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L'Oeil de Brutus

BHL, le seigneur et maître des "faussaires" (Les Intellectuels faussaires)

15 Octobre 2012 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Lectures

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LES INTELLECTUELS FAUSSAIRES

Pascal Boniface

Edition de référence : Jean-Claude Gawsewitch, 2011.

 

 

Ceci est un extrait des notes de lecture. Retrouver la présentation générale de cet ouvrage : cliquer ici.

 

BHL, le seigneur et maître des « faussaires ».

Plus personne ne présente BHL qui « passe pour un intellectuel éclairant le public alors que c’est un désinformateur. Il passe pour quelqu’un de profondément engagé en faveur de la morale alors que c’est le cynisme même. Il passe pour un défenseur intransigeant de la liberté alors qu’il est un maccarthyste virulent. Il passe pour un universaliste alors que c’est un communautariste forcené » (page 202).

Ses postures moralistes sont une habitude qui en fait lui permettent d’esquiver le débat sur le fond, comme ce fut le cas face à Régis Debray lors de l’intervention de l’OTAN au Kosovo (page 204) ou contre Tariq Ramadan (page 205). Il ne se place pas ainsi sur le plan de la réfutation des arguments des autres mais sur l’ostracisation médiatique par le biais d’un moralisme arbitraire.

Le mélange des genres est une autre habitude du « philosophe ». Président de la Commission d’avance sur recettes[i], il refuse le scénario du film Germinal car sa conjointe, Arielle Dombasle, n’a pas été retenue pour le casting (page 205). En 2001, il a fait évincer d’Arte Georges Goldenstern car celui-ci s’était opposé au financement du film Le Jour et la Nuit, dont BHL était le réalisateur. Cela n’a pas empêché cette production d’être l’un des plus grands bides de l’histoire du cinéma français (pages 205-206). Lorsque le journaliste Philippe Cohen veut sortir une biographie non autorisée sur notre « intellectuel », il fait jouer toutes ses relations pour empêcher la sortie de cet ouvrage trop critique à son goût, puis pour en empêcher toute publicité (pages 206-207). Il adoptera la même démarche lorsque Christophe de Ponfilly, ami de Massoud, voudra dénoncer les mensonges de BHL sur sa soi-disant proximité avec le « Lion du Panchir » : tous les grands quotidiens (Le Monde, Le Figaro, Libération) refuseront la publication de l’article (page 207). De même intervient-il peu gracieusement auprès de France Soir pour empêcher la parution d’un article suite à la sortie du livre Le B.a. ba du BHL (page 208). Alors qu’une interview avec deux journalistes de Elle ne se passe pas à sa convenance, il se fait fort de rappeler ses liens avec le propriétaire du journal, Jean-Luc Lagardère, pour mettre au pas les deux impertinents (page 209). Il fera également mettre à l’écart Céline Buanic pour un article trop critique sur l’un de ses ouvrages (page 209), tout comme il œuvrera pour obtenir la déprogrammation d’un film d’Eyal Sivan, trop critique à son goût sur Israël (page 212). Un autre article, sur une filière locale de l’entreprise Levy en Côte d’Ivoire, sera de la même manière censuré alors que les employés de cette entreprise œuvrent dans des conditions de travail proches de l’esclavage (pages 209-210).

BHL pousse même ses petits trafics d’influence jusqu’à la bêtise lorsqu’il s’insurge du renouvellement de contrat sur France 3 de Frédéric Taddeï à qui il reproche d’inviter dans son émission Ce soir ou jamais des personnalités qui selon lui ne devraient pas avoir le droit à la parole. Sauf que BHL s’est trompé de Taddeï : c’est le contrat à l’AS Roma du footballeur Rodrigo Taddeï qui a été prolongé (pages 211-212) !

Sa proximité avec Philippe Val (voir article sur l’intéressé) est un excellent moyen de valider la conception de l’honneur et le sens moral de BHL qui n’hésite pas à clamer « Philippe Val est un ami et je ne peux critiquer un ami ». Le monde selon BHL est ainsi : les amis ont droit à toutes les outrances, les ennemis doivent être chassés de la sphère médiatique (page 213). Et son emprise sur cette dernière est telle qu’aujourd’hui il n’a même plus à intervenir : l’autocensure se fait d’elle-même (page 215). Il faut dire que notre philosophe est sur tous les fronts : président du conseil de surveillance d’Arte, actionnaire de Libération, membre du conseil de surveillance du Monde, il tient un bloc-notes hebdomadaire sur Le Point, il se fait interviewer quand il le souhaite dans Le Parisien, Le Journal du Dimanche ou encore Elle, il est un invité régulier du Grand Journal de Canal Plus et le directeur de Marianne, dont les journalistes et les lecteurs ne l’apprécient guère, tient une surveillance rapprochée à son profit (pages 216-217).

Mais il est une ère d’expression que BHL a plus de mal à maîtriser : internet. Pour se faire, il s’est constitué une petite équipe chargée de surveiller la toile à son profit (page 219).

