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L'Oeil de Brutus

François Fillon, le « fumier du diable » et le parti de l’argent

18 Février 2017 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

François Fillon, le « fumier du diable » et le parti de l’argent

 

«Nous n'aurions accompli qu'une infime partie de notre tâche si la République française de demain se trouvait comme la IIIe République sous la dépendance étroite des puissances d'argent»

Albert Camus[i]

 

 

Le général de Gaulle confessait qu’il n’aimait pas ceux de son parti car ceux-ci aimaient trop l’argent. Il n’aurait sans nul doute guère apprécié François Fillon. Il n’aurait bien sûr pas goûté toutes ces petites combines népotistes – légales ou pas, en soi peu importe – au bénéfice de son épouse et de ses enfants[ii]. Ni ces petits trafics de breloques – eux aussi légaux – pour les copains[iii]. Ni ces conférences rémunérées tenues dans des puissances étrangères[iv].

Le général de Gaulle payait en son compte propre tous ses émoluments privés à l’Elysée, au point d’y faire poser un compteur électrique séparé pour ses appartements privés. Aurait-il imaginé que quelqu’un se prétendant de lui fasse passer aux frais de l’Etat l’agrandissement de son appartement de premier ministre de 78 m² à 309 m² et cache sous le tapis les rémunérations de 49 de ses collaborateurs[v] ? Que ce même prétendant multiplie les déplacements privés dans les jets de la République[vi] ? Pire encore : aurait-il pu imaginer un premier ministre prétendument gaulliste fêter son réveillon à titre privé dans une résidence gracieusement mise à disposition par un autocrate étranger[vii] ?

Mais tout cela n’est finalement que tristement banal au sein d’une oligarchie politique en fin de cycle et qui ne semble plus conserver qu’un seul repère : celui de l’argent, ce « fumier du diable ». M. Fillon n’est donc qu’un politicien ordinaire de ces années 2000, qui ne vit que par, pour et avec les petites combines politiciennes. Il se dit promoteur de l’esprit d’entreprise mais n’y a jamais mis les pieds puisqu’il se lança en politique dès l’âge de 22 ans en tant qu’assistant parlementaire. Il défend la « valeur travail » (doux contre-sens[viii] !) mais n’a fait que vivre des prébendes de la politique. Ajoutons que M. Fillon fut séguiniste lorsqu’il fallut trouver un étrier où poser le pied pour se lancer en politique (ce qui l’amena à se prononcer alors contre le traité de Maastricht), puis balladurien pour pouvoir rentrer au gouvernement, puis chiraquien pour y rester et enfin sarkozyste pour occuper Matignon (ce qui l’amena à faire adopter en catimini le traité de Lisbonne que les Français avaient pourtant rejeté). En devenant filloniste dans le cadre de cette campagne présidentielle, M. Fillon a enfin jeté le masque : il roule pour lui et pour lui seul, peu importe les renoncements et les virages à 180°. Se servir et non pas servir. Il n’est donc en fait qu’une triste copie de son ancien maître, Nicolas Sarkozy, avec lequel il partage la même passion : celle de l’argent.  

M. Fillon voulait se construire une figure morale de chrétien austère. Il n’est qu’un petit coq de basse-cour, les deux pattes plantées dans le « fumier du diable ».

Tout cela, donc, ne distingue guère M. Fillon de l’immense majorité du personnel politicien qui s’est accaparé les prébendes et les petits plaçous depuis plus de trente ans et a lentement mais surement transformé la Ve République en oligarchie. Tout cela aurait pu être presque pardonnable. S’il ne s’était agi dans le même temps de mettre les Français à la diète la plus sévère en détruisant leurs services publics et leur système de santé[ix]. Et encore plus, s’il ne s’était agi de construire un programme politique toute en accointances avec les puissances d’argent, dont son ami, M. de Castries, n’est qu’un des représentants parmi d’autres[x]. Car, encore une fois, ce n’est que de cela qu’il s’agit : de simples affaires d’argent.

Ce qui nous ramène encore une fois au général de Gaulle qui au crépuscule de sa vie confiait à André Malraux que « les Français ont toujours eu du mal à se débrouiller entre leur désir des privilèges et leur goût de l’égalité ! Mais au milieu de tout ce joli monde, mon seul adversaire, celui de la France, n’a aucunement cessé d’être l’argent ».[xi] François Fillon a, sans doute depuis longtemps, choisi son camp. Et ce n’est pas celui du général de Gaulle. Ce n’est pas celui de la France. C’est celui du parti de l’argent.

 

 

[i] cité par Dominique Jamet, De la Libération à Sarkozy, l’éternel retour, Marianne, 29/08/12.

[iii] François Fillon et les légions d'honneur bien placées, Laurence Dequay, Marianne, 08-févr-17.

