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L'Oeil de Brutus

COMMENT L’EURO VIENT DE MOURIR (mis à jour le 03 avril 2013)

2 Avril 2013 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

fin-de-l-euro.jpgCOMMENT L’EURO VIENT DE MOURIR

 

 

La semaine dernière, je m’insurgeais devant le traitement foncièrement tyrannique de la crise chypriote. Je ne renie nullement ces éléments. Toutefois, un excellent article publié par Pascal-Emmanuel Gobryioffre une nouvelle perspective sur les conséquences de la crise chypriote : il se pourrait bien que, sans même s’en rendre compte, les dirigeants européens aient sabordés l’euro.

Reprenons l’exemple concret donné par M. Gobry. Je suis un patron de PME chypriote et doit régler un de mes fournisseurs français d’une facture disons de 10 000€ii. Comme l’accord de la semaine dernière réinstaure le contrôle des capitaux entre Chypre et le reste de la zone euro, je ne peux le faire sans l’accord de la banque centrale, ce qui risque de prendre du tempsiii. A cela, deux solutions. Soit mon fournisseur est conciliant et veut bien étaler mes paiements de manière à ne pas être soumis au plafond de 5000€ fixé pour les sorties de capitaux de Chypre, soit, s’il n’est pas conciliant, je devrais trouver un intermédiaire français (ou ayant un accès libre aux échanges de capitaux à l’intérieur de la zone euro – hors Chypre) qui voudra bien régler pour moi en attendant que je puisse sortir les fonds. Indirectement, cet intermédiaire me fait donc crédit et prend un risque (par exemple celui d’une restriction supplémentaire du contrôle des capitaux, ou, tout simplement, que je n’honore pas ma créance). Il demandera donc à ce que je paye une prime de risque, par exemple de 2000€. Finalement, il me faut donc 12000€ « chypriotes » pour régler une facture de 10000 « euros-euros ». Dans les faits, l’euro chypriote n’a donc plus le même cours que l’euro du reste de la zone euro (dans l’exemple donné, il faut 1,2 euro-chypriote pour avoir 1 euro-euro) : il y a deux monnaies différentes dans la zone euroiv.Et on voit mal comment cela pourrait prendre fin : si le contrôle des capitaux est supprimé, on a tout à parier que Chypre sera soumise à une forte fuite des capitaux qui remettront au plus bas son système bancaire.

Et cela risque bien de ne pas s’arrêter là : si je suis un épargnant portugais, grec, espagnol, italien, irlandais voire français, j’aurais tendance à me dire, surtout après les propos du président de l’eurogroupe qui confirme que la solution chypriote pourrait bien être étendue à d’autres paysv, que mon épargne dans la banque de mon pays risque fort de connaître une sévère cure d’amaigrissement. Quel est alors le réflexe normal d’un épargnant désirant sécuriser son bas de laine ? Tout simplement, le transférer dans une banque qui ne risque pas d’être soumise à cette cure d’amaigrissement, en l’occurrence une banque allemande ou du Nord de l’Europe. Mais ce faisant, je déstabilise encore plus le système financier de mon pays déjà bien mal au point (et au passage je renforce celui de l’Allemagne et de ses congénères rigoristesviqui, au passage, s’affirment donc de plus en plus comme les prédateurs de la zone euro…) et ait donc tendance à précipiter le mouvement d’effondrement bancaire que je crains, entrainant alors une taxation des dépôts, une mise en place d’’un contrôle des capitaux et dans les faits la création d’un euro-portugais, d’un euro-grec, d’un euro-espagnol, d’un euro-italien, d’un euro-irlandais, d’un euro-français, etc. …

Il est donc tout à fait possible que la crise chypriote se réédite prochainement dans l’un des pays en difficulté de la zone euro, sinon tous, ne faisant alors que prononcer l’acte de décès d’une monnaie déjà morte dans les faits (certains, dont je ne suis pas loin, rajouteront que de toute façon elle était morte néevii).

L’histoire retiendra donc peut-être la nuit du 24 au 25 mars comme date fatidique de la fin de l’euro.