Mais comment BHL est-il parvenu à gagner une telle emprise ? S’il a certes fait des études de philosophie, il n’a jamais enseigné – ce qui est pour le moins paradoxal pour un « philosophe » - . En fait, BHL a hérité d’une immense fortune qui a fait de lui un rentier (ce ne sont certainement pas ses livres aux succès très limités qui vont lui permettre de tenir le train de vie qui est le sien) et lui a donné accès à un réseau hors du commun. Bien évidemment, BHL ne supporte pas que l’on fasse référence à sa fortune et pour s’en défendre il n’hésite pas à accuser d’antisémitisme tous ceux qui s’y risquent par le biais d’une rhétorique d’un simplisme pathétique : les antisémites du début du XXe siècle reprochait leur richesse aux Juifs, donc tous ceux qui parlent de la richesse d’un Juif sont antisémites (pages 222-223). Lorsqu’il est à court de manipulations, d’intrigues et de contre-vérité, c’est d’ailleurs régulièrement le dernier argument du « philosophe » : je suis Juif ; mon adversaire ne m’aime pas ; donc, il est antisémite (pages 233-234). Toutefois, il sait se montrer accommodant avec les puissants, y compris, lorsque ceux-ci adoptent des positions diamétralement opposées aux siennes. C’est donc pourquoi, malgré des positions – notamment à l’égard d’Israël – aux antipodes de celles de BHL, Jacques Chirac, Jean Daniel ou encore Hubert Védrine n’ont jamais été la cible de « l’intellectuel » (page 238). Le double langage est d’ailleurs une autre de ses facettes : un jour il légitime l’action d’Israël sur la bande de Gaza et le lendemain il affirme, avec André Glucksman, « nous condamnons bien entendu le terrorisme, mais on ne chasse pas le terrorisme en bombardant des civils » ; mais cette fois-ci il évoque … les Russes en Tchétchénie (page 244).

Malgré toutes les aberrations de ses prises de positions, Il est donc pour le moins surprenant qu’il puisse encore conserver une once de crédibilité, surtout après l’affaire Botul : dans son livre De la guerre en philosophie, notre « philosophe » s’en prend à Kant en s’appuyant sur les recherches d’un certain Jean-Baptiste Botul; sauf que … ce fameux Botul est un canular de  toute pièce inventé par Frédéric Pagès, un journaliste du Canard enchaîné, qui sous ce pseudo s’était amusé à publier une Vie sexuelle d’Emmanuel Kant, alors que le philosophe allemand est passé à la postérité pour être demeuré vierge jusqu’à sa mort (page 223-225) …

Qui a tué Daniel Pearl ? est un autre ouvrage fort en affabulations de BHL qui prétend y faire une enquête sur ce journaliste américain assassiné au Pakistan. BHL prétend – sans preuves à l’appui – que Pearl a été tué car il avait découvert qu’Al-Qaïda cherchait à se procurer l’arme atomique au Pakistan. Pourtant cette thèse est largement réfutée par la famille du journaliste. Dans ce même ouvrage, BHL avoue avoir usurpé un titre de représentant du président de la République en trafiquant des papiers officiels et on peut alors s’interroger – à juste titre – pour savoir si une telle attitude ne met pas en danger la sécurité et la crédibilité des véritables diplomates au service de la France. Mais cela notre « philosophe » n’en a cure : il n’est au service que de lui-même. Toujours dans ce livre, il prétend être un ami de Massoud. Or, il ne l’a rencontré qu’à une seule reprise, pendant une heure ou deux (pages 227-228).

Dans le même registre, à l’occasion de la guerre russo-georgienne, Bernard Henri-Levy publie un « grand témoignage » dans les colonnes du Monde. De nombreux témoignages de personnes ayant vécue les évènements attestent qu’une grande partie des faits défendus par BHL ont été inventés, en particulier son déplacement à Gori (pages 229-230).

Tous ces arrangements avec la vérité et avec l’éthique ne datent pas d’hier. En 1981 déjà, au sujet de son livre L’Idéologie française dans lequel il soutient que la France est le laboratoire du fascisme européen (!),  Raymond Aron affirmait que « Bernard Henri-Levy viole toutes les règles de l’interprétation honnête et de la méthode historique » et René Rémond que « Bernard Henri-Levy opère comme le procureurs soviétiques » (page 231).

 

 

Origine de l'illustration : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard-Henri_L%C3%A9vy



[i] Commission du Ministère de la Culture réalisant des avances pour les productions cinématographiques.

 

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cannot receive email in outlook 26/06/2014 14:02

Do you know of the French ideology? Then read this article and you will have more ideas on this. This is a book that tells us all about the argument made by him and that is France is a laboratory. You might wonder what and that is the laboratory of the European fascism

denys 07/04/2014 22:06

une photo de paparazzi prise dans un studio en france, "bhl sur les barricades en ukraine".... j'envoie la photo à qui la demandera sur mon mail car je n'arrive pas à l'ajouter à cet article...