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L'Oeil de Brutus

DE LA DIVISION DU TRAVAIL

1 Septembre 2011 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

« Il n’y a rien qui tende plus que la grande division du travail à matérialiser l’homme et à ôter de ses œuvres jusqu’à la trace de l’âme. »
Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, page 527.

 

La division du travail est un concept qui date du 18e siècle (Bernard Mandeville) et a été par la suite très largement repris par de nombreux économistes, essentiellement d’obédience libérale.

Elle concerne tant le niveau individuel (spécialisation de l'ouvrier dans un certain nombre de tâche répétitive par exemple) que le niveau collectif (spécialisation des Nations dans la production de ce qu'elles font le mieux). C'est bien à cela que fait référence Tocqueville.

 

 Ce concept permet d'indéniables gains de productivité, tant au niveau individuel que collectif, mais il a ses limites. Au niveau individuel il peut générer l'abrutissement de l'individu. A son époque, Adam Smith lui-même s'en inquiétait déjà et ces effets ont ensuite très bien été mis en valeur par Charlie Chaplin dans les Temps modernes. Les grandes entreprises japonaises s’en sont également très tôt inquiétées et ont proposé à leurs salariés des activités diverses et variés leur permettant de s’affranchir de cet abrutissement.

Au niveau des Nations, cela les met en très forte dépendance d'un unique secteur économique (ou d'un nombre restreint de secteurs). Ainsi les variations des cours de cacao et de café ont des effets dévastateurs pour un certain nombre de pays africains (Côte d'Ivoire par exemple). Ou encore, la brutale chute des cours de pétrole dans les années 80 a été catastrophique pour un grand nombre de pays producteurs, tel l'Algérie, qui avait basé leur modèle de développement sur son exportation. La Chine a ainsi très bien compris le danger de se spécialiser en un réservoir à main d'œuvre du monde et cherche aujourd'hui à développer ses services et sa consommation intérieure.

De même si l'économie française se montre davantage résiliente aux crises économiques c'est aussi qu'elle n'a pas été jusqu’au-boutiste dans le domaine (en conservant une industrie relativement importante par rapports à d'autres pays développés tout en développant les services, le tourisme, en conservant une agriculture importante ... etc.). Ce qui n'est pas le cas du Royaume-Uni (spécialisé dans la finance) ni de l'Allemagne (spécialisée dans la production et l'exportation de machines-outils) dont on a vite tendance à oublier les très fortes contractions du PIB en 2008 et 2009.

D'une manière générale, je pense que le tropisme qui consiste à opposer l'euphorie de la croissance des trente glorieuses, liée à la re-construction d'après-guerre, à la crise économique perpétuelle liée aux chocs pétroliers des années 70 est une erreur. La réalité est bien plus complexe. A la Libération, nous avons su mettre en place un modèle économique très particulier, alliant libéralisme et dirigisme étatique. Depuis les années 70, nous démantelons progressivement tout un pan de ce modèle (notamment la partie étatique) pendant que des corporatismes (en particulier les partenaires sociaux) font tout pour ne pas empêcher une nécessaire évolution du reste (la démocratie sociale, la formation continue, la fiscalité ...etc.). A mon sens, le mal français est bien là.

 

Pour revenir sur la division du travail, tout n'est bien sûr pas à jeter avec l'eau du bain. Mais, comme bien souvent, c'est une application extrême et dogmatique qui est dangereuse et nuisible.

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