 

 

 

Mise à jour du 3 avril :

 

Dans la lignée, on pourra également lire cet excellent article de Jacques Sapir : Jacques Sapir, “Chypre: bilan d’étape”, billet publié sur le carnet Russeurope le 27/03/2013, URL: http://russeurope.hypotheses.org/1089.

 

On rélèvera également qu'avec une consternante application du droit et des principes à géométries variables, en toute discrétion, l'Irlande vient de bénéficier d'un tout autre traitement : http://www.gaullistelibre.com/2013/03/le-scandaleux-et-discret-2eme-plan.html

 

 

 

 

i Pascal-Emmanuel Gobry, Depuis cette semaine, il y a deux monnaies dans la zone euro, Atlantico.fr, 29/03/2013.  

ii Vous pourrez rééditer exactement le même raisonnement pour un particulier chypriote désirant acheter un bien d’une valeur supérieure à 5000€ ou, encore plus simplement, un importateur, par exemple un concessionnaire Peugeot.

iii On pourrait rétorquer la banque centrale peut prendre des mesures pour assurer une sortie plus rapide des capitaux dans le cas des règlements de facture. Certes, mais si c’est le cas elle risque de laisser passer des factures douteuses qui n’auront comme seul but que d’extraire les capitaux de l’île, ce qui en pratique se réduit à une fin du contrôle des capitaux. On peut également imaginer que le plafond finisse par être relever (par exemple de 5000 à 50000€) mais cela traduirait également dans les faits un très fort amoindrissement de l’effet du contrôle des capitaux et donc une fuite accrue des capitaux.

iv Et n’est donné ici qu’un « petit » exemple d’une sortie de 10000€. Imaginer les problématiques qui peuvent se poser lorsqu’il s’agit de régler des factures de plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions, d’euros.

v Lire Nicolas Goetzmann, "Le modèle de résolution à la chypriote"...?, Atlantico.fr, 29/03/2013.  

vi Rigoriste du moins en facade : la dette publique allemande n’est qu’à peine moins importante que la dette française et plus importante de que la dette espagnole, la santé des banques germaniques est elle-aussi douteuse mais … non soumise à la régulation bancaire européenne car le système bancaire allemande favorise les banques de taille moyenne qui échappe à la supervision de la BCE …

vii Une zone monétaire unifiée exige en effet deux points indispensable : une mobilité des travailleurs (qui vont chercher du travail dans les zones économiquement les plus performantes) et des dispositifs de solidarité bénéficiant aux zones les moins performantes économiquement (pour éviter qu’elles ne se vident de leurs travailleurs). Or, la zone euro n’a rien de tout cela : la mobilité des travailleurs est relativement réduite et la crise de l’euro a bien démontré son absence de solidarité. Que se passe-t-il en conséquence ? Les capitaux se concentrent dans les zones les plus performantes économiquement, accroissant alors encore plus les déséquilibres, sans que les travailleurs ne suivent, accroissant encore plus les déficits de leurs pays d’origine. On tombe alors dans un cercle sans fin : les champions de la productivité accumulent les capitaux pendant que les perdants accumulent les déficits. Les champions (qui ont fait crédits de leurs excédents de capitaux aux perdants et veulent les voir revenir, notamment pour assurer les retraites de leurs populations vieillissantes …) exigent alors des perdants des cures de rigueur qui plombent leur croissance, font monter le chômage et diminuent les ressources fiscales ce qui … accroit leurs déficits … Sur le sujet, lire Comprendre la non viabilité de la zone euro.

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Nathalie 04/11/2015 23:34

bravo, et la place des pays émergents, pouvez-vous en consacrer quelques lignes dans votre blog?

L'Oeil de Brutus 05/11/2015 22:38

Merci. Le sujet des pays émergents est un sujet que je maîtrise moins. Ou plutôt, j'ai du mal à considérer que c'est un sujet qui fasse corps : qu'ont vraiment en commun la Chine, l'Afrique du Sud ou encore le Brésil ?

esthetique Rouen 14/04/2013 00:00


l europe :une magnifique machine à fabriquer des cocus ....