 Novembre 2012 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

 

 fonctionnaira6c7-e3a08.jpgLA FONCTIONNAIROPHOBIE

 

 

« Avoir un ennemi est le bien le plus précieux, il nous donne un point d’appui. »

  Alexis Jenni, L’Art français de la guerre, page 322.

 

 

Cette série de billets s’appuie sur un article (ou plutôt sur la contradiction d’un article) écrit par M. Eric Verhaeghe et paru sur Atlantico.fr (Ce que le projet de loi de finances révèles sur le poids réel de la fonction publique sur le budget de la France) pour tordre le cou à un certain nombre de préjugés sur la fonction publique.

 

 

Sommaire :

1/ Sur les effectifs de la fonction publique.

2/ Les revenus et la parité au sein de la fonction publique.

3/ La fonction publique et la société française. 

4/ L’idéologie néolibérale et son bouc émissaire 

 

 

1/ Sur les effectifs de la fonction publique.

 

D’ordinaire, j’apprécie beaucoup les articles de M. Eric Verhaeghe et le cite d’ailleurs régulièrement dans mes parutions du Vieux Cordelier. Non que je partage forcément ses idées et ses convictions, mais force est d’admettre qu’il sait sortir du cadre de la pensée dominante pour faire des constats pertinents et proposer des solutions innovantes qui ont le méritent de pouvoir animer le débat et le sortir de la fange dans laquelle la médiocrité médiatique dominante tant à se complaire. Le tout servi par une plume vive et alerte, ce qui ne gâche rien.

 

C’est pourquoi l’une de ses dernières parutions m’a pour le moins interloqué par ses préjugés et partis pris : « Ce que le projet de loi de finances révèle sur le poids réel de la fonction publique sur le budget de la France ». Le titre se suffit à lui-même : la fonction publique, donc les fonctionnaires, serait la principale responsable de la situation catastrophique de nos finances publiques.

Il ne s’agit pas ici de prendre un parfait contre-pied de cette théorie en affichant une complaisance sans borne pour une fonction publique idyllique. Celle-ci, notamment au niveau territorial, a un urgent besoin de réformes qui sortent des approches purement comptables et technocratiques (comme la RGPP) pour que nos services publics demeurent une véritable force au service des citoyens et des entreprises. Mais entre prôner une réforme de la fonction publique et en donner une vision caricaturale et déformée à des fins idéologiques, il y a un pas. Et il semblerait bien que M. Verhaeghe ait franchit ce pas.

 

Ainsi, dès le second paragraphe de son article, il évalue le secteur public à 6,74 millions, soit un cinquième des actifs. Le problème est que la méthode de calcul qui lui permet d’aboutir à ce résultat est pour le moins contestable. Il y inclut ainsi les emplois aidés (143 000) mais sans donner le périmètre de ce qu’il entend par « emplois aidés ». Dans cette même logique, on pourrait aussi très bien inclure tous les emplois bénéficiant d’allégements de charge (tous ceux qui sont au SMIC et légèrement au-dessus), ce qui permettrait de trouver probablement quelques millions de « fonctionnaires » de plus. Dans le même ordre d’idées, sont également inclus les salariés d’organismes privés à financement public (648 000). Ces salariés sont pourtant bel et bien régis par un statut privé (on y retrouve, par exemple, les enseignants des écoles sous contrat). On ne saisit pas bien la logique qui veut ici que l’on allège le poids de l’Etat tout en considérant que dans le « calcul de ce poids » on y compte les missions de service public que l’Etat a délégué au secteur privé … Et si l’on poursuit, cette logique jusqu’au bout alors pourquoi ne pas y inclure, par exemple, l’ensemble des cliniques privés et des professions médicales libérales qui dépendent pour l’essentiel du financement public assuré par la sécurité sociale ? Et si l’on doit s’en tenir au « financement public », on pourrait également rajouter les salariés d’entreprises bénéficiant du subventionnement, direct ou indirect, de l’Etat ? Après tout, les emplois relevant du crédit impôt recherche pourrait également y être adjoint … Dernier point, sur ce sujet, M. Verhaeghe adjoint au secteur public les salariés des entreprises publiques (588 000), sans là aussi définir le périmètre dont il est question. Les sociétés anonymes dont des parts sont détenues par l’Etat entrent-elles dans ce calcul[i] ?

Bref, on le voit bien : pour mettre à l’index la fonction publique (le titre parle bien du « poids réel de la fonction publique »), tous les artifices semblent bons pour en surestimer le poids y compris en mélangeant allégrement les notions de services publics et de fonction publique.

