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L'Oeil de Brutus

REBATIR LE BIEN COMMUN (HENRI HUDE) : Quand la France revient dans l'histoire

29 Novembre 2013 , Rédigé par L'oeil de Brutus Publié dans #Idées

REBATIR LE BIEN COMMUN (HENRI HUDE) : Quand la France revient dans l'histoire

Je livre ci-après les premiers mots d'un remarquable discours d'Henri Hude.

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le souligner, notre pays souffre d'instances politiques et syndicales qui ne représentent plus rien, si ce n'est quelques intérêts de caste. La "gauche" n'a plus de gauche que le nom, et Jean-Luc Mélenchon, ce pauvre tribun aussi bon en diatribes médiatiques à servir son égo que pauvre en actes fondateurs (mais il faut bien ménager le PS pour préserver les alliances qui permettront aux rentiers de la politique de préserver leurs petits prébendes aux prochaines municipales), n'échappe pas à la règle (sur le sujet lire cette excellente analyse d'Emmanuel Todd). Le centre et la droite de gouvernement, de M. Bayrou à M. Copé en passant par MM. Borloo et Fillon, n'est qu'un misérable poulailler dans lequel quelques coqs se battent pour le contrôle du tas de fumier duquel n'émerge qu'une course plus ou moins nauséabonde aux idées du FN, celui-ci ne servant que de caution soit-disant démocratique au deux autres (PS et UMP) qui s'en servent comme chantage aux électeurs (lire encore E. Todd).

Ici donc, le discours d'Henri Hude, appelant au rassemblement des "populaires" et des "conservateurs", prend tout son sens. Car ce sont là que sont les forces vives de la nation. Nullement dans les appareils de partis décrédibilisés. Nullement dans des syndicats (de salariés comme patronaux) qui ne représentent plus qu'eux-mêmes. Nullement dans une oligarchie vendue au monde de la finance qui se comporte comme un vampire avec ces forces vives. Ce sont donc ces forces vives, populaires et conservateurs, qui dynamiseront le progrès. Car le progrès n'est nullement dans l'idéologie libérale-libertaire, celle-ci ne promettant qu'un simple retour à la féodalité.

Le progrès, le véritable progrès, c'est notre force à inventer l'avenir. Et cela commencera par se débarrasser de cette oligarchie qui ruine la France.

Bonne lecture.

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Ce que j’ai à vous dire tient en trois points.

1° La situation en France est tout à fait exceptionnelle. Ce qui s’y passe n’est pas de l’« actualité brûlante » (breaking news), c’est tout simplement l’Histoire, avec un grand H.

2° Nous sommes à l’extrême fin d’un cycle politique. Le pouvoir a perdu l’initiative. Il ne la retrouvera pas. La marée a tourné.

3° La question est de savoir comment ce qui est né peut grandir et vaincre. Car, sans le moindre doute, la victoire de ce qui émerge est possible, elle est même probable. (…)

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Quand la France rentre dans l’Histoire

Je voudrais partager avec vous un morceau de philosophie de l’Histoire,

Je voudrais partager avec vous une vue de l’Histoire européenne, qui assurément est une part de la vôtre. Je crois en effet que la philosophie de l’Histoire permet seule de prendre la mesure de ce qui est en train de se produire en France, et d’être aussi rationnellement sûr de la victoire, que la raison le permet dans ce genre de matières.

Rappelons qu’un corps politique n’est pas un simple corps physique ; ce n’est ni un organisme biologique, ni une machine. C’est un regroupement spontané, rationnel et spirituel, d’individus, familles et sous-groupes, résultant d’un nombre presque infini de décisions individuelles et communes. Ce qui produit la cohérence et la cohésion de ce corps, c’est une culture commune, ce sont des principes partagés, une compréhension sociale commune. Disons que ce qui fait vivre un corps politique, c’est une commune idée du bien – une commune théorie de la justice, par exemple, peut être un élément d’une telle idée du bien. Et c’est pourquoi un changement important au niveau de l’idée du bien a vocation à modifier la totalité des aspects de l’existence collective. Or un tel changement s’est produit.

Quel est-il ? Pour le comprendre, il faut brièvement rappeler pourquoi l’Histoire culturelle et politique est passée successivement en Europe par deux grands âges. On comprend alors sans difficulté pourquoi nous sommes à l’extrême fin du second, et pourquoi un nouveau moment de la dialectique historique est en train de se faire jour.

Les deux aspects de l’idée du bien

Pourquoi y a-t-il eu deux grands âges dans l’Histoire de la civilisation européenne ? Parce que dans l’idée du bien, nous pouvons distinguer deux aspects.

