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L'Oeil de Brutus

EFFET SABLIER & HOMO OECONOMICUS

7 Avril 2014 , Rédigé par L'oeil de Brutus

EFFET SABLIER & HOMO OECONOMICUS

EFFET SABLIER & HOMO OECONOMICUS

Ceci est la reprise, actualisée, d'un article que j'avais mis en ligne il y a maintenant presque 4 ans.

Article également paru sur Gaulliste libre.

En 2009, Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux Echos, publiait « L’effet sablier » (Flammarion). Un ouvrage aux théories intéressantes au premier abord, mais surtout riche d’enseignements sur les sous-entendus de la pensée néolibérale. Car 5 ans après, on ne peut que constater que le constat de M. Vittori n’est pas faux en soi : les classes moyennes sont effectivement en train de se faire écraser. Toutefois, ce que la lecture de son ouvrage a de réellement pertinent réside bien plus encore dans l’enthousiasme de l’auteur pour ce phénomène, dramatique pour l’équilibre de nos sociétés, et dans son absence de vision sur les conséquences : car à travers les classes moyennes, c’est bien la démocratie qui est mise en péril[i] par cet eschatologie néolibérale décomplexée, voire exaltée.

Sur la forme, M. Vittori décide de s’affranchir au maximum des références statistiques. Initiative louable dans un monde où la tyrannie du chiffre tend à régner en maître. Sa théorie générale est intéressante au premier abord, et sa conviction que l’économie moderne tend à placer la connaissance comme principal facteur de richesse matérielle tend à la confirmer.

Mais au final, son argumentation s’avère difficile à suivre, pour ne pas dire bancale, voire absurde, notamment lorsqu’il s’agit de justifier la disparition des structure hiérarchiques pyramidales au profit des structures matricielles, dictée, selon l’auteur, uniquement par les besoins toujours plus fluctuants des consommateurs, et non (il n’en parle même pas) par la capacité de masquer des licenciements par des faillites de sous-traitants ou encore le soucis de la rentabilité maximale à court terme . Ce court ouvrage (125 pages) semble finalement avoir été écrit sur le coup d’une intuition (pas forcément mauvaise au demeurant) voire une impulsion et apparaît irrémédiablement bâclé.

Sur le fond, les théories néolibérales, à peine sous-jacentes au départ, éclatent au grand jour à la conclusion. L’auteur finit même par se réjouir de la disparition des classes moyennes, en omettant totalement le rôle fondamental qu’elles ont jouées dans l’établissement de la démocratie. Il va juste qu'à en clamer l'inéluctabilité, et ceci sans vraiment argumenter. Fidèle aux théories néolibérales, il vilipende toute idée de solidarité dans les dispositifs de protection sociale et vante les « vertus » des logiques d’assurances sociales. M. Vittori va même jusqu’à proclamer que « dans une société plus émiettée, la violence collective et la guerre des uns contre les autres paraît moins probable », comme si des pauvres encore plus pauvres, sans courroie de transmission sociale (les classes moyennes), sans espoir de promotion sociale, ne finiraient pas par vouloir faire rendre gorge aux riches encore plus riches[ii] ! Mais non : pour lui, dans une société hyper-individualisée, personne ne pensera se regrouper avec ses voisins pour faire valoir au moins ses intérêts, au mieux ses convictions … Vive donc le chacun pour soi !

Par ailleurs, il faut avoir poussé très loin le dogmatisme pour croire (ou espérer) que l’organisation sociale découle purement et simplement de l’organisation de l’entreprise privée (1), négligeant ainsi totalement les effets de la culture, des arts, de l’Histoire, de l’éducation, de la famille … etc. Jean-Marc Vittori appuie d’ailleurs son argumentation sur Karl Marx : « Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie sociale, politique et intellectuelle »[iii]. Marxisme et néolibéralisme ne sont donc bien que les deux facettes opposées du même économicisme antihumaniste.

Pour M. Vittori, l’homme n’est qu’économique, et donc, logiquement, la société l’est de même. Fabuleux rêve post-positiviste et nihiliste qui tend à transformer l’homme en machine à produire, oubliant ses impulsions, ses émotions, ses désirs, ses passions … en bref : son humanité, avec ses tares et ses grandeurs. On se croirait dans « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. Ne manque plus qu’un petit coup de « soma » pour faire passer la pilule …

[i] Aristote en son temps, soulignait déjà l’importance primordiale des classes moyennes dans l’équilibre de ce qu’il appelait « régime mixte » (ou constitutionnel).

[ii] Sur le sujet, on pourra également lire Joseph Stiglitz, Le Prix de l’inégalité, Editions des Liens qui libèrent 2012.

[iii] Karl Marx , Contribution à la critique de l’économie politique

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vuth 13/04/2014 08:46

C'est trompeur.
Souvent ce qui semble ne plus en cours est tout simplement caché, et ce qui est caché est devenu encore plus trompeur.

Le seul élément visiblement certain reste la vie difficile pour un monde au devenir mal garanti.

L'après-guerre a été laborieux et l'essort économique avec des retombées sociétales, et humaines.
La conscience collective et le sens des valeurs étant louables, on a reconstruit et unifié les valeurs, y compris celle humaine. Le niveau de vie progresse.

Avec les richesses, les convoitises ont infiltré les esprits et les avidités sont devenues pyramidales. Un simple déplacement des ressources et des produits objectivement mis à contribution pour les réorienter autrement.
Ceux qui voient bien les tournures économico-enrichissantes voient tout-à-fait clairs dans les enchainements productifs et les effets non sociétaux.

Le problème systémique n'est nullement dans la mauvaise attribution des ressources pour faire tourner la machine, on possède cette faculté, mais il est bien réel de point de vue capacitaire à assurer notre à venir lointain. Une humanité préparée pour poursuivre son originalité vivante.

La théorie néolibérale n'existe "pas plus" que la monarchie envahissante, ou son contraire trop contraignant. Ce sont des idées que des penseurs ont élaboré pour servir les êtres humains, pour certaines théories, mais toujours détournés tôt ou tard pour assoir l'humanité, la civilisation et la société à côté de leurs objectifs de prospérité et porteur.

Il s'agit de politique évidemment. La grosse comme les petites devant rendre du sens à toute la construction planétaire et notre existence commune.

La bonne question est, sachant tout cela, parce que les gens savent évidemment, que pouvez-vous faire pour mettre en cohérence l'esprit humain et l'appareil planifié ? Pour offrir du/le meilleur à la quête et l'espoir humains.

Tout le monde n'a pas l'envergure de la tâche.
Mais il suffit de quelques un(e)s avec la bonne volonté et l'intelligence organisateurs pour adapter l'équation économico-structurelle en place et produire en satisfaisant pleinement les citoyens tout en redirigeant le tout en destinée.

C'est largement faisable.