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L'Oeil de Brutus

DISCOURS DE MANUEL VALLS AU PARLEMENT : NON L’EURO N’EST PAS SUREVALUE

29 Avril 2014 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

DISCOURS DE MANUEL VALLS AU PARLEMENT : NON L’EURO N’EST PAS SUREVALUE

DISCOURS DE MANUEL VALLS AU PARLEMENT : NON L’EURO N’EST PAS SUREVALUE

Article également paru sur le site Gaulliste libre.

Lors de son discours présentant son nouveau plan d’austérité, Manuel Valls a amplement déblatérer contre « l’euro fort ». Ce faisant, il a soit démontré une méconnaissance crasse des principes de base de l’économie, soit, ce qui est plus probable et probablement bien plus grave, fait preuve d’un lamentable cynisme politicien, manipulateur et électoraliste à la veille des élections européennes à venir.

Car, non l’euro n’est pas « trop fort », c’est-à-dire qu’il n’est pas surévalué. Car dans le système de changes flottants, d’économie ouverte et de liberté de circulation des capitaux que nous connaissons, les taux de change s’équilibrent en fonction de la tenue de la balance commerciale. En effet, lorsqu’une zone monétaire a une balance commerciale excédentaire, cela crée une forte demande des pays extérieurs pour se procurer de la monnaie de la dite-zone afin de pouvoir régler ses achats. A l’inverse, lorsqu’une zone monétaire est déficitaire, celle-ci doit se procurer de la monnaie des autres pays – et donc vendre de sa propre monnaie – pour régler son déficit. Dans le premier cas, la monnaie a tendance à s’apprécier positivement, tandis que dans le second, elle tend à se déprécier. C’est un simple jeu de la loi de l’offre et de la demande.

Or, le fait est que la zone euro (contrairement à la France prise seule[i]) est excédentaire ! L’euro a donc, tout naturellement, tendance à s’apprécier par rapport aux autres monnaies. On peut toujours faire le cabri sur chaise : il n’est ni surévalué ni « trop fort » ! Manuel Valls nous raconte des blagues.

Que faudrait-il faire pour que ce ne soit plus le cas ? Deux solutions :

  • Soit on remet radicalement en cause le système de changes flottants et la liberté de circulation des capitaux, ce qui pour la pensée économique dominante (néolibérale) serait en l’hérésie suprême. Une simple et toute petite évocation d’une telle hypothèse, même parcellaire, suffirait à déclencher les cris d’orfraie de toute la technocratie bruxelloise et francfortoise[ii]. Cela Manuel Valls le sait fort bien et n’y songe même pas.
  • Soit on joue sur notre balance commerciale. Pour y arriver, on ne va tout de même pas se tirer une balle dans le pied en ralentissant sciemment nos exportations. Reste donc les importations, donc le marché intérieur. Que pourrait faire la BCE pour favoriser la consommation au sein de la zone euro ? Tout simplement, accepter de financer les projets de l’économie réelle (et non exclusivement ses amis banquiers), notamment en monétisant les emprunts publics, ce qui aurait pour effet immédiat de mettre fin aux cures austéritaires et permettrait aux Etats soit de relancer leurs investissements soit de desserrer l’étreinte fiscale qui étouffe leurs peuples (soit, plus probablement, les deux à la fois). Mais tout cela, l’Allemagne, pour des raisons (légitimes, soit dit en passant) qui lui sont propres – notamment du fait de sa démographie – ne l’acceptera jamais. Notamment, parce que cela risquerait fort de se traduire par un effet inverse de la course à la déflation que nous connaissons actuellement et déresponsabiliserait, budgétairement parlant, les Etats membres. L’Allemagne, et sa population vieillissante donc de plus en plus rentière, serait alors condamnée à payer par l’inflation le laxisme budgétaire des autres. Sans parler, bien évidemment, de la remise en cause intégrale de son modèle économique bâti sur les exportations que cela induirait.

Tous ces éléments, le gouvernement ne peut que les connaître. De la même manière que le PS nous ressasse ses envies utopiques d’ « Europe sociale » depuis plus de trente ans, il ne s’agit ici ni plus ni moins que de se défausser de ses responsabilités austéritaires et donner l’illusion aux citoyens, un mois avant les élections européennes, qu’il prétend incarner le projet d’une autre Europe, projet qu’il s’avère d’ailleurs bien incapable d’énoncer.

Mais non, qu’on le sache une bonne fois pour toute : l’Europe austéritaire et néolibérale, assouvie aux démons de la finance internationale, a été construite, telle qu’elle est aujourd’hui, par le PS et l’UMP, ce dernier ne manquant d’ailleurs pas d’air électoraliste pour se découvrir, tout aussi cyniquement que le premier, des relents d’euroscepticisme en ce beau mois d’avril.

Il s’agira de bien s’en souvenir au moment de l’instant de solitude de l’isoloir.

[i] C’est justement là tout le problème d’une zone monétaire unifiée pour des pays aux économies hétérogènes sans dispositifs de solidarité entre elles.

[ii] Francfort est le siège de la Banque centrale européenne (BCE).

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