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L'Oeil de Brutus

Le rapport au politique, tu combattras tout gouvernement et tu prôneras la bonne gouvernance (5e commandement du postmodernisme)

9 Février 2015 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Lectures

Le rapport au politique, tu combattras tout gouvernement et tu prôneras la bonne gouvernance (5e commandement du postmodernisme)

Les 10 commandements du postmodernisme (5/10) :  Le rapport au politique, tu combattras tout gouvernement et tu prôneras la bonne gouvernance.

 

Suite des recensions sur l’ouvrage de Dany-Robert Dufour, Le Divin Marché (Denoël 2007)

 

Lire également

le 1er commandement (le rapport à soi, tu te laisseras conduire par l'égoïsme).

Le 2e commandement (Le rapport à l’autre, tu utiliseras l’autre comme un moyen pour parvenir à tes fins).

Le 3e commandement (Le rapport à l’Autre, tu pourras vénérer toutes les idoles de ton choix, pourvu que tu adores le Dieu suprême, le Marché !)

Le 4e commandement (tu ne fabriqueras pas de Kant-à-soi visant à te soustraire à la mise en troupeau).

 

L’un des symptômes les plus marquants de la transformation postmoderne du rapport à la politique est le remplacement du terme « gouvernement » par celui de « gouvernance » (page 169). Il est à noter que cette transformation est conjointe de l’abandon du compromis fordiste, remplacé par l’emprise du capitalisme financier marqué par la cupidité actionnariale à court terme (pages 175-176).

La gouvernance marque la dislocation des organisations dans des mouvances floues qui s’auto-régulerait. Or, ce mythe de l’autorégulation qui a accouché du capitalisme financier prédateur est justement issu des courants libertaires des années 60. Par une « ruse de l’histoire », pour reprendre l’expression d’Hegel, ceux qui voulaient mettre bas le capitalisme autoritaire d’antan l’ont simplement remplacé par un capitalisme d’apparence libertaire mais bien plus oppressif (page 177), au point que le patrimoine des 300 premières fortunes de la planète est aujourd’hui équivalent à celui de la moitié de l’humanité (page 184) !

Si l’on revient à la gouvernance en elle-même, Dany-Robert Dufour constate qu’elle « cherche à ranger la chose publique au rayon des vieilleries et à la remplacer par l’ensemble des intérêts privés, supposés capables de s’autoréguler. C’est précisément en cette autorégulation des intérêts privés que consiste la gouvernance politique. Le problème est qu’une addition d’intérêts privés, même légitimes, ne fait pas l’intérêt général » (page 186). On joue alors « la société civile contre l’Etat ». Le concept de société civile avait été énoncé par Hegel en 1821 dans Les Principes de la philosophie du droit, en y désignant la sphère des intérêts privés. Ainsi, « Dans la société civile chacun est pour soi-même une fin, tout le reste n’est rien pour lui. Toutefois, sans relations avec un autre, il ne peut pas atteindre sa fin. Les autres sont donc des moyens pour les fins du particulier » (Hegel, cité page 188). C’est bien pour cela qu’il faut un Etat et c’est donc la conclusion à laquelle abonde Hegel : « L’Etat est la réalité de la liberté concrète » (page 189), ce qui équivaut à dire que pour « qu’aucun individu ne soit soumis à un autre, il faut que chacun puisse invoquer un sujet collectif à qui il aura fait allégeance et dont seule la volonté à force de loi » (page 190).

Cette conception est bien sûr complètement rejetée par l’idéologie libérale-libertaire qui refuse toute forme de soumission, fusse-t-elle au nom de la liberté. La privatisation de la décision publique, en ce sens qu’elle met à mal l’Etat, est donc un excellent moyen de flatter le troupeau égo-grégaire, soi-disant pour mettre fin aux vieux pouvoirs hiérarchiques et supprimer toute frontière entre gouvernants et gouvernés (page 193).

 

 

A suivre, le 6e commandement : Le rapport au savoir : tu offenseras tout maître en position de t’éduquer.

 

 

Origine de l'illustration : http://www.ctroc.org

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