1° Ce qui est objectivement bien et qui est à faire ;

2° ce qui est bien, c’est aussi de faire son devoir librement, avec une bonne volonté, volontairement et dans toute la mesure du possible sans contrainte.

En d’autres termes, il est bon de faire ce qui est objectivement bien ; et il est bon de le faire en agent volontaire, en « raisonneur pratique[1] », en être responsable et indépendant. Mais cette liberté ne va pas sans vertus[2] – ce qui montre bien que les deux aspects sont inséparables. Et pourtant, ils sont souvent restés séparés.

Premier moment dialectique : primauté de l’objectivité du bien

Durant un premier âge de la culture, dominait la première dimension du bien, celle de l’objectivité de ce qui est bien ; la seconde, celle de la liberté de l’agent moral, était reconnue aussi, mais à titre de conséquence. Il en était ainsi, notamment, dans la chrétienté médiévale.

Malheureusement, avec le temps, il devint de plus en plus clair qu’il existait un risque de minimiser la seconde dimension, de donner trop d’importance à l’autorité, à la tradition et à la coercition dans le fonctionnement de la société bonne, et ainsi un risque d’établir, avec les meilleures intentions du monde, une sorte de totalitarisme bien-pensant.

C’est ce dont nous nous sommes rendu compte peu à peu, au travers de grandes difficultés. De là un nouveau départ dans la réflexion politique.

Deuxième moment dialectique : primauté de la liberté de l’agent moral ou politique

Durant le second âge de la civilisation, la dimension de la liberté, de l’autonomie, de l’indépendance, etc. fut au contraire dominante. Au début, la dimension de ce qui est objectivement bien restait reconnue, bien qu’à titre de conséquence. C’est ainsi que dans l’éthique kantienne, une analyse de la seule liberté tenue pour authentique (la liberté pratique, et non la liberté pathologique), aboutit à un système de préceptes objectifs et à une doctrine de la vertu qui rejoint dans ses contenus la morale traditionnelle.

Malheureusement, les libéraux ont peu à peu laissé tomber sous divers prétextes cette seconde dimension et sont peu à peu devenus libertaires. Et cette évolution fâcheuse produit aujourd’hui la plus flagrante contradiction. L’anti-dogmatisme est devenu un super-dogmatisme, la tolérance est devenue intolérante, le relativisme est devenu un absolutisme, le socialisme un individualisme, et le droit du plus fort dans la lutte pour la vie devient la forme canonique de l’existence libérale-libertaire. En définitive, la démocratie n’est plus que le nom donné à la dictature de groupes immoraux et/ou prédateurs prétendant monopoliser la démocratie.

Troisième moment dialectique : le mariage de la liberté et du bien

Cette évolution nihiliste et dictatoriale de la liberté sans le bien a produit une expérience collective très négative, d’où a émergé une nouvelle conception, que de plus en plus de gens s’approprient, et autour de laquelle est en train de s’organiser un troisième moment dialectique de notre civilisation.

Il s’agit d’un nouveau mariage entre la liberté et le bien, ou entre le bien et la liberté.

C’est le nouveau sens de l’Histoire, et ce l’est pour longtemps. Les progressistes d’hier muteront, ou ne seront plus que des conservateurs égoïstes et réactionnaires. Les conservateurs d’hier muteront, ou assisteront en grognant à une victoire de la vie qui ne prendra pas la forme des restaurations qu’ils auraient préférées.

Progressivement, tous les aspects de la vie et des institutions seront mis en cohérence avec cette nouvelle idée du bien, qui est objectivement plus complète, plus rationnelle et plus parfaite.

Ce nouveau mariage entre le bien et la liberté, c’est désormais durablement l’esprit du temps.

Là réside la raison profonde de ce qui est en train de se produire dans tous les domaines.

Cela est la Raison dans l’Histoire (car la raison se définit par son rapport à l’idée du bien). Mais ce n’est pas un nouveau fatalisme historique[3].

Cela est la Providence usant des lois de la Raison dans l’Histoire.

Cela est enfin, radicalement, le ferment du christianisme, enfoui profond dans l'âme de notre peuple, un grand peuple libre, et révélant de nouveau son potentiel antiesclavagiste. Ce ferment vivant restaure et sauvera le meilleur des valeurs des Lumières – elles qui pourtant s’étaient montrées hostiles à son égard, tout comme il a dans le passé restauré et sauvé la sagesse antique et sa philosophie, bien que les empereurs stoïciens et plotiniens aient livré tant de chrétiens en pâture aux bêtes du cirque. Ce ne sera pas un nouveau Moyen-âge. Ce sera autre chose, qui nous surprendra.

"

Lire la suite : cliquer ici.

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