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L'Oeil de Brutus

Petite miscellanée des « meilleures » citations d’Alain Minc

8 Novembre 2015 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

Petite miscellanée des « meilleures » citations d’Alain Minc

 

 

Comme à l’accoutumée, la récente publication du dernier essai d’Alain Minc (« Un Français de tant de souches ») a valu à l’intéressé d’occuper largement le spectre médiatique. On le trouvait donc le 14 octobre au Club de la presse d’Europe 1le 15 octobre sur France 5 dans l’émission « C à vous » et encore  ce même 15 octobre sur RTL, puis le 17 octobre dans les colonnes du Pointle 20 octobre dans les colonnes de La Tribunele 25 octobre dans celles du JDD, le 26 octobre « face à » Ruth Elkrief sur le plateau de BFM TV, le 29 octobre sur France Culture, et enfin le 30 octobre sur BFM Business (liste – malheureusement – non exhaustive). Bref, il semble donc que les médias français se soient battus pour faire la promotion du dernier ouvrage du chantre de la « mondialisation heureuse ». Mais sans, toutefois, se donner la peine d’une once de déontologie journalistique qui aurait voulu que pour mieux interviewer un tel auteur, on se donne la peine de jeter un petit coup d’œil dans le rétroviseur de 30 années d’omniprésence médiatique et de logorrhées livresques (36 parutions depuis 1982 !)[i]. Dans la lignée des notes de lecture de Ce monde qui vient, on se permettra de leur rafraîchir la mémoire, à peu de frais, ci-après.

Notons, au préalable, qu’Alain Minc fut conseiller d’Edouard Balladur, avant d’appeler à voter Jospin en 1995[ii], puis de devenir un habitué des « visiteurs du soir » du président Sarkozy. On pourra juger sur pièce des « conseils » de M. Minc et par voie de conséquence nullement s’étonner des résultats de ceux qui les ont écoutés …

 

 

Dans Le Syndrome finlandais (1986), Alain  Minc annonce, sûr de lui, la prochaine mise sous tutelle, à moins d’un énergique sursaut, de la France par … l’Union soviétique[iii] (page 110).

 

« Le système public ne reculera que pris en tenaille entre des déficits devenus insupportables et des ressources en voie de raréfaction  » [iv].

en 1984. 30 ans qu’il nous fait le coup de la tenaille de Machecoul[v]

 

Un éclair de lucidité (mais qui n’a induit nulle remise en cause personnelle) : « Le système médiatique secrète une concentration du pouvoir auprès de laquelle « l’accumulation primitive du capital » chère à Marx représente une bluette. Un tri s’est effectué qui n’a profité qu’à une poignée d’intellectuels »

L’Ivresse démocratique, Gallimard 1994[vi].

 

« Je ne sais pas si les marchés pensent juste, mais je sais qu’on ne peut pas penser contre les marchés ».

La Mondialisation heureuse (1997)[vii].

 

Dans le plus pure style « TINA »[viii] de la pensée unique thatchérienne : « Ils se trouvent que les marchés détestent le keynésianisme. Dès qu’un Etat y a recours, ils le sanctionnent. Les marchés n’aiment pas Keynes, je n’y peux rien ».

Alain Minc, Capital, novembre 1997. Faut-il en déduire que de la 2nde guerre mondiale aux années 1970, les marchés n’existaient pas ou plutôt … qu’il serait grand temps de leur mettre une muselière ?

 

« Les délocalisations, même d’une amplitude exceptionnelle, ne sont pas incompatibles, notons-le à l’endroit des protectionnistes du village gaulois, avec le plein emploi ». De toutes façons, « La désindustrialisation n’est pas synonyme de chômage ».

Ce monde qui vient, Grasset 2004, pages 26 et 51. Mais on attend toujours la démonstration de telles assertions…

 

Les Russes, des sous-homo oeconomicus ? : « (Les) Russes (sont) inaptes à sécréter de vrais entrepreneurs et capables exclusivement de pratiquer, à travers leurs oligarques, ce que Marx appelait le « capitalisme comprador », un capitalisme d’importateurs, de prévaricateur et de détenteurs de rentes »

Ce monde qui vient, Grasset 2004, page 49.

 

Les Chinois ? guère mieux : « (La Chine)  sonnera le glas d’un ordre économique international, immensément civilisé, équilibrant le jeu du marché et l’existence de contrepoids ».

Ce monde qui vient, Grasset 2004, page 63

 

Gauchistes, révisionnistes, souverainistes, altermondialistes, américanophobes, tiers-mondistes : tous dans le même sac de prêt-à-penser : « L’hostilité au libre-échange des militants d’ATTAC et autres organisations non gouvernementales fait sa jonction avec l’antiaméricanisme des exclus du tiers-monde et des ghettos urbains ; la condamnation du gouvernement Sharon par les héritiers de l’extrême gauche glisse, sans crier gare, dans la remise en cause de l’existence même d’Israël ».               