 

Mais ce là que le premier point. Dans la suite de l’article, M. Verhaeghe souligne quelques augmentations d’effectifs, certes bien surprenantes en période de rigueur et de disette budgétaire, au sein de quelques collectivités. Je le rejoins bien sur ce point. Mais c’est la conclusion qu’il en tire qui laisse pantois : « Une fois de plus, ceux qui imaginent que l’Etat est le meilleur gardien de l’égalité dans notre pays trouveront dans ces chiffres de quoi les faire méditer longuement sur leurs certitudes intimes ». On peut certes s’élever contre les augmentations déraisonnées d’effectifs au sein des fonctions publiques, mais que vient faire la notion d’égalité la dedans ?  


[i] Sur se sujet, il serait bien plus pertinent de s’interroger sur le périmètre des entreprises qui doivent relever, d’une manière ou d’une autre, du contrôle de l’Etat, notamment dans le domaine des monopoles naturels mais aussi dans celui des entreprises stratégiques (par exemple le secteur de l’armement ou des telecoms).

 

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L'oeil de Brutus 20/11/2012 19:56


Même si symboliquement cela est important, cela ne reste que symbolique et est une "goutte d'eau dans l'océan budgétaire".

Pour être juste, il faut également dire que les Allemands ont aussi un Président de la république (avec un rôle à la Reine d'Angleterre) et que le gouvernement fédéral ne s'arrête pas à 8
ministres : il y a aussi des ministres d'Etat (fonction différente et de rang inférieur à nos ministres d'Etat) et des secrétaires d'Etat. En outre, il convient de préciser que chacun des Länder
a son ministre-président et son propre gouvernement ... Bref, vous ne comparez pas à périmètre constant et pour cause : les insitutions des deux pays ne le permettent pas.

en outre, marqués par le poids de l'Histoire, les Allemands préfèrent surement avoir des ministres et surtout un Chancellier qui fasse très "allemand moyen". Je ne pense pas que ce soit le cas
des Français qui ont conservé une espèce de nostalgie monarchique et de passion de la grandeur (qui est d'ailleurs en complète contradiction avec leur passion de l'égalité).

En dehors même de cela, se référer au soi-disant modéle allemand est un non-sens car nos deux pays sont trop différents. Un seul exemple, sur la démographie : tous les ans 780000 jeunes arrivent
sur le marché du travail en France, contre 280 000 en Allemagne. Rien qu'à cela, pas étonnant qu'aujourd'hui nous n'ayons pas les mêmes problèmes de chômage. Mais à long terme, les Allemands
seront confrontés à des difficultés bien plus problématiques que les notres, ce qui explique nombre de leurx choix du moment (en particulier sur la dette).

ARMENANTE 20/11/2012 10:43


Information que l'on m'a faite parvenir et que je soumets à votre sagacité=
Le modèle allemand : Alors qu'en pensons-nous? ET Que ferons-nous:






Le modèle allemand, si souvent pris en exemple!!!
Puisque la FRANCE, prend toujours l' Allemagne en exemple C'est le moment d'appliquer les règles
M. Le Président.........Quelques précisions...
Nos hommes politiques nous parlent sans cesse du modèle allemand, et bien commençons donc par çà...
MODELE ALLEMAND (à suivre bien sûr).
En France il y a le Président de la République + 1 Premier Ministre + 25 Ministres + 9 Secrétaires d'état. En tout cela
fait 35.(Sachez quand même qu’un Ministre coûte 17 millions d'Euros par an à l'état) 






En Allemagne il y a 1 Chancelier(e) + 8 ministres  , Il faut savoir que le soir après
son" boulot" Angela MERCKEL rentre dans son appartement, dont elle paie le loyer, les factures d'eau et d'électricité, comme chacun de ses 8 ministres 






A Paris le 1er Ministre se détend dans son logis de fonction (310m²) à Matignon, tandis
que ses collègues regagnent en limousines les hôtels particuliers que la République met généreusement à leur disposition.Il faut savoir aussi que 906 personnes
travaillent à la Présidence de la République
En Allemagne mais seulement à peu près 300 personnes en Allemagne.

A Paris Parc auto de l’Élysée => 121 véhicules.Parc auto de la Chancellerie=> 37
véhicules. 






En Allemagne le gouvernement se déplace systématiquement en train ou sur des lignes
aériennes régulières 






En France nous avons:· 1 « Airbus A330-200 »· 2 « Falcon 7· 2 « Falcon 900 »· 2 « Falcon
50· 3 Hélicoptères « Super Puma » etc. ...






 En Allemagne la Chancelière Angela MERKEL gagne 15 830,00 € et gère
36.400.000,00 € de dépenses de la Chancellerie






 En France le Président de le République gagne 21 026.00 € et gère
le budget de l’Élysée qui culmine à 113.000 000,00 €.






Vous avez aussi remarqué que nos hommes politiques prennent souvent l’Allemagne comme exemple?






Question : Alors, on commence quand ? Bonne journée quand même, mes amis et soyez
économes!


http://injustice.blog.free.fr