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L'Oeil de Brutus

Le rapport à l’inconscient : tu libéreras tes pulsions et tu chercheras une jouissance sans limites ! (10e commandement du postmodernisme)

14 Mars 2015 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Lectures

Le rapport à l’inconscient : tu libéreras tes pulsions et tu chercheras une jouissance sans limites ! (10e commandement du postmodernisme)

 

Suite des recensions sur l’ouvrage de Dany-Robert Dufour, Le Divin Marché (Denoël 2007)

 

 

Lire également

le 1er commandement (le rapport à soi, tu te laisseras conduire par l'égoïsme).

Le 2e commandement (Le rapport à l’autre, tu utiliseras l’autre comme un moyen pour parvenir à tes fins).

Le 3e commandement (Le rapport à l’Autre, tu pourras vénérer toutes les idoles de ton choix, pourvu que tu adores le Dieu suprême, le Marché !)

Le 4e commandement (tu ne fabriqueras pas de Kant-à-soi visant à te soustraire à la mise en troupeau).

Le 5e commandement (Le rapport au politique, tu combattras tout gouvernement et tu prôneras la bonne gouvernance)

Le 6e commandement (Le rapport au savoir : tu offenseras tout maître en position de t’éduquer).

Le 7e commandement (tu ignoreras la grammaire et tu barbariseras le vocabulaire).

Le 8e commandement (Le rapport à la loi : tu violeras les lois sans te faire prendre).

Le 9e commandement (Le rapport à l’art : tu enfonceras indéfiniment la porte déjà ouverte par Duchamp !).

 

 

 

Dany-Robert Dufour relève ce paradoxe : le marxisme n’est finalement qu’un économisme (il place lui aussi l’homo economicus au centre de tout), ce qui en fait une idéologie très proche du postmodernisme (et cela explique d’ailleurs sans doute comment des marxistes des années 1960 ont si facilement tourné casaque pour se convertir à l’idéologie du marché). Marx n’est pas si loin de Quesnay, Smith et Ricardo. Tout juste les a-t-il subvertis en allant encore plus loin dans l’économisme. Et c’est ce qui fait que le marxisme a échoué à être une véritable alternative au libéralisme et s’est contenté d’être « un produit dérivé dogmatisant à outrance la primauté de l’économie ». Et c’est, peut-être, ce qui permet aux Chinois d’être simultanément communistes et libéraux (page 363).

A l’initiative Mandeville et Smith, le libéralisme se base, avant toute autre chose, sur l’exaltation de l’égoïsme individuel, en conséquence de quoi le libéralisme se traduit par la libération des pulsions et des passions. Dans le libéralisme, il n’y a pas de refoulement, pas de surmoi et donc pas d’inconscient, même si le refoulement est nécessaire à la préservation de la cohésion du groupe social (pages 373-375). « Au nom du « droit à la parole et la différence », aucun mode de jouissance ne peut être interdit ». Mais on ne gomme pas cela d’un trait le surmoi. Dans le libéralisme postmoderne, il est toujours présent mais s’exprime à contretemps. Soit il survient trop tôt, barre la route au désir et oblige à la jouissance (cf. Lacan), se déconnectant alors de toute loi commune et s’exprimant par le populisme, le communautarisme et le sectarisme. Soit, il murmure à peine et de toute façon trop tard : c’est « le crime paye » des rappeurs du groupe Lunatic (page 378).

Ce décalage se retrouve aussi dans l’organisation de la famille postmoderne. Dans le complexe d’Œdipe, le surmoi nait avec le non du père dans la querelle qui l’oppose à l’enfant au sujet de la mère (et le nom du père hérité par l’enfant est peut-être tout simplement la traduction de ce non du père) (page 379). Pour justifier cette autorité, ce non du père, les pères se sont appuyés sur les Grands récits en se présentant comme les délégués d’un grand Sujet, d’un Absolu (page 385). La déconstruction du surmoi enchaîne donc tout un schéma logique : déconstruction de la common decency¸ de l’autorité paternelle et de toute forme de Grand récit (et donc d’Absolu) (page 386).

 

 

A suivre : la gauche et le postmodernisme (conclusion)

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Abd Salam 16/03/2015 13:35

C'est marrant que vous écriviez cela du marxisme... car Marx se moquait du communisme, justement pour les mêmes raisons que vous citez dans l'article.

Pour Marx, le communisme était l'enfant bâtard du capitalisme, la pure continuité du capitalisme sans les patrons ! avec des ouvriers qui bottent le cul à d'autres ouvriers pour atteindre les mêmes objectifs productivistes et afficher au final la même définition de la réussite que le capitalisme !

J'ai un peu peur en fait, que beaucoup de monde n'interprète la pensée de Marx sans avoir lu Marx. Et en se fiant seulement au fait que les soviétiques se revendiquaient du marxisme !

L'oeil de Brutus 16/03/2015 22:04

Nous n'avons pas du lire le même Marx : je n'avais pas perçu la critique (l'ironie ?) du communisme tel que vous semblez l'avoir vue dans le "Manifeste du parti communisme" ! ... :)