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L'Oeil de Brutus

COMPRENDRE LA NON VIABILITE DE LA ZONE EURO (1/6)

27 Juin 2012 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

zone-euro.jpgCOMPRENDRE LA NON VIABILITE DE LA ZONE EURO

 

 

 

PARTIE 1

 

 

 

 

Imaginons que vous êtes chef d’entreprise. Vous voulez créer une nouvelle usine et vous avez le choix entre deux régions voisines que nous appellerons Therul et Pylome.

 

Therul est une région riche et dynamique, qui dispose d’une infrastructure (transports, communications) de grande qualité. La main d’œuvre y est très qualifiée et, sous couvert de patriotisme économique et mercantiliste[i], les dirigeants de Therul sont parvenus (pour le plus grand bien des rentiers, mais cela la main d’œuvre ne semble pas l’avoir compris) à lui faire accepter des salaires relativement bas. Dans le même ordre d’idée, la fiscalité thérullienne est relativement avantageuse pour les entreprises. En outre, comme l’avait déjà relevé au début du siècle dernier un célèbre sociologue, les Théruliens sont profondément marqués par une culture éthique issue de leur religion (qu’ils ne sont cependant guère nombreux à encore pratiquer) : le salut de son âme se mesure au résultat de son travail ici-bas (et non à la qualité et la générosité de ses actions). Les Théruliens ont donc une approche très moraliste de leur lien au travail et de leurs rapports sociaux. On a ainsi pu voir leur président se faire débarquer avec pertes et fracas pour une menue facturette de quelques centaines d’euros qu’il ne savait justifier, anecdote proprement inconcevable dans notre pays.

 

Quoique tout à fait correctes, les infrastructures de Pylome sont de moins bonne qualité et sa main d’œuvre un peu moins bien formée. Elle réclame en outre des salaires relativement élevés. Par ailleurs, les dirigeants de Pylome sont notoirement corrompus et pratiquent le népotisme depuis des lustres. Entièrement concentrés à la conservation du pouvoir, ils ont laissé s’installer une fiscalité abracadabrantesque qui profite essentiellement aux plus riches (quoique la fraude fiscale semble être un sport national unanimement pratiqué) et certainement pas aux entreprises.

 

En tant que chef d’entreprise, où allez-vous installer votre usine ? En Therul bien sûr. Et c’est d’ailleurs ce que tout le monde fait.

 

Mais à force ce n’est pas sans poser certains problèmes. Car à travailler à bas salaires, les Théruliens n’arrivent pas à consommer tout ce qu’ils produisent et sont donc dépendants de leurs exportations. De leur côté, les Pylomiens, face à la concurrence de la main d’œuvre de leur voisin, commencent à avoir un chômage assez important et n’ont donc pas les moyens d’acheter les produits « made by Therul ». Les Théruliens ont initialement trouvé une solution : ils vont prêter de l’argent aux Pylomiens pour que ceux-ci achètent leurs produits. Dans un premier temps, tout se passe très bien. Jusqu’à ce que la dette des Pylomiens atteigne des montants astronomiques et que Therul se dise qu’il ne va jamais revoir son argent. Les Théruliens sont d’autant plus inquiets que leur population est relativement âgée et que leurs retraités avaient placé leur argent en Pylome pour s’assurer une rente pour leurs vieux jours. Et si Pylome ne rembourse pas, les Théruliens vont devoir vivre un troisième âge difficile. Oubliant que pour faire un prêt il faut être au moins deux (et que le prêteur est censé s’inquiéter de la solvabilité de l’emprunteur), ils font la morale aux Pylomiens et exigent qu’ils soient saignés à blanc pour que leurs vieux (mais pas seulement eux) puissent revoir leur pognon.

 

 

Une fois que nous en sommes là, que faire ?[ii] Deux solutions sont possibles.

 

    2e partie : cliquer ici.

 

 


[i] Profondément marqué par un passé douloureux et pas si ancien, la patriotisme économique est la seule forme de patriotisme auquel les Théruliens aient droit.

[ii] Le chef d’entreprise que vous êtes commence déjà depuis longtemps à se dire que Pylome et Therul sont un sacré foutoir et qu’il va peut-être être temps de plier ses gaules pour aller produire et vendre ailleurs avant que l’un et l’autre se trouvent définitivement sur la paille.

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