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L'Oeil de Brutus

COMPRENDRE LA CRISE CHRYPRIOTE ET LA TYRANNIE EUROPENNE

28 Mars 2013 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

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COMPRENDRE LA CRISE CHRYPRIOTE ET LA TYRANNIE EUROPENNE

 

 

 

Ce petit pays a fait la une des médias pendant plusieurs jours. Pourtant, comme à leur habitude, la plupart des médias « grand publics » se sont bien abstenus, soit par ignorance crasse soit par servilité à l'ordre néolibéral (et sans doute les deux à la fois), de proposer à leur public une analyse un tant soit peu approfondie de la situation de la partie méridionale de l'île de Chyprei. Sur son blog Russeurope, Jacques Sapir a quant à lui proposer d'excellentes analysesiide l'ensemble de la situation et de l'historique dont je propose d'essayer ici d'en retranscrire les grandes lignes tout en y ajoutant quelques éléments personnels.

Il faut tout d'abord revenir quelque peu en arrière. Au printemps 2012, la tristement célèbre Troïka impose aux acteurs privésiiiune « restructuration » (doux euphémisme pour ne pas parler de défaut partiel dont il avait claironné peu de temps auparavant qu'une telle solution était inenvisageable) de la dette grecque. Or, les banques chypriotes sont de manière très importante soumise à ce défaut partiel. Au passage, contrairement à ce qui clamé ici et là, le secteur bancaire chypriote ne souffre pas tant de gigantisme que cela : il représente 7,5 fois son PIB national ; c'est certes très important (la moyenne européenne est à 3,5) mais du même ordre que ce que l'on trouve en Irlande et à Malte et surtout beaucoup moins qu'au Luxembourg qui en est à 22 fois son PIB. On attend donc que les eurocrates veuillent bien aller faire la morale à ce dernier qui, non content d'être un des plus gros paradis fiscaux de la planète, est probablement une plaque tournante pour un paquet d'argent sale qui circule en Europeiv. Mais revenons à Chypre. Suite au défaut grec, ses banques se trouvent en très mauvaise posture, ce que ne manque pas d'alerter le pouvoir chypriote dès le printemps 2012. La BCE, la Troïka et tutti quanti ignorent royalement le début d'appel au secours de la petite île : on ne va quand même pas s’embêter pour 0,3% du PIB de l'UE. Sauf qu'à l'été la situation devient vraiment délicate : Chypre a un besoin urgent de 17,5 milliards d'euros (soit grosso modo l'équivalent de son PIB !, c’est comme si la France demandait un plan d’aide de plus de 2000 Mds€) pour recapitaliser ses banques.

A force d'atermoiements, la Troïka en vient à imposer une solution hallucinante : elle fournit 10 Mds€ puis à charge de Chypre d'aller se servir directement sur les comptes des épargnants (y compris les plus modestes mis à contribution à hauteur de 6,6% de leur épargne). Devant la panique de ceux-ci (bankrun), les banques chypriotes sont contraintes de fermer leurs portes. L'émoi populaire est immense et le parlement chypriote refuse comme un seul homme une telle mesure (sur les 55 députés qui le compose, aucun n'a accepté de la voter). Mais, et c'est désormais couramment admis, l'Union européenne n'a que faire de la démocratie. Qu'importe que par la voie de son parlement, expression de la volonté souveraine de son peuple, Chypre ait refusé son plan. Puisque c’est ainsi les institutions européennes, BCE en tête et Eurogroupe – avec notre cher M. Moscovici – suivant, menacent purement et simplement de mettre sous embargo monétaire la petite île, c'est à dire qu'aucune transaction ne pourra plus être émise entre Chypre et le reste de l'UE. En droit international, le tout récent « prix Nobel de la paix » avoisine ainsi l'acte de guerre. Mais ce n'est pas tout : les décisions importantes de la BCE sont censées être prises collégialement avec le Conseil des gouverneursv. Or, le président de la banque de Chypre en est membre et il est fort peu probable qu'il ait accepté qu'un tel ultimatum soit expédié à son pays. Mario Draghi, le président de la BCE, a donc agit seul ou au mieux avec l’assentiment du directoire

(5 autres membres). Il jette ainsi le masque : derrière le technocrate se cache le tyran (pour ceux qui en avaient encore quelques doutes).

Toute cette pathétique tragédie se termine – et il est à parier que cette fin ne soit que très provisoire – dans la nuit de dimanche à lundi par un accord obtenu, comme nous en avons la triste habitude, à l'arrachée. Comme c'est aussi l'usage le contenu de cet accord n'a pas été divulgué (ou sinon, malgré moult recherches, je ne suis pas parvenu à mettre la main dessus, ce qui revient au même). Tout juste trouve-t-on sur le site officiel de l'UE un communiqué sibyllinviin english please(il me semblait pourtant que le Français était aussi langue officielle de l'UE, mais nos oligarques franchouillards ne sont déjà pas très forts pour défendre notre souveraineté, alors pour ce qui est de notre langue …) dans lequel on apprend – hourra ! – qu'un accord a été trouvé et que semble-t-il les comptes chypriotes inférieurs à 100 000€ ne seront pas impactés.

« La crise de l'euro est terminée » clamait haut et fort notre cher président il n'y a pas si longtempsvii(entre autres invocations panthéistes) … Rendez-vous au prochain épisode ...

 

 

 

iOn oublie aussi couramment de le préciser, toute la partie nord de l'île est occupée par la Turquie et ce sans aucun statut juridique international défini. L'UE comprend donc dans ses membres un élément qui n'a pas vraiment de frontières et qui est en situation de guerre larvée (puisque aucun accord de paix n'a été signé) avec un autre Etat, lui-même candidat à l'adhésion … Pour mémoire, juste avant que Chypre ne rejoigne l'UE a été organisé un référendum dans les deux parties de l'île : la partie turque a approuvé la réunification à 65% pendant que la partie grecque (celle qui est maintenant membre de l'UE) la rejetait à 75 % ...

iiJacques Sapir, “La crise chypriote, l’Allemagne et la Russie”, billet publié sur le carnet Russeurope le 22/03/2013, URL: http://russeurope.hypotheses.org/1077

Jacques Sapir, “Chypre: Draghi use du Blocus monétaire”, billet publié sur le carnet Russeurope le 20/03/2013, URL: http://russeurope.hypotheses.org/1065

Jacques Sapir, “Le problème de Chypre et ses conséquences”, billet publié sur le carnet Russeurope le 17/03/2013, URL: http://russeurope.hypotheses.org/1034

iiiLa BCE qui possède une quantité non négligeable de Bons du Trésor grec a clairement refusé toute participation à cette « restructuration » ….

ivSur le sujet on pourra tenter de retrouver l'excellentissime reportage « Manipulations » diffusé en toute discrétion à la fin de l'année 2011 sur France 5. Cf. Clearstream : Manipulations le docu qui gêne France télé, Rue89, 11/11/2011,

vLes comptes-rendus des débats du Conseil des gouverneurs ne sont jamais rendu publics, autre preuve de transparence démocratique ...

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