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L'Oeil de Brutus

Mascarade de l’antifascisme

16 Mai 2017 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

Mascarade de l’antifascisme

La plupart des réflexions ci-après sont issues de la lecture du Crépuscule de la France d’en Haut  de Christophe Guilluy (Flammarion 2016)

 

 

Pier Paolo Pasolini soulignait déjà en 1974 (!) qu’en abandonnant la question sociale, la gauche chercherait à instrumentaliser un « antifascisme facile qui a pour objet un fascisme archaïque qui n’existe plus et n’existera plus jamais ». Lionel Jospin reconnaîtra plus tard que cette « lutte antifasciste en France n’a été que du théâtre » et que le « Front national n’est pas un parti fasciste ». Et ce n’est pas un hasard si de BHL à Pierre Bergé, du MEDEF au entreprises du CAC 40, de Hollywood à Canal plus, les plus grands pourfendeurs du « fascisme » sont aussi les meilleurs zélateurs de la mondialisation. On remarque également que bien souvent les groupes « antifa » recrutent leurs membres non parmi les ouvriers mais parmi les jeunes diplômés de la bourgeoisie.

Cette instrumentalisation de l’antifascisme permet à des élites, qui devraient pourtant être totalement délégitimées et décrédibilisées – ne serait-ce que de par leurs résultats et les scandales à répétition –, de se trouver à bon compte une supériorité morale d’une part et en réduisant toute critique de la mondialisation à une dérive fasciste et/ou raciste. Bien évidemment, cette posture nécessite un ennemi et celui-ci est trouvé : le Front national, qu’il faut alors sur-médiatiser. Pour « lutter contre le fascisme », il s’agit alors, ni plus ni moins, que d’en faire la promotion ! et l’on se lance dans un « combat à mort » où l’on évitera à tout prix de détruire son adversaire pour, tout au contraire, en assurer la longévité. Mais en pratique, ce n’est pas vraiment le FN qui est en ligne de mire mais les classes populaires dans leur ensemble, le problème étant que ce n’est pas tant le FN qui influence les classes populaires que l’inverse : « le FN n’est qu’un symptôme d’un refus radical des classes populaires du modèle mondialisé » et les classes supérieures cherchent alors à fasciser les classes populaires pour discréditer et délégitimer leur diagnostic, « un « diagnostic d’en bas » qu’on appelle populisme ».

 

 

Il ne s’agit ainsi donc pas tant de cesser de dénoncer le Front National pour ce qu’il est réellement (un parti démagogue, opportuniste, sans réelles convictions ni programme consistant[i], conservant encore et toujours ses relents xénophobes et ses fréquentations plus que douteuses – lire  Ce qu’est le FN ce qu’il n’est pas), mais d’admettre qu’à lui seul il n’est certes pas en mesure de mettre la République en péril (sinon il aurait dû être interdit depuis longtemps !). Par contre, beaucoup plus inquiétante est l’évolution prise par le mouvement « En Marche ! » et son guide charismatique, tout frais moulu président de la République (lire

Emmanuel Macron : en marche vers le fascisme ?). D’autant plus que bien peu ont relevé (et se sont inquiété) du fait (entre tant d’autres choses !), qu’avant même l’élection de M. Macron, il était possible pour une grande radio publique de censurer quiconque n’appelait pas à voter pour le camp du Bien au point d’en acculer l’humoriste Emmanuel Barré à démissionner de France Inter[ii].

Rappelons également qu'historiquement l'extrême-droite n'a pas le monopole du fascisme, loin de là : les différents mouvements fascistes recrutèrent souvent abondamment à "gauche", à commencer par Benito Mussolini et Pierre Laval qui firent leurs premières armes politiques respectivement au parti socialiste italien à la SFIO (tandis qu'à l'opposé, par exemple, la Résistance française compta nombre de membres anciennement issus de mouvements d'extrême-droite).

 

 

 

[i] Et sur ce point la prestation de Mme Le Pen au débat de l’entre-deux-tours fut criante de vérité.

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Grégoire 19/05/2017 09:20

Le passage reprochant aux groups "antifa" d'etre issus de la bourgeoisie est franchement déplacé: si les antifa défilent contre lepen, ils ont aussi pris part aux mouvements sociaux (contre la loi travail par exemple) et n'ont jamais appelé à voter macron. D'ailleurs ces groupes sont plus souvent issus de la classe moyenne que du CAC40...

Grégoire 21/05/2017 10:40

Quelques éléments de réponse:
-qu'une bonne partie des antifas soit issue d'un milieu de petits bourgeois c'est un fait, mais de là à les mettre dans le même sac que le CAC40 ou les chroniqueurs de canal+...
-à titre personnel, j'ai eu l'occasion de croiser des précaires qui se revendiquaient antifa (l'exemple typique: les punks à chien). Concernant les gens issus de l'immigration, on en trouvait un certain nombre à l'afa paris-banlieue dont est issu Méric, ce groupe recrutant notamment beaucoup parmi les anciens de la tribune auteuil du psg (exemple ici http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/un-ami-militant-de-clement-meric-repond-a-serge-ayoub-0606-56395.html)
-vu la participation active des antifa aux mouvements sociaux ou encore à la zad de notre dame des landes, je trouve ça un peu fort de les traiter de rebelles de canapé; vous confondez visiblement antifa et bobos qui votent europe écologie les verts
-enfin, et c'est le point le plus important, l'article que vous postez assimile les antifas aux donneurs de leçon du PS/LR/EM qui appellent à voter Macron, or je le répéte, les antifas n'ont pas appelé au front républicain.

Je précise que je ne suis pas antifa, mais connaissant bien (ou du moins mieux que l'auteur de l'article) cette mouvance, je me permets d'intervenir à ce sujet. Et pour que les choses soient claires: je ne considère pas que le fn soit un parti fasciste.

L'oeil de Brutus 19/05/2017 13:59

ce n'est pas moi qui le dit, c'est Christophe Guilluy ... et parmi les "antifas", il y en a certes bien peu dont les parents sont issus de milieux précaires, de travailleurs d'usine ou encore d'immigrés. comme les étudiants de Mai-68, la gauche "caviar" et les bobos, il s'agit bien souvent (mais bien sûr pas toujours) d'une révolte bon ton qui permet de s'acheter une bonne conscience à peu de frais. Et puis quand il s'agit de retrouver les "choses sérieuses", c'est à dire son petit confort bourgeois, on retourne sur les bancs de la fac et on demande à papa-maman de se porter caution pour le crédit étudiant et de payer le loyer du studio dans lequel on joue les rebelles de canapé ...

en supplément : https://www.youtube.com/watch?v=mo516FQ6pxs