Ce monde qui vient, Grasset 2004, page 74

 

Cette si belle horlogerie financière qui réglé par fonctionnement divin donne le la économique : « La contemplation du fonctionnement quotidien de l’univers financier peut aisément alimenter de telles phobies. La masses des capitaux en jeu, leur déconnexion désormais totale avec les flux de biens et services, la multiplication, à  travers les dérivés et autres options, de capitaux quasi fictifs, susceptibles de déstabiliser toutes les valeurs boursières, y compris les plus importantes et, pire encore, toutes les monnaies, dollar et euro inclus : même les professionnels les plus aguerris ont parfois le vertige. « Et pourtant elle tourne » : la vieille pétition de principe de Galilée s’applique à cet univers-là. Elle tourne ou plutôt est autorégulée. L’économie de marché vit, en effet, avec de formidables stabilisateurs automatiques ». « L’économie mondiale ressemble à un bolide conduit à pleine vitesse d’une seule main : tel est le sentiment le plus largement répandu. C’est tout le contraire : un mécanisme raffiné, mettant en mouvement des forces et des contreforces, respectant les lois d’une thermodynamique particulière, et n’ayant connu, depuis vingt ans, ni accident majeur, ni débordement durable. La charge de la preuve relevant, en cette matière comme en d’autres, du pur empirisme, la leçon est claire : le risque systémique est une construction de l’esprit ».  

Ce monde qui vient, Grasset 2004, pages 85 et 88.

 

Le mythe de « l’euro qui protège » … : « Protégés par la masse critique que représente l’euro, les Européens du continent ont, de ce point de vue, la mémoire courte, tenant pour acquis ce qui relève d’une admirable construction politique, en l’occurrence la marche vers la monnaie unique ».

Ce monde qui vient, Grasset 2004, page 87

 

Ce grand et bel attachement à la démocratie : « Le référendum est pareil à une vérole antidémocratique que la France aurait propagée dans l’ensemble de l’Europe ».

Alain Minc, Le Figaro, 11 avril 2005[ix].

 

Cette crise qu’il a si bien anticipée :

« L’extraordinaire plasticité du système (…). On nous aurait dit qu’il serait régulé avec un doigté tel qu’on éviterait la crise, qui aurait pu être quand même de l’ampleur des très grandes crises financières qu’on a connues dans le passé ! C’est tout de même un univers au fond très résistant. (…) L’économie mondiale est plutôt bien gérée »   

Direct8, 08/01/2008[x].

« Cette crise est grotesquement psychologique »[xi]. Et tant pis pour l’état psychologique des millions de chômeurs qu’elle a générés.

France Inter, 10/10/2008.

« Le système financier » est « régulé avec un doigté tel qu’on éviterait une crise, qui aurait pu être quand même de l’ampleur des très grandes crises financières qu’on a connues dans le passé ! » Et d'ajouter : « C’est quand même un univers au fond qui est très résilient, qui est très bien régulé. » Direct8, janvier 2008.

 

 « Il n'y a pas de modèles il n'y a qu'un modèle : il est allemand »[xii].

Sur le sujet, lire Le « modèle » allemand en quelques chiffres (et depuis Volkswagen ou encore la Coupe du monde de football 2006 sont passés par là …).

 

« L'esprit de lucre est au cœur du capitalisme, on n'y peut rien ».

Interview à Marianne, 11/10/2012.

 

Ce qu’ils sont pénibles, ces Gaulois qui résiste toujours et encore à l’envahisseur ! : « Dans ce monde en apparence unifie par les modes de vie et les marchés financiers, il demeure une spécificité française : le goût du spasme »

Alain Minc, Le Figaro[xiii].

 

Une bien singulière conception de la souveraineté : « Le vrai débat avec la Grèce au nom d’un respect formel de sa souveraineté , (…) (c'est) on vous aide, on allège peut-être même la dette, mais on vous impose une administration fiscale. »            

France Inter, 06/05/2015.

"Le tragique de l'histoire c'est que, pour des raisons liées à la fierté nationale grecque, nous ne pouvons pas exiger que la Grèce soit placée sous la tutelle d'une administration européenne provisoire qui la soumettrait aux règles d'une économie moderne".

The New York Review of books, 25/10/2012

 

Mais bien sûr … : "Les crises boursières, on en sort toujours plutôt en bon état"

France Inter, 25/08/2015

 

Et pour finir en apothéose : « Le capitalisme ne peut s’effondrer, c’est l’état naturel de la société. La démocratie n’est pas l’état naturel de la société. Le marché oui. »[xiv]

cité par Ignacio Ramonet, Géopolique du chaos, Galilée 1997, page 57

 

 

 

Origine de l'illustration : Lemonde.fr

 

[i] A noter le très fourni recueil du « meilleur d’Alain Minc » tenu par Acrimed : http://www.acrimed.org/+-Alain-Minc-+

Sur Alain Minc, voir également (ou lire) Les Nouveaux chiens de garde de Serge Halimi.

[ii] Le candidat PS s’en enorgueillissant lors du débat d’entre deux tours, Jacques Chirac lui fit cette réponse lapidaire « Minc, je vous le laisse ».

[iv] cité par Serge Halimi en avant-propos de L'Etat démantelé, La découverte 2010, page 10.

[v] Pour les amateurs de La 7e Compagnie …

[vi] cité par Serge Halimi, Les nouveaux chiens de gardes, Raison d'agir 2005, page 116.

[vii] cité par Bernard Maris, Id.

[viii] There is no alternative.

[ix] cité par Serge Halimi, Les nouveaux chiens de gardes, Raison d'agir 2005, page 41.

[x] cité par Renaud Lambert, Les économistes à gages, Les Liens qui libèrent 2012, page 22.

[xi] cité par Sophie Coignard, Romain Gubert, La Caste cannibale, quand le capitalisme devient fou, Albin Michel 2013, page 212.

[xii] cité par Patrick Brody, A bas les modèles !, Le Monde, 05/03/2012

[xiii] cité par Serge Halimi, Les nouveaux chiens de gardes, Raison d'agir 2005, page 104.

[xiv] cité par Ignacio Ramonet, Géopolique du chaos, Galilée 1997, page 57

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