[iv] Lire Renaud Lecadre , Luc Peillon et Pauline Moullot, Fillon et ses amis, la vie en colloques, Libération, 16/02/2017.

[v] Cf. Hervé Liffran, "Le confidentiel dépense de Fillon", Le Canard Enchaîné n°4623, 3 juin 2009. Recension sur politique.net : http://www.politique.net/2009060301-appartement-de-francois-fillon.htm

[vi] Lire Matthieu Le Crom , Les dépenses scandaleuses de l’austère couple Fillon, Le Vent se lève, 24/012017.

[viii] Le travail en lui-même ne saurait représenter une « valeur » (sinon les esclaves seraient les plus valeureux des humains). L’effort ou plutôt le goût de l’effort peut, lui, représenter une valeur. Mais cela n’a rien à voir avec le travail qui représente surtout le contingentement matériel de l’être humain (l’homme est contraint de travailler pour assurer sa subsistance matérielle) et situe donc aux antipodes de l’élévation spirituelle et/ou intellectuelle, du dégagement des contingences matérielles qui distingue l’homme de l’animal.

Ironie de la chose, les ultralibéraux à la Fillon (ou à la Sarkozy) partage cette obsession (de façade) du travail  avec les … marxistes !

[x] Lire :

De qui François Fillon est-il le prête-nom ?, François Denord et Paul Lagneau-Ymonet, Le Monde diplomatique, février 2017 ;

François Fillon : le candidat des banquiers et des grands patrons, c'est lui, Etienne Girard, Marianne, 23/11/2016.

[xi] Charles de Gaulle, cité par André  Malraux, Les chênes qu'on abat, Folio 1974, page 108

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edmond amar 12/03/2017 10:25

donc : fillon corrompu , macron corrompu , les pokémons du dessin c'est du vent , j'ai compris ! il me reste à choisir entre Hamon , Mélenchon , Artaud , puisqu'eux sont "tête haute , mains propres !". selon vos critères il faut detester colbert , haussmann , corrompus historiques , et chanter les louanges de robespierre surnommé (probablement à juste titre )l'incorruptible ou de Lénine dont les biographes vantent le souci révolutionnaire de détruire l'oppression capitaliste et de libérer ainsi les travailleurs , bref un pur altruiste et non un égoïste avide d'enrichissement personnel comme fillon ou macron . Derrière vos positions contre "l'argent" et ses adorateurs il y a le postulat marxiste de la lutte des classes : les intérêts des capitalistes et ceux des travailleurs (donc les capitalistes ne sont pas des travailleurs) sont antagonistes et donc fillon et macron qui travaillent pour le capital sont forcément nuisibles aux travailleurs ; ces déductions qu'induisent vos analyses sont fausses et nuisibles : fausses : le capitalisme , en dépit de ses travers et excès , a été la force la plus progressiste et donc bienfaitrice pour l'humanité y compris pour TOUS les travailleurs dont le niveau de vie a bondi en un siècle plus que durant 5 millénaires (le dernier bond de progrès date du néolithique , il y'a 8000 ans) donc je préfère choisir entre macron et fillon corrompus mais qui peut être amélioreront la situation de la france (tout en favorisant le grand capital et leurs propres intérêts ! et alors ? ) plutôt que des hamon ou mélenchon ou le pen dont les programmes relèvent du délire irréalistes et potentiellement dangereux . Nous ne sommes pas chez les bisounours : le choix n'est pas entre corrompus et incorruptibles ou entre les serviteurs du grand capital et ceux qui défendent les travailleurs ; il est entre des programmes plus ou moins efficaces , réalistes ; c'est à dire Fillon ou Macron .

L'oeil de Brutus 12/03/2017 15:46

Ha le choix du "plus réaliste", " plus efficace". Bref le TINA de Mme Thatcher que l'on nous assène depuis presque 40 ans avec le résultat que l'on peut constater aujourd'hui. Et avec quelles perspectives ? encore plus de "libéralisations", plus de dérégulations d'à peu près tout, et surtout encore plus les multinationales. La fuite en avant. et pour faire tout cela : encore moins pour ceux qui travaillent (ha la belle valeur "travail" tant chérie par ceux qui n'ont jamais travaillé de leur vie !), encore moins pour les entrepreneurs (les vrais, pas ceux qui profitent des rentes de situations).
Et toujours le même choix ultra-réducteur : il faut accepter le capital, même s'il est corrompu, (Fillon, Macron) car sinon c'est les rouges (Mélenchon, Hamon, Artaud) ou les faschos (Le Pen).
Sauf qu'il y a bien d'autres alternatives, d'ailleurs très variées (Dupont-Aignan, Guainon, Yade, Tauzin, Larrouturou, etc.). Mais de cela, il ne vaudrait mieux pas parler ...