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L'Oeil de Brutus

L'IDEOLOGIE NEOLIBERALE ET SON BOUC EMISSAIRE - Conclusion sur la FONCTIONNAIROPHOBIE (partie 4/4)

26 Novembre 2012 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

fonctionnaira6c7-e3a08LA FONCTIONNAIROPHOBIE
« Avoir un ennemi est le bien le plus précieux, il nous donne un point d’appui. »

Alexis Jenni, L’Art français de la guerre, page 322.

Cette série de billets s’appuie sur un article (ou plutôt sur la contradiction d’un article) écrit par M. Eric Verhaeghe et paru sur Atlantico.fr (Ce que le projet de loi de finances révèles sur le poids réel de la fonction publique sur le budget de la France) pour tordre le cou à un certain nombre de préjugés sur la fonction publique.
Sommaire :
4/ L’idéologie néolibérale et son bouc émissaire.
 
 
 
4/ L’idéologie néolibérale et son bouc émissaire[1].
 
Encore une fois, il ne s’agit pas ici de nier le besoin de réforme et de la fonction publique et du service public[2]. On pourra également objecter que les déviances bureaucratiques sont le propre de toutes structures dès lors qu’elles dépassent une certaine taille critique. Combien de salariés de grandes entreprises ne se plaignent pas de la bureaucratie, des lenteurs ou encore des indicateurs tatillons de leur siège ?
Aussi, la fin ne justifie pas les moyens. Les approximations et les manipulations, quand ce ne sont pas les mensonges, ne servent en rien une louable volonté de réforme. Car cette manière de faire masque d’autres objectifs bien moins avouables, en particulier la vision idéologique d’un Etat défaillant par nature qu’il convient de réduire à la portion la plus congrue possible[3] dans l’espoir de l’eschatologie néolibérale de disparition complète de l’Etat (rejoignant en cela, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, l’eschatologie communiste), quand ce n’est pas une vision clairement cynique de prédation d’un bien commun – l’Etat – pour le service des intérêts privés[4].
 
Les temps de crise aiment les boucs émissaires. L’évolution humaine aidant, ce ne sont plus, et fort heureusement, les races qui sont visées. N’osant une approche aussi directe, certains se vengent sur une religion – l’Islam – pour en faire la cause de tous nos maux. Comme toutes les idéologies, le néolibéralisme a le sien : les fonctionnaires sont des coupables tout désignés. Peu importe au final la véracité des faits, peu importe la notion de service de la collectivité que nombre d’entre eux s’efforcent de défendre[5], peu importe l’urgence du rassemblement des Français autour d’un projet de société commun, peu importe la division et la haine, peu importe la désorganisation des services publics qui sont là en premier lieu pour aider les plus démunis. Ce qui compte, c’est de servir en pâture à l’ « opinion publique » sa dose de boucs émissaires. Et pourquoi ? Pour masquer d’autres éléments bien plus graves et bien plus à même de livrer des clés de compréhension à la crise qui nous frappe.
Mieux vaut en effet éviter de parler des dumpings fiscal, social, environnemental et monétaire que pratique allégrement nos « partenaires » d’Europe de l’Est pour produire à moindre coût, mais sans protection sociale et sans règles environnementales. Car la réponse est connue : protectionnisme[6] ! Mais cela est un gros mot dans la bouche de la pensée dominante néolibérale qui truste les places dans les grands médias.
Mieux vaut en effet éviter de parler de la gestion désastreuse de notre monnaie, privatisation massive d’un pouvoir régalien qui fait que nous payons aujourd’hui plus de 50 milliards d’euros par an d’intérêts aux banquiers et aux rentiers tout en permettant à la banque centrale européenne d’émettre des MILLIERS DE MILLIARDS d’argent gratuit (ou presque) au profit des banques pendant que les services publics des Etats agonisent du fait, soi disant, de l’incompétence des Etats, alors que l’on a bien vite oublié que cette crise a été engendrée par le monde de la finance[7]. 
Mieux vaut en effet éviter de parler de notre système fiscal de plus en plus illisible et régressif, alors que de courageuses réformes permettraient de remettre à niveau les caisses de l’Etat tout en rendant l’impôt plus progressif, efficace et surtout juste.
 
Dans leur déclinisme culpabilisateur, les libéraux se font fort de crier au racisme anti-patron et de décrire le « Français moyen » (celui qu’ils méprisent) comme un arriéré jaloux de ses privilèges sociaux et haïssant par principe la réussite personnelle des « winners » de l’entreprise, portrait caricatural et simpliste d’une autre époque de lutte des classes dont ils semblent tant nostalgiques[8]. Mais qu’en est-il de leur racisme anti-fonctionnaire primaire et tout aussi simpliste ?
 
 
Sommaire :
4/ L’idéologie néolibérale et son bouc émissaire.


[1] Je quitte ici la critique stricto senso de l’article de M. Verhaeghe.
[2] Lire Propositions citoyennes pour la France n°24 à 29, 122 à 125.
[3] Sur le sujet, lire Willy Bonnelli et Willy Pelletier, L’Etat démantelé, La Découverte 2010.
[4] Lire James K. Galbraith, L’Etat prédateur, Seuil 2009. Ma fiche sur cet ouvrage : http://loeildebrutus.over-blog.com/article-l-etat-predateur-79729723.html
[5] C’est d’ailleurs peut-être cette notion qui dérange le plus les libéraux, tant attachés à leur dogme de l’égoïsme individuel générant « l’ordre spontané » par le biais de la « main invisible » : la notion de service public est en conséquence un démenti flagrant de leurs théories.
[6] Exemple : le coût du travail en Roumanie est quatre fois inférieur au coût du travail en France. On pourra multiplier les « chocs de compétitivité » à loisir pour en arriver à ce niveau.
[8] Les communistes ayant disparu, ou presque, il leur faut se fabriquer un nouvel ennemi. Le fonctionnaire est tout désigné.

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