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L'Oeil de Brutus

CETTE OLIGARCHIE QUI RUINE LA FRANCE : Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ?

2 Février 2013 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

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CETTE OLIGARCHIE QUI RUINE LA FRANCE : Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ?

 

 

La « nouvelle affaire Tapie » semble partie pour rattraper la directrice du FMI[1]. Nonobstant la présomption d’innocence due à Mme Lagarde, une vingtaine de mois après les frasques sexuels de son prédécesseur, un nouveau haut responsable international français est donc mis en cause par la justice. Si cela devait se confirmer, il y a fort à parier qu’on ne sera pas près de revoir un représentant de l’élite française à la tête du FMI. Mais peut-on encore parler d’élite ?

L’ancien président le République lui-même est empêtré dans une toile judicaire qui paraît sans fin (affaire Karachi, affaire Bettencourt, affaire des sondages de l’Elysée, affaire de l’espionnage des journalistes du Monde, affaire Dupuybaudy[2], financement de ses campagnes de 2007 et de 2012, son conflit d’intérêt manifeste entre sa fonction et son cabinet d’avocat[3], les soupçons de trafic d’influence de son épouse[4], etc.). Son successeur et la nouvelle majorité ne sont pas forcément en reste. Les médias sont demeurés bien discrets sur les démêlés judicaires de l’ancien colistier de l’actuel locataire de l’Elysée[5], et si les supposés comptes bancaires en Suisse de M. Cahuzac ont amusé la galerie médiatique pendant quelques jours, bien peu relèvent l’insoluble contradiction qu’il peut y avoir à se prétendre « homme de gauche » et occuper le portefeuille de ministre du budget après avoir fraudé le fisc et employé à un salaire confinant à l’esclavagisme une immigrée en situation irrégulière[6]. Et la liste serait longue de tous les dévoiements à l’éthique et à la morale de l’oligarchie au pouvoir, sans parler du mensonge érigé en règle de gouvernement[7].

 

Car il ne peut y avoir d’élite sans qu’elle n’ait une conscience éthique de son rôle[8]. La récente affaire des « irradiés d’Epinal » nous a rappelé qu’un médecin qui manque à sa déontologie professionnelle pouvait se voir interdit d’exercer à vie. Or, malgré les innombrables démêlés judicaires des « élites » politiques de ces dernières décennies, combien ont réellement vu de ce genre de préceptes appliqués ? Lorsque les dossiers de corruptions en arrivent jusqu’au jugement, les condamnations d’éligibilité n’excèdent pas quelques mois ou une maigre poignée d’années.

Cette élite qui n’a plus ni éthique, ni déontologie, ni sens du bien commun n’est pas une élite : c’est une caste qui s’est arrogée le pouvoir en professionnalisant l’exercice des mandats publics et en maintenant l’illusion de l’alternance démocratique avec des débats de seconde zone menés au niveau des pâquerettes[9]. Par son incompétence et son incapacité à gouverner, elle détruit notre pays[10]. Par sa collusion avec les milieux d’affaires, elle a privatisé un bien public aussi essentiellement régalien que la monnaie entrainant la ruine de nos finances publiques (qu’elle se fait fort par ailleurs de distribuer allégrement pour satisfaire ses clientélismes).

 

Sans complexe, cette caste rejette ses responsabilités sur l’ensemble du peuple français, autre preuve, s’il en est, de son absence d’éthique de par son incapacité à assumer ses fautes[11]. Cette caste fantasme sur un prétendu « modèle » allemand. En Allemagne, lorsque le président de la République est incapable de justifier du paiement de trois nuits d’hôtel à 258€, il est contraint à la démission et sa carrière politique est terminée[12]. Que notre caste commence donc par s’appliquer à elle-même le « modèle » allemand dans le domaine de l’éthique politique. Nous pourrons alors procéder à un vaste renouvellement et peut-être aurons-nous, enfin, une élite. Et nous aussi, citoyens, appliquons-nous notre éthique d’hommes libres en leur refusant le monopole de la vie publique et en faisant en sorte, notamment par notre vote, que cette oligarchie finisse par aller rejoindre la place qui lui est due : les poubelles de l’histoire. Combien de temps les Catilina modernes abuseront-ils de notre patience ?

 

 

 

 



[2] L’homme d’affaire Jacques Dupuybaudy accuse l’ancien chef de l’Etat d’avoir cherché à la corrompre puis d’avoir exercé des pressions sur les chefs d’Etats africains afin de favoriser son concurrent Bolloré. Lire Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Sarko m’a tuer, Stock 2011. Ma fiche sur cet ouvrage : http://loeildebrutus.over-blog.com/article-sarko-m-a-tuer-89380964.html. Une enquête judicaire aurait été ouverte (Gérard Davet, Fabrice Lhomme, L'homme d'affaires jacques dupuybaudy règle ses comptes avec MM. Bolloré et Sarkozy à la brigade financière, Le Monde, 17 juillet 2012).

[3] Paul Cassia, Gare aux conflits d’intérêts !, Le Monde, 10/04/2012 :  « On apprend en effet que le président de la République, ancien avocat, a détenu pendant tout son quinquennat 34 % de parts sociales dans une société d'avocats qu'il a cofondée en 1987, pour laquelle il s'est notamment porté caution en cours de mandat. Cette situation n'a en elle-même rien d'irrégulier. Elle n'en est pas moins curieuse au regard des principes, et peut à tout moment basculer vers la prise illégale d'intérêts qui, elle, est interdite. Sans doute ce risque n'a-t-il jamais été concrétisé mais, sur le terrain des apparences au moins, il ne saurait être exclu que le président de la République puisse, à travers le parquet, intervenir dans une affaire traitée par le cabinet dont il est actionnaire, puisqu'il peut trouver un intérêt financier à ce que la valeur des parts sociales qu'il possède augmente avec la réputation de son cabinet. »

[4] Gérard Davet, Fabrice Lhomme, ibid.

[5] Lire : Et si François Hollande nous parlait de René Teulade, L’œil de Brutus, 07/04/2012.

[8] Lire Ethique de la responsabilité : redéfinir la corruption, L’œil de Brutus, 12/02/2011.

[10] Lire Sophie Coignard et Romain Gubert, L’Oligarchie des incapables, Albin Michel 2012.

[11] Lire Pour en finir avec le déclinisme culpabilisateur, L’œil de Brutus, 19/09/2012.

[12] Frédéric Lemaître, L’Allemagne, un modèle d’équilibre, Le Monde, 23/03/2012.

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