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L'Oeil de Brutus

Crise de l'euro : pourquoi Syriza a été amené à la capitulation

19 Juillet 2015 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

Crise de l'euro : pourquoi Syriza a été amené à la capitulation

 

 

« N’ouvrez aucune négociation avec les Spartiates et ne faites point paraître que les épreuves présentes vous accablent ; car ceux qui, en face du malheur, montrent le moins d’affliction dans leurs sentiments et, dans leur conduite, le plus de résistance, ceux-là, qu’il s’agisse d’Etats ou d’individus, sont bien ceux qui l’emportent ».

         Périclès, aux Athéniens.

 

 

Ce qui ressemble à une capitulation en rase campagne de Syriza devant l’eurocratie ne lasse pas d’étonner. D’autant plus qu’après le référendum du 5 juillet 2015 lors duquel le peuple grec lui avait apporté un très large soutien, Alexis Tsipras paraissait en position de force.

Une hypothèse peut toutefois être formulée autour du discours réalisé par Yanis Varoufakis à l’Eurogroupe le 18 juin dernier. Contrairement aux usages en vigueur mais en plein respect des traités[i], l’ancien ministre des finances grec a bien voulu en rendre le contenu public[ii]. Or, un passage est particulièrement éloquent :

« Même si certains, influencés par des rumeurs selon lesquelles un Grexit ne serait pas si dramatique ou que cela pourrait même être bénéfique au reste de la zone euro, se sont résignés à un tel évènement, c’est un évènement qui libérerait des forces destructrices que plus personne ne pourrait contrôler ».

En affirmant de la sorte devant l’Eurogroupe que la sortie de la Grèce de l’euro lui serait insupportable, M. Varoufakis se sépare de sa plus précieuse arme et la met directement aux mains de ses adversaires. Peu importe (ici) que Syriza ait été foncièrement attaché à l’euro ou pas. Mais le fait est que jusque-là (sous réserve qu’une telle position n’ait pas été au préalable tenue en Conseil ou en Eurogroupe par un membre du gouvernement Syriza), la perspective d’une sortie de l’euro suscitait une véritable crainte, voire une peur panique, pour nombre de membres de l’eurocratie. Car, par effet de contagion, le « Grexit » aurait probablement touché un à un une bonne part des membres de la zone euro (selon toutes vraisemblance, dans l’ordre : Portugal, Irlande, Italie, Espagne, Belgique, France). En menaçant l’Eurogroupe d’un Grexit (peu importe dans de telles négociations si cette menace est réellement fondée ou pas), M. Varoufakis pouvait donc espérer obtenir des concessions importantes. Il pouvait également tout aussi bien affirmer rester dans l’euro tout en s’affranchissant des règles austéritaires de la monnaie unique de manière à contraindre les autres membres de l’en exclure, ou de tenter de le faire (c’est l’hypothèse que je formulais en janvier dernier). Il pouvait en réalité se ménager une position de force.

 Ce n’est pas le choix qui fut fait. Dans une espèce de naïveté pour le moins surprenante chez un adepte de la théorie des jeux, M. Varoufakis fait le choix résolument inverse : il marque un attachement irrévocable à l’euro. Dès lors, ses adversaires, Allemagne en tête, ont le jeu facile de reprendre la balle au bond et le menacer d’un Grexit pour lui imposer leurs propres conditions. On connaît la suite[iii].

 

 

[i] Les traités européens prévoient que les minutes des Conseil de l’Union (les réunions des ministres des Etats membres) et du Conseil européen (les réunions des chefs d’Etats et de gouvernements) soient rendus publiques. Or, en violation complète des dits traités, ce n’est quasiment jamais le cas. Non contente de piétiner allégrement la démocratie, l’eurocratie ne respecte même pas les traités qu’elle impose aux peuples ! 

[iii] Pour un plus ample développement, lire également cette excellent analyse de Jacques Sapir : Capitulation, Jacques Sapir, russeurope, 13-juil-15.

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